Quand toi tu es normale et que ton conjoint pète un câble

  • Junes Davis-Cohen

Tout a commencé lorsque qu'un dimanche matin, je me cramponne à mon latte (fait maison), assise sur mon canapé, le regard vide et flou. Je me remets de mon saturday night sans fever de la veille, qui est dédié à ma session de rattrapage de mes séries préférées. C'est l'esprit occupé et vagabond des images de ma nuit, que je sens en face de moi un mari tout nerveux.

Oh non ! C'est pas vrai, je connais cette tête, c'est celle des réveils du pied gauche (d'ailleurs, le droit demande ses droits, car certains matins, il est souvent mis de côté !). Je sens que mon Micka va me râler dessus toute la journée ! Sauve-qui peut !

À sa décharge, faut avouer que c'est un peu dans notre culture de français, d'être de temps en temps de mauvais poil. Rien qu’avec cette célèbre phrase des retours de week-end, on a déjà tout compris, car quand on te demande :

– Comment ça va, aujourd'hui ?

on répond tous :

Comme un lundi !

C'est en quelque sorte, notre signature. 

Note de Junes Davis : contrairement à l'américain, qui est à quatre-vingt dix-neuf pour cent du temps, et ça, quelque soit le temps:  TOUJOURS de bonne humeur ! Quand tu lui demandes :

– How are you today ?

Il te répond :

– Awesome ! Génial ! 

Ce qui est encore plus agaçant !

Après cette info cruciale sur les U.S people, je me dis qu'en prévision de ce qui m’attend dans les prochaines minutes, il me faut un autre café, pour avoir la bouche occupée, car l'orage ne va pas tarder à gronder. Tiens, qu'est-ce que je disais, le voilà qui me gronde :

– Junes, franchement, j'en ai marre de cette porcherie dans laquelle on vit. (???) On ne peut plus vivre dans ces conditions, faut que ça change ! Regarde-moi ce tas de vêtements accumulés (en me montrant du doigt le petit tas de linge de la veille que j'avais ramassé dans un coin du salon). C'est pas possible ! Il faut que tu te bouges un peu plus ! 

– Ah non, commence pas ! Moi, le weekend, je suis en pause de machine à laver, faut que je me détende de ma semaine. 

– Te détendre ? Mais de quoi ? Bon, je vais tout reprendre en main dans cette maison, parce que c'est n'importe quoi ! Et crois-moi, ça va barder ! Je vais de ce pas ranger des choses dans notre chambre.

Mazette, il m'inquiète ! C'est la seule pièce de la maison qui est à peu près rangée. Qu'est ce qu'il va bien vouloir y faire ? Et d'un coup, je le vois en ressortir, aller dans un placard, sortir un marteau (???), péter littéralement un câble, et hurler sans raison : « Je vais me le faire, je vais me le faire… » en re-rentrant dans notre chambre. De loin, on dirait : Conan le Barbare, avec en guise de hâche, son marteau !

Bon, Il est temps que je me lève, et que j’aille voir de plus près ce qu'il fabrique et vérifier d’où vient le bruit. Toujours avec ma boisson dans un gobelet en carton, je découvre avec stupeur que Micka est en train de démonter notre lit (l'unique objet que j'ai acheté seule dans notre appart !). Fascinée, et un peu horrifiée, je le vois le démonter latte après latte, ce qui me fait avaler mon latte de travers! En femme avertie, je ne pose pas de questions (bien que je bouillonne !) et m'assoie pour mieux l'observer. À cause du brouhaha, mon fils se lève à son tour, les yeux encore tout ensommeillés, regarde la scène, s'assoie près de moi, et me demande ce que je suis en train de boire. Je lui tends mon verre, et il me répond : « Non merci ! ». À leur tour,  une à une, mes filles nous rejoignent, et nous voilà tous les quatre à observer cette scène inédite dans une vie. 

Le « chef de famille » (y a pas que lui, moi aussi je suis la chef !) est motivé comme jamais à exécuter la destruction totale de notre lit. 

– Serait-ce un message subliminal de notre mariage, Freud ? Dois-je m'inquiéter ?

– Docteur Freud, insolente ! Non, rien à voir, te bile pas minime, ton mari est juste mal poilé, et n'a pas aimé que tu commandes votre lit sans son : "bon pour accord de ministre des affaires de l'intérieur ! "

– Mais ça fait bientôt trois ans !

– Apparemment, il a pas digéré. Oh et puis tu n'as qu'à lui demander directement, et puis j'en sais rien moi ! Fous-moi la paix, et fais en sorte que la paix revienne ! 

– D’accord, promis, je ne ferai aucun commentaire !

