La fête de fin d’année scolaire

Publié le par Junes Davis-Cohen

Lorsque je reçois un mail de l’école avec écrit « SAVE THE DATE » en gros et en gras, avec huit points d’exclamation, je me dis :

– C’est quoi encore cette affaire ? Cela doit être l’une des innombrables fêtes que l’école organise ! Non pas que je n’ai pas envie d’aller voir mes enfants sur scène, mais au bout de la dixième de l’année, le degré de motivation a nettement baissé !

En plus, je n’ai plus de crédit pour en zapper une, parce que la dernière fois, j’avais confondu Tuesday et Thursday, et ça a été le drame scolaire !

Je lis le mail, et découvre que c’est la fête de fin d’année. Quoi, déjà ? C’est passé drôlement vite, dit donc !

Le jour J, tous les parents ont rendez-vous dans la classe de leurs enfants. On arrive, on s’installe, les enfants sont très excités d’avoir leurs parents dans la même galère, pardon… dans le même environnement qu’eux ! Mon fils me montre un travail qu’il a fait, mais la maitresse nous interrompt pour me dire d’un air grave, qu’elle est désolée d’avoir appris qu’Ethan a un problème à la gorge extrêmement rare, qui l’empêche de chanter. Mon fils me pince le bras et me dit en français :

– Maman, fais style steuplait, je t’expliquerai. En tant que mère complice qui balance pas son fils, je m’entends dire :

– oui, c’est vraiment dommage !

Dès que sa prof s’éloigne, mon fiston me dit :

– Quand nous serons en bas, tu comprendras tout de suite pourquoi j’ai du inventer toute cette histoire.

Un peu énervée contre mon aîné qui me met souvent dans des situations similaires, je lui dit que j’en ai marre, et me demande de qui ça peut venir. C’est bizarre, je ne vois pas !

Ah mais si, peut-être Micka, parce que cela me rappelle la fois où nous étions invités à un dej’, et pour ne pas vexer la maitresse de maison qui avait fait de l’agneau, mon mari avait prétexté qu’il était végétarien. Ma copine déçue, était venue me demander pourquoi je ne lui avais pas dit que mon mari ne mangeait pas de viande !

– Euh… désolée, j’ai oublié. Au moment où je disais ça, j’avais l’image de mon homme dégustant un steak saignant la veille au soir !

C’est le moment de descendre pour le spectacle, y a du monde dans les escaliers, on entre dans le gymnase, et on découvre très peu de chaises pour beaucoup, beaucoup de parents.

Mazette ! J’ai l’impression de revivre la descente de l’autobus devant l’aéroport Ben Gourion à Tel-Aviv, où tout le monde court très vite pour tamponner son passeport en premier.

Les gens se poussent, moi y compris, pour poser leur popotin sur la première chaise venue !

Par manque de place, Ethan s’assoit sur mes genoux. Aouch, je sens le poids des années, au sens propre comme au sens figuré, mais ça fera l’affaire !

Il y a une très grande estrade montée pour l’occasion, des spots de lumière qui bougent dans tous les sens, un écran géant est installé, j’entends des essais de micro : one two, one two. J’ai l’impression d’être à un concert de Bruno Mars (il est cool, ce chanteur). Je demande discrètement à mon fils :

– Alors, c’est quoi, cette embrouille devant la maitresse ?

Et il me dit :

– Dans trois minutes, tu vas tout comprendre, patience !

Seul un projecteur est braqué sur la directrice, qui nous annonce de façon on ne peut plus théâtrale, qu’elle est fière de nous présenter la « White Spirit », la chorale de l’école.

Et mon fils pouffe de rire sur mes genoux !

– Qu’est-ce que tu as à rire ?

– Rien, rien… avec un regard de coquin.

Et hop, une vingtaine d’élèves prennent place sur l’estrade. Il n’y a pas un bruit dans la salle, et une paire de jumeaux à l’identique, s’approche du micro, ferme les yeux, le visage très concentré, et démarre.

Mon D., mon D., mon D., qu’est-ce que c’est que cette… catastrophe ? Je n’ai jamais entendu deux voix humaines chanter aussi faux. Mon fils s’est mis dans mon cou pour se cacher, tellement il rit, et me chuchote : tu vois pourquoi j’ai dit ça à Miss Bubbles ? J’avais pas du tout envie de m’associer à eux ! En pointant le doigt vers le « eux ».

