Melissa, belle, celib et trentenaire acte 2

  • Junes Davis-Cohen

Nous en étions restés la semaine dernière quand Melissa, trente ans et toutes ses dents, célibataire des temps modernes, m’appelait au bord des larmes pour me demander conseil, après que Raphaël (rencontré grâce à Tinder/Kinder), ne lui avait donné aucune nouvelle alors qu’ils avaient passé ensemble plusieurs jours dits «merveilleux » par ladite Melissa.

– Comment ça, il ne t’a donné aucun signe de vie ?

– Rien, nada, le walou aérien… je ne comprends pas ! La dernière fois que l’on s’est vus, il m’a dit des choses fantastiques à te faire perdre la tête… Je suis sûre qu’il lui est arrivé quelque chose! Tu me conseilles d’aller vérifier chez lui directement ? Ce qui m’inquiète vraiment c’est qu’il ne répond plus à mes appels…

– Melissa ?

– Oui ?

– Combien de fois tu l’as appelé depuis sa « soudaine » et mystérieuse disparition ?

– …

– Melissa !

– Je sais pas, j’ai pas compté !

– Oh my God ! Si tu n’as pas compté, c’est que tu as dû largement dépasser le quota d’une femme sensée et réfléchie.

– Ah oui, mais tu connais ma devise: « Y a pas de fierté en amour ! »

– Mais arrête, ce n’est pas de l’amour dans ton cas, tu le connais depuis quoi... quinze jours ? Bon, est-ce que tu veux connaitre mon avis sincère ?

– Non.

– Comment ça non ? Allez, arrête, tu sais bien au fond de toi que si tu m’as appelée, c’est pour avoir une vraie amie au bout du fil.

– Alors de 1), depuis 1993, y a plus de fil dans les téléphones, et de 2), je t’ai appelée pour savoir si c’était une bonne idée d'aller chez lui.

– NON ! Absolument pas une bonne idée ! NO, LO, NON, en quelle langue je dois te le dire ? S’il ne t’a plus donné signe de vie, c’est qu’il ne veut pas t’en donner. Point barre. C’est horrible, mais c’est la vie, et non, il n’est pas mort.

Purée Mel, t’as une carrière de relations derrière toi, si c’était dans le monde professionnel, tu serais déjà PDG, copine! Tu devrais le savoir depuis le temps. Rappelle-toi avec Franck, c’était pareil ! Tu croyais qu’il avait eu un accident de moto, tu avais appelé tous les hôpitaux de Paris, et après tu étais partie à une soirée pour te changer les idées, et qui était sur sa moto en train de rouler un palo ?

– Franck…

– Eh bien voilà.

– Non mais cette fois-ci, c’est différent. Je te jure qu’on a vécu un truc fort, intense, je sais que c’est l’Homme de ma vie. Tu peux pas comprendre, il me disait tout ce que je rêvais d’entendre, ce n’est pas possible qu’il disparaisse, sans aucune explication.

-Il m’a tout l'air d’être un Franck bis celui-là. Bon, je dois voir le petit Simon, le cousin d'une copine. J’ai promis de lui faire rencontrer des gens dans l'Upper West Side parce qu’il a déménagé et ne connait personne dans le quartier. Tu veux venir avec moi ? J’ai promis à ma cops de lui donner une heure de mon temps, avant d’aller chercher les enfants.

– J’ai l’impression que tu fais des Heures d’Intérêt Général, quand tu dis ça. Je ne crois pas que je pourrai venir, je vois et je te rejoins. C’est à quelle heure et où ?

Après avoir donné à Melissa toutes les infos nécessaires pour qu’elle me rejoigne, et qu’elle tourne la page sur ce gugus de Raphaël, je me mets en route pour rejoindre le petit Simon devant « My most favorite food » qui après quatre ans passés à New York, n’est absolument plus mon favorite food.

En arrivant, je texte un « ouhouuuuu, je suis là » au cousin, et vois se rapprocher un grand gaillard brun avec plein de cheveux, des yeux noirs cachés par une jolie paire de lunettes qui lui donnent l’air intelligent, une barbe de 15 jours genre hipster, une doudoune Canada Goose sur le dos, et des baskets super cool.

– Coucou, c’est toi Junes ?

