Les vacances à cinq dans la Grosse Pomme

  • Junes Davis-Cohen

Vers mi-décembre, mon homme Micka Davis m’a envoyé un mail avec pour objet :

Pour Paris, c’est in the pocket ! Tu trouveras les billets en pièce jointe.

YES ! Attention le Champs de Mars les Davis arrivent dans la place !

Trop cool, à peine je clique sur l’ouverture de mon courrier virtuel, que j’appelle dans la foulée mes parents pour leur annoncer la nouvelle de l’année. Juste après, j’envoie des messages groupés à mes amis parisiens ainsi qu’à mon éditeur avec sept lettres et une apostrophe : J’ARRIVE.

Et vas-y que ça planifie les copines, et vas-y que ça prend des rendez vous par-ci par-là, et vas-y que ça regarde le site de la Fnac pour noter les titres de mes futurs livres qui auront leur place toute chaude sur ma table de chevet, youhou ! L’excitation est à son comble, je me fais 200 films par seconde. Je m’imagine, déambulant sur le boulevard Haussmann vers les galeries lapaillette, la bouche en cœur, à la conquête du shopping français !

À J-3 du grand départ, un autre email de mon Homme m’attend dans mon gmail, avec un tout autre objet :

Voyage annulé/la bourse fait des siennes, impossible de partir.

Je crie, je boude, je pleure de frustration, j’insulte le CAC 40, qu’ils crèvent les 40 à la fois. Je maudis, je vais chercher une poupée vaudou pour piquer Wall Street, et puis je me calme, je repleure, et décide de négocier en appelant Micka sur sa ligne directe AU TRAVAIL ! Malheur à moi, puisque j’ai l’interdiction formelle d’utiliser ce numéro, sauf en cas d’extrême urgence !

Je décide que c’est une extrême urgence de déception, allez, je me lance :

– Micka Davis.

– Hello, Pipine, c’est moi.

– Je suis au travail, là (comme ci je ne le savais pas !). Je ne peux pas te parler. Je sais pourquoi tu m’appelles, et ma réponse (en chuchotant dans le combiné) est non. Même pas en rêve tu pars seule avec les gosses. Qui va me faire à manger tous les soirs pendant ton absence ? Ne t’en fais pas, si ça se calme, je poserai quand même ma semaine pour rester avec vous, à ce soir.

Et il raccroche.

Oh my God ! Non, non, non, pitié pas ça ! Ça va être pire, (voir mes vacances à New York 2014). Faut que je trouve un plan d’attaque, pour contrer ce programme qui se profile avec mari et mouflets à la maison pendant toute une semaine. Ça va pas être possible, messieurs, dames ! Il faut qu’il retourne direct bosser, et réserver ses rares jours de congés pour des vraies vacances, loin, très très loin du nid familial.

Me vient alors une idée machiavélique : et si nous allions tous ensemble dès lundi matin 9h, chez « Bed Bath and Beyond ». Plus de 1500 m2 d’électroménager, sur deux étages. Ça tombe bien, j’ai besoin d’une soupière. Oui, parfaitement, une soupière, ma grand-mère en avait une, alors pourquoi pas moi ? Rien qu’avec ce programme, j’en connais un qui va retourner direct derrière ses écrans.

Lundi matin 8h30, je suis prête pour l’expédition du siècle, et nous voilà de bon matin à entrer dans le temple de la cuillère. Nous nous dirigeons vers le stand de la vaissellerie mais malheur à moi, sur le chemin, un type est en train de faire la promo pour un appareil qui fait des jus, avec dégustation gratos. Oh boy ! À la seconde où mon homme et fifille 1 ont repéré les fruits moulus, ils restent scotchés au stand, ils ont cru qu’il étaient à un buffet de bar-mitsva. Je veux leur dire que c’est juste une collation ET non un repas, mais fifille 2 me tire le bras et me dit :

– Pipi.

– Retiens-toi une minute, je dois déchirer ton frère qui me remplit le caddie de machine à pop corn, machine à barbe à papa, machine à gaufres.

Ethan, tu penses que je vais transformer la maison en une fête foraine ? Repose-moi tous ces trucs.

– C’est pas juste, on ne m’achète jamais rien dans cette famille. Laisse moi au moins prendre celle à faire les gaufres.

– Mais tu n’aimes pas les gaufres ! Allez, va demander à Papa. D’ailleurs, il est où papa? Ah ! Toujours au fruits.

J’appelle Micka pour qu’il vienne m’aider à arrêter la frénésie shoppineuse qui anime notre fils. Si on est un peu honnête, je crois qu’il a hérité de mon ADN de ce côté, on peut pas nier l’évidence !

– Micka, viens ici, et arrête de donner autant de jus à la petite, elle va vomir.

– Mais stress pas, viens goûter avec nous, c’est super bon.

– Maman, PIPI !

Bon, ça à l’air sérieux. Quand il faut y aller, faut y aller. Première chose à faire dans un endroit pareil : repérer les toilettes. Deuxième chose : choper quelqu’un avec un badge, et demander où sont les toilettes.

Un gentil Monsieur m’indique qu’il faut descendre au sous-sol, longer le rayon des aspirateurs, tourner à droite, puis contourner sur la gauche, la porte se trouve en face des rideaux de douche. Facile !

