Coup de foudre à l’école...

Publié le par Junes Davis-Cohen

Tout a commencé en début d’année, lorsque je me suis pointée dans le lobby de l’école de mes enfants, avec un peu d’avance. Les parents qui arrivent à la même heure que moi, se sont vite rendu compte à leur grand désespoir, qu’il n’y a pas de réseau wi-fi dans l’établissement scolaire. Mon D. quelle horreur, on peut même pas regarder nos smartphones tranquillou le loup, pour tuer le temps ! Seulement deux solutions s’offrent à nous :

Petit a) Être obligés de se parler.

Petit b) Se regarder comme des mam’s en frits !

Encore trop timide de mon anglais pour tchatcher avec mes collègues de bambins, je choisis le petit b). Et mon regard se pose sur la maman de la petite Rachel, qui est dans la même classe que mon fils, (Rachel, pas la maman). By the way, nos enfants se détestent cordialement, parce que les filles, c’est nul, et les garçons, des débiles. C’est trop chou dix ans quand même !

Alison de son prénom, doit faire au moins 1m60, donc vachement plus grande que moi ! Elle a les cheveux plats, l’air fatigué, et les yeux secs à force d’avoir trop pleuré dans sa vie. Ne me demandez pas comment je le sais, je le sens, c’est dans mon sang. Je crois que D. m’a dotée de ce truc bizarre qui analyse les gens en un coup d’œil mais sans leur foutre l’œil (vous commencez à me connaître, depuis le temps, vous savez que c’est pas mon genre!) ! Ainsi qu’une carte cadeau génétique, comme une mémoire qui sert à rien : je suis capable de débiter mot pour mot toutes les répliques de Chandler dans « Friends », même après quinze ans de diffusion, alors qu’il n’est pas rare que ce soit le trou noir pour composer mon code de carte bleue, devant le distributeur de billets. Allez comprendre !

Enfin bref, je surnomme aussitôt dans ma tête Alison « la maman aux yeux tristes », et je n’y pense plus.

Quelques semaines plus tard, je me retrouve à côté d’un monsieur qui tient dans sa main une trentaine de ballons avec écrit happy birthday. J’en déduis que c’est l’anniv’ de l’un de ses enfants (Bravo Einstein). À sa droite, se trouve la maman aux yeux tristes. Au même moment, une vague d’enfants arrivent, et nous sommes tous propulsés contre le mur par la masse des petits gueux. Et me voilà à trois centimètres d’Alison et du papa. Vu la proximité dans laquelle je me trouve, je peux entendre, hélas, toutes les saloperies qu’ils s’échangent entre eux, s’ils avaient des kalachnikovs à la place des yeux, ils se seraient éliminés mutuellement sans hésiter ! (C’est marrant cette facilité qu’on a à retenir les gros mots dans une langue étrangère !)

Heureusement que dès que la petite Rachel apparait, les hostilités sont mises de côté, pour laisser place à des sourires de façade. Ouf ! Comme quoi, l’être humain a des ressources insoupçonnables motivées par l’amour !

Mon fils apparait à son tour, puis mes filles. Sur le chemin de la maison je demande l’air de rien à Ethan, s’il a des infos concernant les parents de Rachel, à savoir s’ils sont divorcés ou pas, et depuis combien de temps (J’ai pas un tome 2 à écrire moi, au lieu de me renseigner sur la vie des autres, franchement ?), je lui demande de poser la question à sa coloc’ de classe :

– Je peux pas, je ne lui parle à celle-là !

– Pourquoi ?

– Je ne la supporte pas. C’est la peste de la classe. Elle pleure pour rien, elle croit toujours tout savoir, et à chaque fois qu’elle se recoiffe en classe, je me prends ses cheveux sur mon ipad, ce qui m’empêche de taper mes exercices, (oui, parce que c’est normal de faire quelques exercices sur l’ipad. Pourquoi perdre son temps à écrire avec ce truc en voie de disparition qui s’appelle comment déjà ? Ah oui … un stylo !). Je n’insiste pas, et oublie tout ça.

