Coup de foudre à l’école et crêpe marocaine

  • Junes Davis-Cohen

La semaine dernière, nous nous sommes quittés sur une Alison qui me demandait de l’emmener faire les boutiques pour revoir son look, dans l’espoir de plaire secrètement à Jonas, israélien veuf, et papa de la petite Maya.

Je suis chez Saks, en compagnie de ma copine qui essaye une robe (immonde). Après quelques minutes en sa compagnie, je peux confirmer que cette maman est officiellement une vraie crêpe marocaine.

Qu’est ce qu’une crêpe marocaine ? C’est une personne qui est tellement gentille, qu’elle se laisse faire comme une crêpe dans une poêle. Tu la retournes dans tous les sens, et la seule chose qu’elle te répond, pas contrariante, c’est : « comme tu veux ».

Je l’écoute me parler de ses doutes, de ses craintes, concernant son manque de confiance en elle, et envers les hommes, mais surtout, elle me confie qu’un homme aussi « déclassé » que Jonas, ne la regardera jamais !

(Note de Junes Davis : mon amie américaine n’a absolument pas utilisé le mot « déclassé », mais comme c’est un mot tendance, je voulais absolument vous le placer depuis un bail. Ouf, je me sens mieux d’un coup !)

Je lui conseille d’essayer une très belle robe de soirée, qui mettra en valeur sa silhouette longiligne, et de réapprendre à avoir un minium de confiance en elle et envers les autres.

– Faire confiance, faire confiance, t’as vu l’autre fois, ce que ça a donné ? Je crois qu’elle est trop serrée.

– Mais non, elle te va très bien. Tu t’es plantée sur cet homme qui t’a plantée, le tout, c’est d’aller de l’avant, et vers Jonas. Ça fait neuf ans, girl, neuf ans, faut y aller maintenant ! Allez, on passe au maquillage !

– Comme tu veux, mais j’aime pas trop les trucs chimiques.

– Moi non plus, mais dans certains cas, crois-moi, les trucs chimiques, ça a du bon !

Et j’avais raison, Alison est bien plus mise en valeur avec ce coup de crayon qui souligne ses jolis yeux verts. Y a plus qu’à lui demander de retirer ses lunettes (affreuses), et d’effiler cette frange trop épaisse.

Après un tour chez le coiffeur, je laisse une Alison ravie et ravissante, et je peux tranquillement préparer ma fête pour enfants que j’ai prévue dimanche.

Mes chers lecteurs, il faut savoir qu’aux États-Unis, les anniversaires, ou les fêtes pour enfants, c’est pas de la rigolade. Il est très commun qu’au cours de ces après-midi, il y ait des animations en tout genre, telles que des châteaux gonflables, des stands de pop-corn, des barbes à papa, des magiciens, etc.

Contraste flagrant avec les anniv’s de mon enfance où ce jour-là, ma mère nous autorisait à inviter une ou deux copines à la maison, mes parents m’offraient un petit cadeau, et je rentrais chez ma mère, même si j’y étais déjà !

Un jour, en distribuant un carton (j’adore les invitation écrites à la main), un enfant m’a demandé quel thème était prévu pour le gâteau, et j’avais répondu :

– Euh… Chocolat…

– Non, non, pas le goût, le thème, ça va être quoi, ton gâteau ? Spiderman, Cars, Nemo…?

– Ce sera un simple gâteau au choco avec plein de paillettes.

– Je viens pas à ta fête, il est pourri ton gâteau !

Vexée, je lui avais dit :

– T’es plus invité ! Mais le petit (de quatre ans) était déjà parti. Ça m’avait tellement choquée, que j’en avais parlé pendant des semaines.

Ce qu’il y aussi d’incompréhensible, c’est que les amerloques ne peuvent pas faire une fête, sans commander des pizzas que l’on nomme : « la birthday pizza ». Un jour, poussée par ma curiosité, j’ai demandé au papa d’un copain de mon fils :

– Pourquoi de la pizza, c’est pas italien à la base ? Il m’a répondu, très sûr de lui :

– C’est la « best food ever » pour les kids.

C’est bon, le Docteur Jean-Michel Cohen a tiré sur la corde pour se pendre, il attendait que cette phrase pour le faire.

Mais revenons au jour de ma fête : je suis comme une cocotte-minute sous pression, tellement j’ai des tonnes de trucs à préparer. Je descends dans la salle de l’immeuble, que j’ai louée tout exprès pour l’occasion, et prépare mon buffet. J’accueille le monsieur qui va s’occuper de l’animation, avec au programme : magicien, confection de ballons en formes bizarres, maquillage…

Ça critique les américains, mais ça fait tout pareil, au final !

Je n’ai pas commandé la birthday pizza, puisque c’est une simple fête pour enfant, pas un anniversaire !

Mais ma parole, Junes Davis, tu aurais fait une résistante incroyable pendant la seconde guerre mondiale !

Une fois tout en place, je remonte prévenir ma babysitter qu’elle peut descendre avec mes enfants. Tout est prêt pour accueillir nos invités, et j’aperçois Alison, enfin je l’aperçois… comment faire autrement, on la repère à des kilomètres, vu qu’elle porte la robe de soirée que nous avons achetée ensemble… alors qu’il est 14h00 ! Mince, j’ai oublié de lui dire que c’était pas pour la journée. Je vais aller lui chercher une robe en haut, avant que Jonas arrive, mais comme un fait exprès, il est là à son tour, pour déposer sa fille. Bon, tant pis, en plus, je suis perturbée, parce qu’il y a des gens je n’ai pas conviés qui sont là, et qui me disent à tour de rôle, mazal tov !

