Le jour de la Shoah c’est tous les jours pour moi...

Publié le par Junes Davis-Cohen

J'aborde le sujet un peu trop tard pensez-vous, puisque c’était hier après tout.

Et puis pourquoi aborder ce sujet en raccord avec le calendrier?

Ce n’est pas du tout mon registre d’écrire sur des sujets aussi tristes.

Le mieux c’est que l’on se donne rendez-vous directement lundi pour ma chronique et que je vous souhaite un bon week-end ou un chabbat chalom.



Allez hop!!!

Mais pardonnez-moi, c’est plus fort que moi, depuis ce matin, j’ai quelques mots qui ne demandent qu’à sortir de ma tête. Et comme je suis pour la liberté (tout court) et d’expression laissons-les prendre l’air.

On m’a toujours dit que le temps guérit.

D. nous a donné cette potion magique que l’on appelle : l’oubli.

Et c’est tant mieux sinon comment aller mieux ?



Combien de fois ma grand-mère (zal") m’avait dit:



-Tu verras ma fille, tout passe dans la vie!



Surtout quand on perd un être cher, une déception, une dispute sans raison et même les chagrins d’amour.

Mais pour la Shoah, cela ne s’oublie pas, cela ne s’efface pas. La potion ne fonctionne pas….



Car pour moi et bien d’autres dans mon cas c’est tous les jours Yom hashoah.

Sinon pourquoi ce besoin limite viscéral, voire obsessionnel qui nous pousse à écouter dès que l’occasion se présente des témoignages des rescapés ? Cette volonté de vouloir visionner des films sur le sujet? De visiter Auschwitz, Yad Vachem, ou le musée de l'holocauste, encore et encore.

Où même plus récemment lorsque mon amie m’a filé ce livre : « Sarah's keys/ Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay sur la rafle ( mon correcteur automatique voulait écrire "Ralph Lauren", non mais je te jure!) sur la rafle du vel’ d'Hiv' qui d’ailleurs a été rasé quelques temps après pour effacer la honte de ces lieux. J’ai pleuré bien des heures après avoir fini le livre. Je suis restée longtemps traumatisée par cette ébauche d’histoire même si auparavant j'avais lu des tas et des tas similaires, la douleur est toujours là. Elle ne s'amenuise pas.

Mais pourquoi ne pas simplement arrêter de ressasser le passé et avancer ?

Parce que Yom hashoah c’est tous les jours pour moi :

- Pendant les hivers froids New-Yorkais, il n’est pas rare que je veuille pester contre le froid qui me transperce le corps ou le vent qui me glace le visage, mais je me somme d'arrêter :

-Et à Auschwitz avaient-ils seulement des manteaux ou des chaussures comme toi? Alors ressaisis-toi!

-Lorsque que j’habitais en France, il n’était pas rare que je m'interroge sur mon voisin de palier, ma boulangère, ou même sur certaines caissières lorsqu'ils découvraient mon nom. Sur leurs visages, j’apercevais cette méfiance et je ne pouvais m’empêcher de me demander s'ils ne m’auraient pas dénoncée si j’étais née la même année qu'Anne Franck.

Mais en même temps, chaque fois que je vois le drapeau d’Israël flotter au vent, au-dessus d’un hôtel où celui qui pend au-dessus de ma blibli même si je ne suis pas toujours en accord avec Bibi, je me console un peu en me disant que peut-être notre état d’Israël doit sa création à la Shoah comme une sorte d'accouchement horrible et sanguinolent: on sait pertinemment que l’aboutissement de cette douleur et cette souffrance comme la naissance d'un enfant, reste la plus la belle et miraculeuse chose au monde.

Comme cette liberté que nous avons aujourd'hui de pouvoir étudier la Thora, ou de faire une petite braha.

Alors chaque fois au fond de moi, je me dis que nous avons gagné et j'espère pour l’éternité.



Seulement maintenant je peux vous souhaiter un merveilleux chabbat et beaucoup de chalom.



À lundi mes amis.

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Simon 12/05/2016 14:27

Oui j'ai été ému par la sincérité qui se dégage de ta page sur la shoah . Sur un sujet aussi grave tu t'es éxprimé avec la délicatesse et la pincée d'humour qui va avec.
A bientot

Junes Davis-Cohen 23/05/2016 17:30

merci Simon

Esthy 06/05/2016 08:57

Kol hakavod
Très touchant
Bien écrit
Chabat chalom

Junes Davis-Cohen 23/05/2016 17:30

merci Esthy