Paris I love you ( encore un peu....)

  • Junes Davis-Cohen

Ça y est, je ne peux pas le croire, je suis dans le taxi en route vers l’arrêt-des-ports, pour le vol :

New York-Paris.

En voyant Manhattan qui s’éloigne derrière moi, je n’ai qu’une envie : chanter à tue-tête en ouvrant la fenêtre : « Je vais revoir ma Normandie daï, daï, daï, daï », mais le problème, c’est que j’ai pas mal de chance de revoir vraiment la Normandie, puisque mon père est (re)devenu le Rabbin de la communauté de Caen. (longue story !)

D’ailleurs, quand mes parents me l’ont annoncé, il y a quelque mois, qu’ils allaient être Caennais la moitié de leur semaine, je me suis dit :

– Chouette, on va loger gratis pendant le festival de Cannes !

– Euh non, ma fille, pas Cannois, mais Caennais. On retourne à Caen tous les weekends.

– Ah… comme à l’époque du Viêtnam, alors ! Parce que niveau cacher, là-bas, c’est la guerre !

Mais revenons à lundi dernier, où je suis à JFK, dans la file d’attente pour l’embarquement. Rien que j’entends un père appeler son fils, j’ai déjà un pied dans la France :

– Hyppolite, HYPPOLITE ! Arrête de jouer avec les barres de sécurité !

Mais comme le petit n’écoute pas, sa mère s’en mêle :

– HYPPO ! Arrête immédiatement !

J’étouffe un rire dans ma manche, et je penche l’oreille pour entendre la suite (je sais pas pourquoi, mais j’adore écouter dans les files d’attente des aéroports. J’aime choper ces petits bouts de vie des gens, et puis dès que c’est mon tour, je m’en contrefous !) :

– Je t’avais dit qu’il fallait l’envoyer chez ton père à Dijon. Il nous a fait chier pendant toutes les vacances, ce gosse !

En même temps, avec le prénom que vous lui avez donné, ce n’est que justice, les gars ! (Pardon à tous les Hyppolite qui me lisent, vous avez toute ma sincère compassion !)

– Mais enfin, Florence, ce n’est pas une solution, et puis d’abord...

Mais ma curiosité et moi sommes interrompus par mon mari, qui me tire par la manche et me dit :

– Regarde, à ta droite avec le sweat à capuche, il y a l’actrice Reem.

– Mais oui, t’as raison. Je vais tenter un petit selfie avec elle, mais comme d’hab’, dans les moments importants, je n’ai plus de batterie, tant pis !

Alors je continue mon observation pendant que mes enfants jouent avec Hyppo (faut vraiment que j’arrête de rire!). Donc à côté de moi, il y a un homme qui caresse bizarrement le crâne de sa compagne, tatouée et rasée sur une partie de sa chevelure violette (ça pue la lune de miel à plein nez, je suis sûre qu’ils sont anglais). Ah, c’est à nous, et nous voilà dans l’avion. Youpi !

Yes, on décolle, on va bientôt nous servir le repas, super ! Mais avez-vous déjà mangé un repas cacher le Pessah pendant Pessah dans un avion ? Non ? Jamais ? D. vous a épargnés mes soldats de la bouffe. Ils avaient même prévu le petit sac blanc en papier dans la pochette devant, pour vomir au cas où, très attentionnés les Air-Franciens. À part ça, les huit heures se sont passées au top. Ah si, juste un truc, vers 2 heures du mat, quand tu as minimum 350 passagers qui essayent de dormir, même s’ils ressemblent plus à des gens désarticulés, avec leur tête qui gondole au rythme des trous d’air (j’ai trop peur des trous d’air), et que tu veux prendre trois minutes d’intimité pour aller à la salle de bain faire tes besoins en toute impunité. Mais à croire que lorsque tu es maman, tu es punie ! Vu que fifille 1 et fifille 2 me suivront deux secondes plus tard en tambourinant à ma porte comme deux hystéros. Je sortirai aussitôt pour leur dire très calmement :

– Sérieux, les filles, on en est encore là, toutes les trois ? Je pensais vraiment qu’on avait dépassé tout ça. Ça va faire quatre ans, les meufs, quatre ans, que vous me suivez. Mais comme elles continuaient d’hurler, j’ai eu droit à 350 chuts en simultané (dont mon mari) pour les faire taire. C’est puissant, 350 chuts en même temps, croyez-moi ! À part ça, ça s’est TRÈS bien passé.

Enfin, on atterrit, youhouu ! Avec un peu les boules qu’on ne soit pas sur Elal, rien que pour la coutume des applaudissements, mais je n’y pense plus, car mon premier réflexe de Panameuse, me revient d’un coup : je reluque le look des dames de la capitale, sans honte, ni gêne, avec le regard fou qui évalue leurs tenues, et remarque leurs trucs pointus. Oh boy ! Ça fait longtemps que je n’ai pas fait ça, mais c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas, d’ailleurs, je vais demander à cette gueuse qui passe où elle a eu son sac.

Puis vient la deuxième chose frappante quand tu es sur le sol français : tu comprends tout ce que les gens disent ! Je sais, ça parait anodin, comme ça, mais après tout ce temps à écouter parler le New Yorkais, ça fait très bizarre. C’est comme si on avait rallumé la télé en couleur. Je saisis toutes les nuances de phrases (ça va, y en a pas 50 non plus !), TOUS les mots, même les compliqués ! Et mon D. ce que ça fait du bien !