– C’est toi le petit Simon qui n’est pas du tout petit en fait ?

Et là, survient le moment gênant que toutes les jewish mama à la tête couverte, connaissent. Celui où tu esquives la bise comme sur un ring de boxe, comme si tu évitais de te prendre des coups ! T’es gênée, il est gêné, il comprend pas… Bref, j’ai déjà pensé à me faire imprimer des stickers: « Relou à bord, pas de bises pour les mousses », mais je n’ai pas trouvé le papier collant qui va avec, alors je ne tape pas de bises, mais je me tape encore ces moments inconfortables.

– Désolée, je m’excuse, je pensais que je pouvais, enfin tu vois quoi…

– Mais y a pas de problème, c’est moi !

Voilà, après tu sais plus quoi dire… Mais heureusement que le petit Simon a l’air très sympa et rebondit pour contrer la gêne.

– C’est super gentil à toi de me consacrer du temps. Je ne sais pas si Stéphanie t’a dit, mais j’ai emménagé avec deux potes, et j’ai besoin de quelques points de chute pour me repérer, comme la syna, les restos, et de nouvelles têtes.

– Oui, justement, j’ai ma copine Melissa qui va probablement nous rejoindre d’ici peu, parce que je dois aller chercher mes enfants. Mais je te donne toutes les infos avant, t’inquiète.

– Ah bon, tu as des enfants?

– Eh oui !

– On dirait pas, tu fais super jeune !

Hé la Davis, ça va les chevilles ? T’es pas nette d’écrire cela. Tu n’es pas obligée de mettre cette phrase, petite vaniteuse. Je ne te connaissais pas aussi prétentieuse, la gueuse ! C’est le succès qui te monte à la tête, ça y est, Madame s’auto complimente maintenant. Ça te suffit pas, les merveilleux commentaires que les gens méga sympas prennent le temps de t’écrire après chaque chronique sur la place publique ou en message privé ? Retire-moi cette phrase IMMEDIATEMENT!

OK, désolée, c’est bon je reprends.

– T’as des enfants ?

– Oui.

– Eh bien ça se voit ! Combien tu en as ? Une trentaine ? T’as l’air marqué ! Tu me fais penser à ma mère.

N’en fais pas trop non plus !

Bref, donc pendant que je me prends un sandwich à emporter en compagnie du petit Simon et de sa barbe bien coupée, j’envois un sms à Melissa pour savoir dans combien de temps elle nous rejoint. Je n’ai pas besoin d’attendre sa réponse puisque j’aperçois au même instant son visage dans les chaussettes*** par la vitrine. J’accours vers elle et lui demande ce qui ne va pas, même si j’ai ma petite idée.

– Salut Junes, ne m’en veux pas. Je n’ai pas écouté ton conseil.

– Ce n’est pas grave, je m’en doutais ! On est toutes pareilles, on veut comprendre pourquoi il ne répond plus du jour au lendemain. C’est normal.

Le petit Simon était, pour la deuxième fois en dix minutes, très mal à l’aise. Je lui présente à la va-vite Melissa qui ne lui prête pas du tout attention et qui reprend son explication comme si de rien n'était :

– Je suis allée chez lui, et j’ai tapé à sa porte...

– Bon, bah Junes, je crois que je tombe mal. Je vais te laisser avec ta copine qui a besoin de toi. Je vais me débrouiller, merci, on se voit bientôt.

– Mais non, reste deux minutes ! Je vois juste un truc avec Mel, et on y va.

Comme-ci nous n’avions pas été interrompus, mon amie continue son histoire comme une automate:

– Une femme blonde qui tenait dans ses bras un petit garçon avec un pull… vert, m’a ouvert la porte..............

La suite next week pour vous compter sans compter cette histoire exceptionnelle ----

Glossaire:

*** le visage dans les chaussettes: expression que j’ai inventée depuis que je suis mariée. Il m’arrive d’avoir des grands moments de solitude quand j’essaye désespérément de retrouver la chaussette femelle séparée de son mâle depuis une durée indéterminée. Et à la fin, j’en ai tellement marre que je retourne le bac à linge en hurlant de nerfs… voilà, c’est ça la tête dans les chaussettes !

Melissa, belle, celib et trentenaire acte 2
Melissa, belle, celib et trentenaire acte 2
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