Bienvenue à Rassraland !

Lorsque ma famille et moi-même sommes fin prêts à fêter tranquillement nos cinq années passées sur le sol Américain, gourmande comme je suis, pour célébrer la chose, je m’apprête à commander mon dessert préféré, qui n’est autre que la tarte aux citron meringuée (obligée la meringue sur la tarte, sinon c’est un dessert qui sert à rien !).

Mais au moment où je prends mon téléphone, mon doorman m’appelle pour me dire qu’il y a une enveloppe Fedex pour moi, et que je dois descendre immédiatement pour la signer. Je descends, prends la lettre, l’ouvre, et découvre avec horreur écrit en gros et gras, pour les myopes comme moi :

 

Dear Mr and Mrs Davis,

Vos visas expirent le 17 Janvier 2017, vous êtes priés de les renouveler, sinon après cette date, vous devez dégager du pays.

Bests Regards. The United States Department of Immigration.

 

Oh my God ! On est le 22 Décembre, il nous reste à peine trois semaines avant la date fatidique. Allez hop, pas de temps à perdre, me voilà à faire une liste mentale des choses à faire par ordre de priorité :

- Réserver au plus vite les billets pour Paris (8h Aller-retour)

- Se préparer psychologiquement pour rentrer dans l’ambassade des États-Unis à Paris (1h30).

- Appeler la dirlo de l’école pour lui expliquer que les petits vont devoir rater l’école (3 minutes).

 

Je remonte et commande malgré tout ma tarte, la fille imperturbable en toutes circonstances, car on le sait tous, avec du sucre, les nouvelles sont toujours plus douces à avaler ! Le soir même, Micka et moi annonçons aux enfants notre voyage précipité, et personne n’a l’air franchement emballé, sauf : mon fils ! Dès que l’on a prononcé la phrase : « Tu vas devoir rater l’école », il a enchainé avec une danse du ventre endiablée, en sautant sur tous les canapés du salon. Dans la foulée, il s’est mis à faire défiler son répertoire de copains, pour leur demander qui est le plus grand des beaux gosses qui va zapper le redoutable « Terra Nova », sorte de test académique annuel qui rend totalement folle la directrice. Car selon les résultats des élèves, ce gueux de test détermine le classement des meilleurs établissements privés sur Manhattan, qui parait dans le Times. Par expérience : mieux vaut ne pas croiser Miss Meltzer pendant cette période, car elle se met dans un état pas possible (pour rien !) :

– VOUS AVEZ 45 SECONDES DE RETARD ! 45 SECONDES, MADAME DAVIS ! C’EST INADMISSIIIIIIIIBLE !

Anyway, nous voilà vendredi, veille du départ, je peaufine joyeusement mes derniers achats d’avant le jour J. Je mets la main sur mes futurs collants H&M (ils sont de folie, et pas chers en plus, mais je viens d’apprendre que ceux de Primark sont pas mal, du coup je suis toute déstabilisée ! Houlà, j’ai des gros problèmes dans ma vie !), quand tout à fait l’air de rien, sans savoir pourquoi, je commence à ressentir une douleur au bras :

C’est quoi cette affaire ? Depuis quand on a mal au bras, ou à la veine plutôt ?

 

Je ne fais pas attention, et passe en caisse, jusqu’au moment où je vois mon bras doubler de volume dangereusement.

– Ah oui, quand même ! Bon bah, y a plus qu’à regarder sur Google search, histoire d’avoir une idée de ce que j’ai. Je rentre mes symptômes, et comme à chaque fois que je vais sur Google search, histoire de… j’oublie que je prends mon ticket gagnant pour rassraland/ angoisseland où je me projette dans les pires scénarios. Je lâche les collants, appelle mon mari pour lui demander son avis (mais pourquoi, pourquoi je fais encore des trucs comme ça ?).