Mais j’y pense, il faut que je vous raconte aussi le fameux soir de mon D.D. (Dîner/Dédicace). Je vous confie les coulisses de cette soirée exceptionnelle, où j’ai du batailler toute la journée pour y aller… seule. J’ai du convaincre ceux que j’aime le plus au monde, de me laisser y aller en solo, en leur annonçant que j’avais bien plus que 18 ans, et ça depuis bien longtemps ! Mais il y a eu quelques contestations familiales :

– En quoi ça te gêne que l’on vienne avec toi ?

– Je rêve de rencontrer ces personnes depuis des mois. Je ne serai pas dispo, ça va vous saouler, je vous retrouve après.

Mais mon fils n’est pas d’accord, et c’est parti pour le ping-pong des arguments :

– Qui va te tenir les livres ?

– La table !

– Qui va te porter tes livres ?

– Mes mains.

– Qui va faire les photos ?

– Mon doigt !

– Qui va s’occuper de faire de la monnaie ?

– T’es au courant que je ne vais pas jouer à la marchande, ce soir ?

– Je viens avec toi quoi qu’il arrive. Moi aussi je veux aller au D.D. de Junes Davis !

– C’est trop mignon, fiston, mais je les connais, les petits gars dans ton genre, avec leur bouille d’ange, mais une fois sur place, tu vas me demander 200 fois : « quand est-ce qu’on y va ? » Alors c’est NON.

– Cite-moi une fois où je t’ai dis ça, et je te jure que je ne dis plus rien.

– Pas plus tard qu’hier, dans le bureau de mon éditeur, tu me disais toutes les deux secondes que tu voulais rentrer.

Oui, parce que j’ai vu mon éditeur deux fois la semaine dernière, pour parler de plein de trucs, genre quand est-ce que je vais être à la Fnac, amazon and co ? Mais arriver avec 2 heures de retard, et se ramener avec sa famille, dont la moitié qui se roulait par terre d’ennui, ça faisait pas super pro pour réclamer des trucs !

– Bon d’accord, maman, tu as raison, mais tu me fais pleins de photos.

– Ça marche, mon poulet !

Mais comment c’était la soirée ? Allez, raconte-nous un peu !

C’était fabuleux, les gens étaient exquis, incroyables, formidables (pas besoin d’être lèche-cul, ils ont déjà acheté le livre, non ?) mais arrête, tout est vrai, c’était merveilleux ! Juste un micro bémol au milieu de la soirée. J’avais réservé à 19h, pensant rester jusqu’à 22h, sauf que le boss du restau nous a dégagés à 20h30, car il avait d’autres clients qui avaient faim. Alors, on a du bouger plus loin. On s’est retrouvés au Café du coin « Le Dauphin, chez MOMO », ce qui donne un sacré coup à la glamour attitude, mais je ne retiens que le souvenir des serrages de mains, des câlins échangés, des sourires, et des signatures ! Je n’avais jamais autant kiffé mettre ma signature quelque part. En bref, c’était MAGIQUE !

La veille de mon départ, j’ai pu voir mes parents en les prévenant qu’il fallait qu’ils fassent gaffe, parce que l’on s’est vus deux fois en quatre mois cette année. On a déjà grillé notre quota de bisous de l’année dernière, et je risque de vouloir rester avec eux toute la vie mais ma mère m’a dit :

– Tu sais ma fille, Paris c’est plus comme avant, les gens sont morts-roses.

– Ah bon ? Je n’ai pas vu de morts dans les rues, et les fleuristes avaient encore des tas de roses en vitrine.

On m’a dit aussi que Paris, c’était fini, et que j’ai bien fait de m’expatrier. Le problème, c’est que, Paris ne sera jamais considérée comme une ex, puisque cela restera pour toujours ma patrie, même si mon cœur appartient à Israël, et que ma vie est aux États très-Unis.

En somme, le fait d’y avoir été, même pour un séjour aussi court, (et au passage d’avoir essayé d’acheter tous les livres de la fnac, mais mon mari m’a dit qu’il n’était pas actionnaire de l’enseigne, et de gentiment reposer la moitié de mon panier !), d’avoir eu cette chance de déguster de la bouffe française, a été juste une bouffée d’air frais qui me donne quelques (res) sources pour poursuivre ma vie, en sachant qu’une partie de la mienne restera toujours gravée près de la Seine, alors Paris je t’aime !

Je vous fais deux bises. Bon lundi mes amis.

PS: Petite anecdote sur ma mère (parce que je ne l’ai pas assez vue pendant le séjour, et à travers cette chronique, je prolonge ma visite):

Avec le décalage horaire, je galérais comme une tarée pour endormir mes poulets. Tous les soirs vers minuit, ils sautaient sur les lits, et la dernière nuit, ma maman a juste passé sa tête dans la chambre en faisant silence avec son doigt, sans même prononcer un son, et par peur, les trois en simultané se sont couchés sans broncher. Je crois que ça s’appelle : le charisme, l’autorité, la classe, mais le pire dans cette scène, c’est que j’étais tout aussi terrorisée que mes gosses, et que je me suis moi-même endormie avec eux.

(– Jean-François, tu me mets douze ans minimum de thérapie pour la Junes avec sa mère, y a plein de choses à débroussailler dans son crâne de piaf !)

– Tout de suite patron !)

GROS bisouxxxx

Junes Davis, auteur de « La vie déjantée de Junes Davis » aux éditions Atlani, disponible sur junesdavis.com, rubrique First book.

(Désolée c’est mon éditeur qui m’a dit de rajouter cette phrase, cela ne vient pas de moi. Allez hop, je m’en fous, je lui mets tout sur le dos ! Bonne bourre !)

Paris I love you ( encore un peu....)
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