Le duo musical est terrible, mais personne n’a l’air de s’en rendre compte. Tout le monde regarde la mère des twins toute émue, qui a mis ses mains sous son menton, elle regarde ses petits cannetons qui ne sont en rien des cantors ! Enfin, ils s’arrêtent, pour laisser les autres « spirits » chanter en chœur. Et c’est parti pour le défilé de voix de casserole, de flutes traversières qui te traversent les oreilles, (mais pourquoi l’école s’acharne avec cet instrument? Pourquoi ? ) Et ça dure, ça dure, ça n’en finit pas, au secours, je veux partir ! Mon fils prend carrément mon kit main libre de mon sac pour se l’enfoncer dans le tympan. Quelle bonne idée!

– Tu me files un écouteur, petit ?

– Non !

– Sympa !

– Bon d’accord !

Ouf, ça va mieux !

Autour de moi, les mamans sont en transe, les papas enregistrent les « performances » (perso, j’aurais tout brulé!). Une mère assise devant moi hurle « OOOOH MY GOSHHHH », j’ai compris que c’est son fils Josh qui chante, elle se lève pour applaudir, et pousse sa chaise avec enthousiasme avec son pied, on se la prend mon fils et moi dans les jambes. Bien fait ! Ça nous apprendra à rigoler !

Mon fils me fait des commentaires sur chaque « chanteur » qui s’égosille au micro. Vient le tour d’un garçon asiatique qui chante avec une kippa sur la tête plus grande que celle de mon père. Il doit avoir quinze ans, et Ethan me demande pourquoi je ne pose pas de questions sur Dylan.

– Parce que je m’en fous !

– Tout le monde à l’école connait son histoire. Viens, je te raconte. Ses parents sont arrivés à New York, il y a super super longtemps, genre 1992/93, ( D. merci, mon fils ne connait pas ma date d’anniv’, il m’aurait fichu en maison de retraite direct). Ils habitaient en Chine, et comme le papa de la maman de Dylan n’a pas voulu qu’elle devienne juive, elle s’est sauvée aux États-Unis avec le papa de Dylan pour se convertir, et ensemble, ils sont devenus juifs. Et puis un jour, on a vu dans le lobby de l’école, un vieux monsieur en fauteuil roulant attendre, et toute l’école a vu Dylan pleurer parce que c’était la première fois qu’il rencontrait son papi.

– Elle est hyper triste ton histoire !

– Tu sais maman, c’est pas vrai qu’en Chine ils ne mangent que du riz, Dylan, lui, adore la pizza ! Attends, je crois que c’est le tour d’Harrison.

AH ! Je savais bien que les amerloques n’allaient pas nous décevoir avec ce pseudo-spectacle. Le petit Harrison, Little angel (comme on le surnomme entre mams de la classe, parce que rien que tu entends sa voix, il te transporte au paradis), il est perché sur une espèce d’escabeau volant avec un micro accroché à sa bouche. À la première note vocale, tout le monde est en larmes (mais vraiment), je pleure, ma voisine pleure, les papas n’en mènent pas large. C’est bon, on a trouvé la nouvelle star de Glee, ou de the Voice. Il y a la petite Maya qui se joint à lui pour la fin, je vois bien que tout le monde veut l’étouffer la pauvre, mais c’est pas grave, little angel chante plus fort qu’elle, et ce moment est une réplique du jardin d’Eden, version musicale !

Mon fils me regarde, un poil jaloux, et me dit :

– C’est pas la peine de pleurer pour l’autre, avec sa voix débile, moi aussi je suis hyper fort en jeux vidéo !

– Mais oui, mon poussin, tu sais que maman t’aime, n’aie pas peur, tu seras toujours l’amour à maman (et voilà comment en une phrase, on façonne un futur séfarade de pure souche !) Au fait, tu pourras demander à la petite Maya où ça en est avec Alison ?

– Ah non ! Hors de question que tu m’envoies encore récolter des infos pour toi. Rappelle toi, la dernière fois, ce qu’il s’est passé.

Ah mais, c’est vrai, je ne vous ai pas encore raconté l’une des plus jolies histoires que j’ai vu naître sous mes yeux, quel dommage, tant pis, une prochaine fois. Je vous embrasse mes amis... mais j’y pense, pourquoi ne pas commencer à partir de lundi prochain, pour vous entrainer avec moi dans ce joli conte scolaire.

Alors sortez vos mouchoirs, et laisser vos cartables, notre saga de l’été commence dans sept jours !

Je vous embrasse très fort mes amis.

Hâte de vous écrire tout ceci.

Junes Davis auteur de : « La vie déjantée d’elle-même » disponible sur junesdavis.com

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La fête de fin d’année scolaire

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