Que dire du film qui retrace l’histoire de celle qui a servi d’appât pour piéger Ilan Halimi ?

Publié le par Junes Davis-Cohen

Pour ceux qui me connaissent à travers Junes Davis, vous devez vous demandez pourquoi aujourd’hui je m’autorise à écrire sur un film, quel rapport ?

Eh bien, je ne pouvais tout simplement pas passer à côté de l’occasion de m’exprimer sur ce sujet, car l’heure est grave !

Je ne peux ni empêcher mes doigts de courir sur le clavier, ni étouffer ma voix. Heureusement pour vous, vous êtes derrière vos écrans qui vous protègent de mes vocalises tellement je suis scandalisée.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, mercredi sort au cinéma un film sur « l’histoire d’amour » entre l’appât d’Ilan Halimi ( zal") et son directeur de prison.

Petit rappel des faits : Il y a dix ans, après l’enquête sur le meurtre d’Ilan, les policiers ont identifié celle par qui tout a débuté. Celle qui avait déclenché le processus de la captivité d’Ilan Halimi en lui donnant un rendez-vous piège, qui le conduira tout droit vers la mort. Après trois semaines de séquestration et d’abominables sévices, Ilan sera retrouvé sur une voix ferrée agonisant de ses blessures.

L’appât a pris neuf ans de prison ferme, dont 3 avec sursis. Cette personne a été assez machiavélique pour vivre une pseudo-relation amoureuse avec son directeur de prison, qui était marié et un père de famille sans histoire.

Perso, à la base, quand j’ai vu que Guillaume Gallienne jouait dans un nouveau film, j’étais toute contente, je me suis dit chouette, c’est l’un de mes acteurs préférés depuis des années. Je l’ai même croisé sur Paris, et je lui ai dit de façon absolument groupie : JE VOUS ADORE ! Il est exceptionnel par son talent et par son histoire personnelle, (la fille qui adore les gossips jusqu’au bout). C’est l’un des seuls artistes qui a eu le courage de faire son coming-out d’hétéro. Oui, parfaitement, à une époque où il est cool de montrer sa différence qui n’en est finalement plus une, Guillaume a décidé d’assumer ce qu’il était, c’est à dire un homme qui aime les femmes, et plus particulièrement sa meilleure amie Amandine qu’il a épousé dans la foulée. Mister Gallienne en a même fait un film pour tout nous expliquer.

Alors je regarde tranquillou la bande-annonce, le « trailer » comme on dit dans le pays ou je réside, et là, je suis choquée.

Comment quelqu’un a eu l’idée de porter à l’écran cette fille qui ne mérite même pas que je nomme par son prénom, pour ne pas prendre le risque qu’on le mémorise. Cette personne qui a été l’une des pièces principales du puzzle machiavélique qui a conduit Ilan tout droit à la mort.

Car pour moi et beaucoup de ma génération, Ilan Halimi a été une obsession. Pendant deux ans, je me suis totalement imprégnée de son malheur, de son histoire, de sa vie, des réactions de mon pays. Je voulais être immergée de tout ce qui concernait l’affaire, pour essayer de comprendre comment ça avait pu arriver. Je me suis mise à lire le moindre article le concernant lui, sa famille, son père, sa petite amie officieuse, et sa mère… et sa mère…

J’ai tout lu, épluché le moindre article à son sujet. Je suis même allée jusqu’à lire trois fois le livre d’Emilie Frèche, écrit en collaboration avec Ruth Halimi. Le calvaire de la rançon que les ravisseurs demandaient. Le cauchemar, le harcèlement téléphonique, les mails plus affreux les uns que les autres qu’elle recevait en continu à travers des cyber cafés et j’en passe…

Comme tout le monde, j’étais ravagée par le chagrin, mais pas que… car j’étais aussi révoltée comme jamais, et pourquoi ?

Qu’avait-il de plus ou de moins qu’un autre fait divers sordide ?

Pourquoi donner plus d’importance à celui-là ? Pourquoi vouloir connaitre les moindres détails ?

Alors j’ai essayé de trouver des réponses.

Peut-être parce qu’à cette époque, j’étais enceinte de mon fils et j’allais devenir mère à mon tour.

Peut-être parce que j’avais des tonnes d’amis qui le connaissaient.

Peut-être parce que nous avions le même âge, la même religion, les mêmes origines, le même t-shirt.

Des événements aussi tragiques, hélas, il y en a eu depuis : Toulouse, Charlie , l’hypercacher, et il n’y a quelque temps, le 13 Novembre noir pour n’énumérer que cela.

Mais rien ne nous avait préparés à un acte aussi bien prémédité.

Rien ne nous avait secoués comme ça depuis, depuis… eh bien justement, depuis que j’étais née. Paris, la France, c’était de l’insouciance, juifs, catholiques, protestants, musulmans, n’étaient pas un sujet friand. Il y avait bien eu quelques petits faits isolés, mais jamais avec autant de cruauté.

Alors, que cette histoire nommée « Éperdument » soit portée à l’écran, c’est non !

Les acteurs disent que c’est pour la beauté de l’histoire, et de son personnage féminin. Je dis non !

La beauté est une forme de pouvoir pour la femme. Un pouvoir positif qui dans certains cas peut rendre la vie plus facile, mais pas dans ce cas, car le mot beauté est inapproprié puisque cette histoire est laide de l’intérieur. Cette personne qui a vendu son âme au diable fofana ne peut être que moche.

Alors j’appelle au boycott de ce film !

Il y a des histoires d’amour tellement plus saines, tellement plus belles, tellement plus poignantes, que si les producteurs de ce film sont réduits à mettre cela sur bobine, ils ne nous embobineront pas, car dans notre cœur et à jamais, ILAN tu seras là, sans images, car ta vie, ton histoire, ton merveilleux visage est gravé à jamais dans nos mémoires.

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