 

– Allô chéri, c’est moi. Ça va ? Excuse-moi de te déranger, mais voilà, depuis cinq minutes je sens une douleur au bras gauche, et je voulais savoir si tu penses que c’est grave ? Comment ça on part demain soir et ce n’est pas le moment de faire des histoires ? Comme si j’avais choisi le timing ! Non mais je rêve ! Veux-tu vraiment que l’on parle de timing ? Dois-je te rappeler que pas plus tard que mardi dernier, vers minuit, tu m’as fait lever de mon lit pour que j’aille t’acheter de l’eau de mer, car ta narine droite était bouchée, tandis que moi j’avais limite une bronchite, et je ne bronchais pas ! Bon, tu m’énerves, je te laisse ! Eh oui, les valises sont faites, salut !

 

Non mais je te jure, j’apprends jamais de mes erreurs, c’est pas possible !

Le mieux, c’est que je monte sur la grande roue qui m’emmène chez le docteur le plus proche, pour vérifier que je n’ai rien de sérieux !

Mais avant, je dois récupérer mes kids de l’exode, pardon, de l’école, car c’est l’heure d’aller les chercher !

(Je travaille trop sur mon bouquin, faut que je me reprenne !)

 

Je prends tout mon monde bien excité, et on file au dispensaire. Le problème, c’est qu’à peine arrivés en salle d’attente, il y a fifille 1 qui commence dangereusement à embêter son frère, en lui tirant le peu de cheveux qu’il a sur la tête. Lui, décide de répliquer (normal!), et entraine fifille 2 dans un joli combat de catch, où je ne distingue ni les mains, ni les pieds de chacun, où j’ai même vu un stylo à bille valdinguer au dessus d’eux ! Au début, trop honteuse, je n’arrête pas d’essayer de les séparer car nous sommes dans une salle d’attente pleine de monde, tout de même, mais en jetant en œil aux américains présents, je me rends compte que TOUS, sans exception, mais TOUS, ont les yeux rivés sur leur smartphone ! Du coup, ça arrange bien mes affaires, car personne ne prête attention à la bataille des Bics qui se joue devant eux. Alors en parfaite mère indigne, je décide de ne plus m’en mêler, et les laisse se déchiqueter entre eux. Après tout, c’est pas mes oignons !

 

Peu de temps après, j’ai fifille 2 qui a pu s’échapper de la bagarre, qui monte sur mes genoux, et se met à appuyer pile sur l’endroit où j’ai mal ! C’est fou ça, a-t-elle un aimant à bobos de sa mère ? Peut-être que les enfants et les mamans continuent d’être reliés par une sorte de cordon ombilical invisible ! C’est comme quand vous décidez de vous lever plus tôt que tout le monde, vers 6h du mat’, dans l’espoir de vous préparer tranquillou ,et sans comprendre ni comment ni pourquoi, vous voilà à 6h05, entourée de votre famille au grand complet, à faire la queue pour utiliser VOTRE salle de bains !

Bref, le docteur m’appelle, je rentre, et il me demande :

– Alors que puis-je faire pour vous ?

Je lui raconte le blabla de mon bras. Il m’ausculte, ne dit rien, mais fait des bruits bizarres :

– Hmmm… Ah…mmm…

Et moi je suis là après chaque bruit qu’il fait :

– Alors… alors… alors, c’est quoi…?

 

Ce n’est qu’après cinq minutes (durant lesquelles tu fonces à toute allure dans le train-fantôme de rassraland), qu’il se décide à me répondre :

– Je préfère ne pas me prononcer, et surtout, que vous alliez faire immédiatement une écho en urgence.

– Dans l’heure ? C’est si urgent que cela ?

– Par prévention, Madame Davis, par prévention. Avec un air grave, genre t’es finie !

 

Je suis en bad total, mais je me répète qu’il faut avoir confiance en D. et en la vie, et que c’est le moment de montrer ce que j’ai dans le ventre. Allez, faut pas jouer les dégonflés ! En plus, tu vois pas le truc, j’avais rien hier, alors il ne faut pas s’emballer même si mon cœur s’emballe grave !

C’est quand même dommage que ce soit tombé un vendredi ! Je prends les choses en main question organisation, et me transforme en adjudant en chef :

Je dépose petits à la femme de ménage, qui par chance, est à la maison (et ne m’a pas plantée), et donne des ordres à tout le monde pour ne pas qu’il y ait de désordre quand je rentre. Je fonce à l’adresse, et vois une plaque où il y a écrit : imagerie-radiographie. Ce qui me fait comprendre que si l’établissement s’appelle comme ça, c’est parce que tu t’imagines les pires choses avant de faire ton écho. N’empêche, depuis que je suis à NY. je tiens à souligner que je n’ai jamais vu un building aussi haut, avec autant d’ascenseurs (15 !), un qui va dans chaque étage.

