La Grande V.D.M. de Rosh hachana par Junes Davis

Publié le par Junes Davis-Cohen

Pour le premier jour de la fête, motivée à bloc, j’avais programmé mon réveil à 7:00 du mat’ pour être sûre d’être à l’heure pour la syna (on sent la fille pas tranquille de toutes ses fautes accumulées !) C’est vraiment le truc que je ne fais jamais durant l’année, parce que moi, le samedi, en général, c’est grasse mat' jusqu'à 9:00 am

Enfin bref, je me prépare, et enchaine avec un réveil militaire de toute la maisonnée. Vers 8:00 am avec table dressée, et petit déjeuner minimaliste, on se fait un kiddouch express, et comme un gendarme évadé de Saint-Tropez, je me revois en train de donner des ordres à tout le monde, un peu comme Caroline avec son balai, (la blonde dans « Nos jours heureux », film cultissime) avec la même coupe de cheveux :

– Toi, tu mets ta veste ! Toi, tu me débarbouilles ce visage ! Toi t’arrêtes de ne rien faire !

Et je hurle (pour rien !) que je nous veux tous, à 10:00 tapantes à la syna pour ne pas louper la sonnerie du chofar, ce à quoi mon homme me répond en parfait décalage avec mon état :

– Détends-toi mimine, c’est pas avant 12:00, alors ne nous stresse pas !

– M’en fous, je veux faire ma bonne élève et arriver en avance, pour trouver une bonne place, pour voir tout ce qui se passe (genre grosse ambiance) ! Par un exploit familial qui doit être gravé dans le guinness des records mondiaux, à 10:02 am, la famille Davis au grand complet passe les portes de la synagogue située à deux blocks de chez nous. Et croyez-moi, deux blocks, ça peut être long, très long… quand vos enfants d’un coup s’arrêtent de marcher, ou on ne sait pas pourquoi, décident de prendre le temps de regarder les fleurs, ou d’écouter le chant des oiseaux ! Enfin bref, on rentre, et on se rend vite compte que la syna est bien pleine (je vois que je suis pas la seule à vouloir me faire passer pour une première de la classe !). Avant de rentrer dans l’office, mon mari met son châle de prière, mon fils va gambader je sais pas où avec ses potes, et moi je vais côté femmes avec mes deux poulettes à bout de bras. En gros, tout le monde est à son poste habituel, rien de ouf, sauf que deux secondes plus tard… t’as un type de la sécurité, en costard/oreillette, l’air grave, qui monte sur l’estrade, s’éclaircit la gorge, et balance comme-ci c’était le truc le plus naturel du monde :

– Chers gens de la congrégation, vous n’êtes pas censés ignorer, qu’il y a une menace terroriste qui pèse potentiellement sur New York depuis un moment.

Un peu horrifiée, je me dis :

– Ah bon ? Mais je savais pas, moi, depuis quand ? Et puis pourquoi on me l’annonce comme ça, un lundi matin ?

Comme quoi nous ne sommes en sécurité nulle part !

Le bodyguard enchaîne :

– Il est de mon devoir de vous faire répéter l'exercice d’évacuation en cas d’attaque ! Alors à mon signal, tout le monde se met en condition de simulation.

Je me demande ce que ça veut bien dire : se mettre en condition de simulation ?

Pas besoin d’attendre trop longtemps, car j’entends une sonnerie retentir, qui n’a rien à voir avec celle du chofar, mais qui te perce tout aussi bien le tampan ! D’un coup, toutes les femmes, mais j’écris bien TOUTES les femmes, de 15 à 100 ans, sans aucune exception, se mettent direct par terre, à ramper vers les portes de sortie où il y a écrit EXIT en rouge.