– C’est cool que tu sois venu, mais pourquoi félicitations ?

Je n’aurai aucune réponse. Bizarre…

J’observe Jonas qui dit au revoir à sa fille, alors je le chope pour lui demander de rester un peu, pour profiter du buffet, mais il dit :

– Non, c’est bon, je vais pas déranger, mais son regard s’attarde sur ma babysitter Adi, aussi israélienne que lui, et il va la voir.

Mazette, je savais que j’avais fait une erreur en l’engageant, grande, mince, brune aux yeux verts, qui sort fraichement de l’armée (parfait pour mon fils !). Malgré mes craintes, (merci Jude Law) , d’avoir une petite bombe à la maison, mon mari m’avait rassurée, en me confiant que Adi pour lui est un bébé, et qu’il n’aime que les vraies femmes... comme moi !

Et vas-y que ça papote, et vas-y que ça rigole en hébreu. Faut se rendre à l’évidence, c’est fichu pour Alison, qui est assise comme une grand-mère sur une chaise. Je veux faire quelque chose, mais je vois débarquer six personnes, dont une dame en robe métallique argentée. C’est quoi cette embrouille ?

Je me dis qu’ils font erreur, mais ça installe des instruments, ça s’échauffe au micro, ça fait des pas de danse. Je vais les voir, et leur dis qu’ils se sont trompés de fête, mais ils ignorent mes protestations. Ensuite, je vois d’autres gens qui arrivent, et installent un autre buffet que le mien, alors là, ça en est trop ! NE TOUCHEZ PAS MES QUICHES ! J’entends que ça pouffe de rire derrière mon dos, et j’entends au micro :

– On souhaite un grand mazal tov/félicitations à Micka et Junes, pour leur anniversaire de mariage, lilililili !

Je regarde mon mari, et le reste des invités plié en deux, parce que j’ai officiellement deux de tension. Je n’avais pas compris que mon homme avait profité de cette fête pour la transformer en wedding anniversary de folie ! Je suis très émue par sa surprise, d’autant plus que la veille, Micka ne m’avait même pas dit bon anniversaire ! Tout le monde est hilare, vu la tête que je fais, tellement je suis sonnée.

C’est bien joli tout ça, mais Jonas est en train de danser avec ma babysitter, et ma crêpe marocaine est en train de se resservir une autre coupe de champagne que le traiteur a apporté. Pour interrompre ce flirt qui m’énerve, je demande à Adi d’aller surveiller les enfants. Et elle me demande comment je connais son cousin d’Ashkelon… Jonas !

– Jonas est ton cousin ?

– Mais oui, il m’a reconnue direct alors que la dernière fois qu’il m’a vue, j’avais douze ans. C’est fou non ?

– Ah oui, c’est fou ! Comme le monde est petit.

Fioufff, tout n’est pas perdu ! Je cours voir Alison, lui retire le verre des mains, et lui conseille d’aller voir le veuf. Elle proteste, elle a trop honte, car elle s’est rendue compte qu’elle était trop habillée pour l’occasion, alors je la monte à la maison, et lui prête une de mes robes. Elle se sent mieux, mais elle a peur de se faire jeter par Jojo, alors je décide franchement de m’en mêler. Je vais voir Jonas, et lui explique que je serai plus rassurée s’il ramène Ali et sa fille chez elles, parce que ma copine a trop bu. Et contre toute attente il me dit :

– Oui, sans problème.

(Plus tard, Alison m’en voudra de l’avoir fait passer pour une alcolo.)

La bonne nouvelle, c’est qu’une fois arrivés chez Alison, la petite Maya et Rachel ont demandé à leurs parents si elles pouvaient avoir une playdate improvisée (des rendez-vous pour jouer), de playdate en playdate, une visite en entrainant une autre, de diner en diner… Face à cette crêpe de gentillesse qu’est d’Alison, notre Jonas n’a pas pu résister bien longtemps à ce puit de douceur.

Et c’est ainsi que chaque fois que je les croise dans le lobby de l’école, main dans la main, comme le font les jeunes, et les moins jeunes amoureux, mon cœur se serre de bonheur. Quelle belle revanche sur ces destins écorchés par la vie, car même si hélas, nous sommes confrontés à des tragédies qui nous plongent dans une profonde tristesse, en voyant Jonas couver du regard notre maman, qui n’a plus du tout les yeux tristes, je me dis que les périodes noires ne sont en rien définies dans le temps, il faut juste du temps pour cicatriser ces blessures, et se donner la chance d’aimer à nouveau, même quand on n’y croit plus.

À mercredi pour une chronique de clôture de la saison 2 de «La vie déjantée d’une mère juive à New York City » avec le chalom bayit/l’entente conjugale pour les nuls.

PS: Je dédie cette chronique à la mémoire de Margaret Aflalo une grande dame de la cuisine qui nous as quittés la semaine dernière. Une femme exceptionnelle qui m’a personnellement toujours encouragée à continuer ma passion d’écrire des histoires. Je suis sûre que la haut, Madame Piroulie, vous les épatez avec toutes vos recettes aussi succulentes que merveilleuses comme vous le serez à jamais.

Coup de foudre à l’école et crêpe marocaine
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barbara 19/08/2016 14:23

marrant votre texte !

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