Je sors de l’ascenseur, trouve des dames dans des boxes. Je tends le papier du docteur, remplis un questionnaire où il y a 150 feuilles que je dois signer, en guise de décharge en cas de procès ! Je suis ballotée dans pas moins de huit services, comme une vieille balle de baseball. J’ai la sensation de revivre quelques pages de la BD : « Les 12 travaux d’Astérix ». Surtout quand les dames me disent :

– Comment ? Vous n’avez pas le formulaire A2346 ? Mais il vous faut ce formulaire ! Bon, le mieux c’est que vous retourniez à l’étage 9, pour ensuite redescendre au 6, et vous revenez me voir entre l’étage 3 et 4. Compris ?

Compris, bien que je sois en eau quand j’arrive devant l’échographe Russe qui a l’air aussi aimable que Poutine de passage à l’ONU.

Elle regarde mon dossier, et me dit sans ménagement (et sans me dire bonjour) :

– Je te préviens, si je vois quelque chose à l’écran, c’est ambulance, et on t’opère sur le champ.

– Ah… by the way, bonjour ! Moi aussi, je suis enchantée de faire votre connaissance, moi c’est madame Davis.

– Déshabillez-vous entièrement !

– Si j’enlève mon t-shirt et basta, c’est bon ?

– Y a pas de basta qui tienne. Enlève tout, comme ça, tu seras prête pour l’ambulance et l’opération.

Miss Poutine ne plaisante pas. Je me désape contrainte et forcée, et vlan que je te fous le gel, et tu te tais ! Elle me fait mon écho, qui je précise est la plus longue de ma vie (6 minutes, mais j’ai cru 60), et je lui demande toutes les deux secondes :

– Alors ? Alors ? Alors ?

Mais elle ne me répond que des :

– Chut ! Chut ! Chut !

Et après une durée indéterminée, elle me sort :

– T’as rien, t’es juste crevée. Rhabille-toi !

– Et c’est tout ?

– Mais oui, c’est tout ! Vraiment, les docteurs, il savent plus quoi inventer pour facturer !

 

Ah mais bien sûr, comment ai-je pu oublier que pendant que nous, pauvres petites gens, qui nous promenons au pays de rassraland, eux, les docteurs, roulent en décapotable les cheveux aux vent, au pays de businessland !

 

Depuis, j’ai vraiment retenu la leçon, et je me dis que le mieux, c’est de la jouer à la française avec :

 

1) ON NE VA PAS SUR GOOGLE SEARCH

2) On se soigne au Doliprane.

3) On attend. Et si au bout de trois jours, cela ne passe pas, on va consulter !

Oui, oui, c’est la même règle de trois qu’avec les mecs. Si t’as pas de nouvelles après trois jours, c’est que c est mort, ma sœur. Perds pas ton temps à te dire que le monsieur en question a eu un grave accident qui l’empêche de te rappeler, ou pire, qu’il est atteint d’une paralysie des doigts foudroyante qui l’empêche de texter ou de donner signe de vie ! Au moins, je t’ai prévenue ma ou mon chéri, c’est pour ton bien tout ça, car si quelqu’un est intéressé, il rappelle dès le lendemain.

5) On se détend en lisant mes chroniques, et on ne pense plus à son bobo !

 

Juste pour conclure, le soir même, avec ma famille, nous avons profité d’un bon repas de chabbat, en remerciant D. que je n’aie strictement rien (Ça fait un peu mormon, écrit comme ça !) ! Le lendemain soir, après la sortie des trois étoiles, nous voilà envolés sur le vol New York-Paris pour dix jours de folie qu’il me tarde de vous raconter !

XOXO Juju Davis !

Je vous embrasse, à mercredi mes amours !

 
 Bienvenue à Rassraland !

Victoria 06/02/2017 09:38

J adore! J ai beaucoup ri

Cedistic © 2014 -  Hébergé par Overblog