Je reste debout, un peu déboussolée, et fascinée de les voir jouer le jeu à fond, même si elles savent très bien que c’est pour de faux. En plus, ce jour-là, j’ai voulu faire la belle avec mes louboutins et ma robe saucisson, donc même pas en rêve je me mets par terre, qui plus est avec mes deux poulettes qui comprennent pas grand chose à ce qui les entoure. Je repère de l’autre côté les hommes qui sont évacués de la même façon, mais eux partent dans une direction inconnue. Et puis, il y a un type de la sécurité que je n’avais pas vu, qui me repère direct (en même temps, je suis la seule relou à ne pas jouer le jeu !) et il me hurle :

– Toi, tu te mets immédiatement par terre ! C’est la première chose qu’on t’apprend en cas de fusillade, tu t’allonges et tu rampes vers la sortie !

– Ah bon ? Bah OK, je vais vers la sortie, mais moi je ne m’allonge pas !

Je sais pas ce que j’avais ce jour là, mais je n’étais pas d’humeur à me rouler par terre, je crois que ça me va pas de me lever tôt.

Il me fait un signe en mode énervé, mais je comprends rien à ce qu’il me veut, alors t’as deux types qui sortent de nulle part qui me disent, méga-sérieux :

– Ou bien tu fais l’exercice, ou on t’évacue ! (comme en boite, quand un mec est bourré ou qu’il y a une bagarre !)

– OK OK… relax, voilà, je me mets par terre, pas la peine d’être si sérieux.

Et me voilà comme tout le monde, talons en l’air, mes fifilles qui me suivent malgré elles, et à qui j’explique que c’est un jeu de piste, et que l’on doit trouver un endroit spécial.

C’est précisément la où nous allons, on nous emmène dans un espèce de Miklath, comme en Israël, une chambre blindée dont je ne connaissais même pas l’existence avant ce jour-là. On nous fait une démo de comment s’enfermer de l’intérieur, et comment en sortir.

Ce qui m’a fascinée dans cette histoire, c’est que les américains sont méga-sérieux, très premier degré. Je n’arrive pas à comprendre comment ils arrivent à te conditionner pour te mettre une sorte de pression, alors que toi à la base, t’es toute détente, parce que ce n’est qu’un exercice, mais bizarrement, de la même façon que tu pleures à la fin d’un film, alors que tu sais très bien que c’est faux, tu te mets à croire que c’est vrai (j’avais vraiment l’impression de vivre en live le remake d’Apocalypse now !).

Quelques minutes plus tard, après que tout le monde soit remonté tranquillou en salle de prière, pas perturbé le moins du monde, comme-ci c’était rien, alors que moi j’étais encore toute sonnée, je décide de monter dans ce que les américains nomment la playroom, une salle insonorisée réservée exclusivement aux enfants, pour qu’ils jouent tous ensemble afin de ne pas déranger ceux qui veulent prier (trop smart ! Je sais pas si vous avez ça en France, mais à organiser de toute urgence !).

Le fait est que lorsque l’on est un chat noir comme Junes Davis, on l’est jusqu’au bout, sinon c’est pas marrant !

Donc, à peine deux secondes que je m’installe pour jouer avec mes fifilles, qui je vois débarquer en oreillette/costard ?

L’équipe de sécurité bien sur !

Ils me refont le coup de la « simulation » d’évacuation d’urgence, mais cette fois-ci, pour les kids !

Alors rebelote, la roulotte, remets-toi par terre, respire la poussière, dégage-moi ces talons qui servent à rien… etc.

Je vous souhaite de bon préparatifs de kippour, une journée fantastique qui nous attend, alors OK, on va avoir la dalle et la soif, mais nous serons comme des anges qui sont les créatures les plus proches de D., et nous espérons l’être aussi ce jour là !

Je nous réserve une petite histoire pour jeudi sur un couple d’américains chez qui j’ai été manger, qui ne s’adresse plus la parole depuis… quatre mois !

Croyez-moi, y a de quoi raconter ! Énorme bisous !

La Grande V.D.M. de Rosh hachana par Junes Davis
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