– …

– PIPI !

– Ça va, j’ai compris, on court ma fifille ?

– Non, j’ai mal aux pieds. Je peux monter sur ton dos ?

– Allez, grimpe.

J’ai l’impression d’être un chameau, et de me retrouver propulsée dans le labyrinthe d’Alice aux pays des merveilles, avec le chapelier fou qui me crie non-stop dans les oreilles : pipi, pipi, pipi !

On court, on court, je tourne à droite, puis à gauche, encore à droite, je suis en nage. Je plisse mes yeux de myopes vers le mini panneau qui m’indique que je suis dans la bonne direction. Je les repère, plus que quelques mètres et… oui, on y est ! J’ouvre la porte, et découvre avec bonheur que tous sont libre. Tu m’étonnes que c’est libre, rien que le temps que tu mets à les trouver ça te coupe toute envie. Je fais descendre de mon dos ma petite chapelière sans chapeau et lui dit :

– Vas-y ma fille, c’est le moment, donne tout ce que tu as.

Mais voyant l’état suspect de la cuvette, ma louloute ne veut plus.

– Comment ça, tu veux plus ? Encore deux secondes, et c’était trop tard. C’est quoi le problème ?

– Non, ça me dégoute.

Remarque, elle a raison, je lui prépare un trône digne de ma princesse, mais elle me dit encore non.

– Tu t’attendais à être comme à la maison avec tes livres et ton pot ? Bon, si je te porte et que ça touche pas, c’est bon ?

– Possible.

Et me voilà dans mon numéro d’équilibriste de cirque version mamie rouillée. Shit, je crois que je me suis fait un tour de rein avec tout ça. Juste au moment où je croyais mourir de mal, ma poulette me prévient qu’elle a fini. Fiouff, on se lave les mains et on recommence tout, mais dans l’autre sens.

Je reviens au même endroit en me tenant le rein. Je constate que mon Micka n’as pas bougé d’un kiwi, et papote avec le « fruit’s man », et je lui demande :

– Chéri, si un jour j’ai besoin d’un nouveau rein, et que nous sommes compatibles, serais-tu prêt à m’en filer un ?

– Non, absolument pas ! Si D. m’en a donné deux, je reste avec les deux.

– Et te crever un œil après une réponse pareille, tu crois que D. serait d’accord ?

– Arrête avec tes questions bizarres, viens on va acheter ton truc pour la soupe, et j’embarque le Nutribulette.

– Le quoi ?

– L’appareil pour faire les jus. Tu vas voir, minime, on va manger bien plus que cinq fruits et légumes par jour. On sera au top de notre forme. On aura le teint frais et les joues roses.

– C’est le vendeur qui t’a dit ça ?

– Oui, comment tu sais ?

– Une idée, en passant.

Mon homme case sa mini compagnone de fruit dans le caddie, peine à trouver de la place, puisque le premier fruit de notre amour en a profité pour y mettre tout ce qu’il a trouvé de Star Wars (des sous verres Star-Wars, sérieux ?). On se dirige vers la vaissellerie, pour trouver ce que je cherche, mais au bout de deux secondes, fifille 2 m’apporte toute fière un plateau en cristal, qui doit coûter une blinde. Je panique rien qu’à l’idée qu’elle le casse et que l’on doive le repayer.

– Ne bouge pas ! Ne touche à rien ! Repose le plateau doucement, délicatement.

– Mais regarde, maman, c’est trop beau!

– Oui, trop beau ma bouba, REPOSE-LE.

– Pourquoi tu me cries dessus ?

Oh non, elle fond en larme. Vive les mini-drama queen avec les yeux bien humides, la morve, les grandes phrases : mais je croyais te faire plaisir, moi !

– Mais oui, je sais, je sais, pose juste le plateau…

Mais j’entends mon autre poupée qui me prévient qu’elle se sent mal. Purée, je le savais, je la connais, c’est la vomisseuse de la famille, et hop elle rend tout ce qu’elle avait en elle, qui se répand sur tout ce qui est dans notre caddie. Oh non, mais pourquoi ? Pourquoi ?

La bonne nouvelle, c’est qu’après cette « sortie », je n’aurai aucun mal à convaincre l’homme de retourner bosser, tellement c’est un cauchemar. Mais ma moitié qui est aussi bon/beau à l’intérieur qu’à l’extérieur comme un chocobon me dit :

– Heureusement que je suis là, comment tu aurais fait toute seule ? Te biles pas, ma belle, on essuie tout ça, on paye, et je t’emmène dans un endroit qu’un collègue de bureau m’a conseillé. C’est un restau que seuls les experts de New York connaissent. Tu auras l’impression de voyager dans un autre pays ! Allez, viens, ma jolie, on fait un saut à la maison pour tous se doucher, et on ressort. Mon fils nous demande :

– Tous ensemble le bain ? Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, perso, je préfèrerais le prendre seul.

– Mais oui, banane. Allez, on y va, on va kiffer et vive les vacances !

To be continued next week, avec la suite de cette cohabitation familiale, et une surprise très spéciale !

Les vacances à cinq dans la Grosse Pomme
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