Et après quinze minutes de désossement total de notre lit, je réalise effarée qu'il ne me reste plus que mon matelas à même le sol ! Profitant à fond du moment, les enfants s'éclatent joyeusement à sauter dessus, pendant que mon mari jette tout dans le vide-ordures. Il revient nous voir plein de sueur, et je lui dis :

– As-tu seulement conscience que nous n'avons pas de lit de rechange, ni de pass V.I.P dans un hôtel à proximité. On va devoir dormir par terre, à respirer la poussière !

– Par terre, par terre. T’exagères, j’ai laissé le matelas.

Plus pour marquer le coup que pour le fond, je me mets en mode marocaine qui se lamente en pliant en boule la pile de fringues du salon (oui, oui, ça existe, plier en boule !) : 

– Voilà comment on me traite dans cette maison ? Après tout ce que je me suis donnée pour vous pendant les fêtes (juives) ! Toutes mes plus belles années de jeunesse que j'ai sacrifiées pour cette famille (n'importe quoi !), me voilà réduite comme une misérable personne à dormir à même le sol, eh bien bravo, c’est du propre !

Mais j'ai oublié que mon fils est là, qui écoute tout, observe tout et se MÊLE de tout ! Il me console ultra gentiment : 

– T'inquiète pas ma maman, je te prête mon lit, y a pas de problème, cela ne me dérange pas de dormir par terre, ça va être fun ! 

Et je fonds ! 

– Viens-là toi, l'amour à sa mère ! De toute façon, il n'y en a qu'un qui m'aime dans cette maison, les autres s'en fichent, de moi. En lançant un regard noir à mon mari qui prend un truc dans le frigo.

Je me mets à faire la vaisselle en pestant contre la vie, je radote vingt fois que c'est un scandale de dormir par terre. Mon fils s'énerve à son tour et pète un câble (c’est contagieux !) :

– MAIS JE T'AI DIS QUE JE TE DONNAIS MON LIT, TU VAS PAS EN PARLER TOUTE LA JOURNÉE À LA FIN ! 

– Bon, moi, je vais dans ma douche, vous m'énervez tous ! 

Et Mister Davis disparait sous les jets d'eau pendant un long moment, pour en ressortir de bien meilleure humeur, et nous demande de nous préparer pour aller bruncher !

Pendant que j'habille et prépare tout le monde, je repense sans aucune nostalgie à mes premières années de mariage, où je vivais les mêmes situations totalement folles ! Lorsque mon mari se réveillait comme ce matin d'une humeur exécrable, j'étais en mode panique en lui demandant sans cesse : 

a) Si c'était de ma faute. 

b) Si j'avais fait quelque chose de mal !

c) Si on pouvait en parler, car je voulais tout savoir ! 

Ce qui l'agaçait d'avantage, car je n'avais pas encore lu toute la notice du mariage :

LAISSER SEUL/ CHIEN MÉCHANT/ VOUS N'Y ÊTES POUR RIEN/ BE COOL JUJU ! 

Je me revois insister comme une insidieuse, à chercher absolument le pourquoi du comment, ce qui se terminait généralement en bagarre monstrueuse avec la menace suprême de quitter le navire en faisant mes bagages etc. (Depuis 2014, après une énième valise prête près de la porte, mon mari m'a fait promettre d'arrêter mon manège, car il l'avait ouverte, et avait constaté qu'elle était vide (la situation gênante où tu n’es plus crédible pour un sou). 

Il arrive juste que parfois, l'un des deux partenaires veuille seulement exprimer sa mauvaise humeur des mauvais jours, comme n'importe quel être vivant ! L'expression « d'une humeur de chien » prouve bien que même les animaux se lèvent parfois de la patte gauche !

Alors mes amours, avec le peu d'expérience que j'ai de la vie à deux, si j'ai bien appris quelque chose, en payant un lourd prix de disputes, c'est que lorsque l'orage gronde du côté de votre moitié, n'essayer pas de vous blâmer, car il ne vous est en aucun cas destiné. Prenez juste votre parapluie, pour protéger votre propre bonne humeur, invitez vos enfants à s'y réfugier, et attendez que ça passe. Car c'est bien connu, de temps en temps, "la joie de vivre" a besoin d'être arrosée pour mieux être appréciée !

Je vous embrasse mes chéris, de mon cœur gonflé d'amour pour vous. On se retrouve demain soir en direct pour les résultats des élections U.S. Énorme bisous.

PS : Le soir même, Micka Davis, en homme tout neuf et détendu, a commandé (LUI !) le lit de ses rêves : apparemment un truc totalement futuriste, le même que dans Star Treck nouvelle génération (au secours, je crains le pire !). Il n'y a plus qu'à attendre six semaines qu'on nous livre ce machin qui va nous servir de lit ! Promis, je vous poste la photo, et dans la foulée, je prends rendez-vous chez l'ostéo pour mon dos! 

Quand toi tu es normale et que ton conjoint pète un câble
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