Un mois plus tard, mon fils vient me voir et me dit fièrement :

– Maman, je me suis renseigné pour toi.

– Ah super, t’as demandé si je peux venir faire un exposé sur la France ?

– Non, mais tu me charries ? Il est hors de question de se taper l’affiche avec nos baguettes. Tu te souviens que tu m’avais demandé il y a quelque temps de vérifier si les parents de Rachel étaient divorcés, eh bien tu avais raison maman. Mais je ne veux plus jamais te rendre ce genre de service. Je me suis fait déchirer.

– Par qui ?

– Ses copines, si tu savais comment elles sont folles. J’ai attendu la récréation, pour demander à Rachel si elle avait un taille-crayon à me prêter, elle était avec Sarah Silverman et Julie Averach (pourquoi les enfants appellent toujours leurs camarades avec le prénom plus le nom ?), et j’en ai profité pour lui dire :

– Ma mère m’a demandé de te demander si tes parents sont divorcés.

– Ah mais non, non ! Il ne fallait pas lui dire que ta mère t’a demandé. Quelle honte !

– Ah bon ? Je savais pas, en tout cas toutes ses copines m’ont hurlé dessus genre :

– Ça va pas de lui parler de ça ? Bien sûr qu’ils sont divorcés, regarde, la pauvre, tu lui fais de la peine.

– OK, OK, t’aurais pas une feuille à me prêter ? Et depuis combien de temps tes parents sont divorcés ?

– DÉGAGE ! VAS-T’EN !

– Je te jure maman, fallait voir comment elles m’ont crié dessus.

– Merci, et je suis désolée.

Donc j’avais raison, et je mets ça dans un coin de ma tête.

Le lendemain, vers 10h00, mon téléphone sonne et affiche le numéro de l’école, (je déteste quand l’école m’appelle, chaque fois j’ai mon cœur qui loupe un battement, le temps que je décroche). La nurse m’informe que je dois chercher fifille 1 qui a de la fièvre. En moins de 10 minutes, je me retrouve à l’infirmerie, et tombe sur le papa de la petite Maya. Il est venu chercher sa fille qui est elle aussi malade. À l’époque, il y’avait un virus relou de la grippe.

Alors là, ça devient intéressant, parce que Jonas ne me connait pas, mais il n’a aucune idée que toute l’école le connaît, ou plutôt connait son histoire.

Je l’ai su juste après la distribution des cadeaux de Hanouca aux maitresses de mes enfants (faut bien être lèche-cul, non ?), ces gentilles dames qui s’occupent, moitié de nos gosses, moitié des gossips, m’avaient toutes raconté la vie de cet israélien.

Cinq ans auparavant, Jonas avait émigré aux États-Unis parce que sa femme était décédée lors d’un attentat en Israël. Pour essayer d’avancer après ce grand malheur, il était venu avec sa petite fille à New York, pour lui offrir une vie loin des souvenirs douloureux.

Il est grand, brun, aux yeux noirs, toujours en train de parler à son phone en criant: ALLO, ALLO ! NOU ! Depuis le temps, il aurait du capter qu’à l’école, ça capte pas.

Parfois, quand je suis dans ce lobby de l’école, en m’énervant contre moi-même d’être toujours en avance (ce qui me donne pas mal de prises de tête, et de mal de tête avec mon homme, parce que lui qui arrive systématiquement en retard, me reproche de lui mettre trop de pression ! Non mais je rêve !), de mon poste d’observation, je regarde de loin la maman aux yeux tristes et le veuf au visage fermé, et je me dis souvent que c’est bien dommage, qu’ils ne parlent jamais !

Puis un jour, il y a eu le gala annuel de l’école…

La suite next week, mes amours !

Junes Davis auteur de : " La vie déjantée de elle-même" sur junesdavis.com rubrique First book. Une ré-édition est en préparation youhouuuu! Merci encore à vous tous de me suivre💖💖💖

Coup de foudre à l’école...
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