Elijah l'homme qui ne voulait pas partir!

 

Ce mardi était un jour férié national, pour cause d'élections du futur président des États-Unis. Toutes les écoles du pays étaient fermées. La veille, je ne pétais pas spécialement le feu, car je me remettais d’une bonne grippe. Oui, je sais, je sais, c’est bizarre, mais ça arrive que les mamans soient fatiguées de temps en temps, même si les seules personnes qui s’en rendent compte : c’est vous, et le spray nasal !

Prenant mon courage à deux mains et des vitamines, je me motive pour emmener ma marmaille dehors, gambader, puis déjeuner. Au fur et à mesure de la matinée, j’ai plusieurs mamans en galère comme moi qui me demandent, si elles peuvent déposer leurs enfants pour jouer, afin d’occuper la journée… Attends, attends, laisse-moi faire mon (mauvais) calcul, si chaque enfant est occupé avec un friend, je vais pouvoir ME REPOSER ! Mais oui, c'est sur ! 

Dans tes rêves ma grosse ! 

À peine rentrés, j’entends mon fils qui invite des copains à passer, il m’informe dans la foulée que ses amis arrivent.

Quelques minutes plus tard, je suis dans ma chambre, et j’entends des voix, dont celle d’Elijah, américain, P.D.G d’une société de je sais pas quoi… qui accessoirement est censé déposer ses fils… et partir ! Au bout de cinq minutes, j'entends toujours sa voix (forte !), et décide de me lever, pour voir ce qu’il se passeTout étonnée, je découvre Elijah assis dans mon salon. Gloups ! 

C’est bizarre, en général, quand les papas déposent leurs gosses, ils détalent comme des lapins ! Pile à ce moment là, j’ai plusieurs mamans à la chaine qui déposent à leur tour leurs enfants, et repartent, sauf… Elijah, qui est toujours là. Par politesse, je papote vite fait avec lui, et conclus :

– Si tu veux, tu peux y aller (et te lever de mon canapé !), avec plaisir, je surveille tout ce petit monde !  Mais je reste estomaquée, quand il me sort :


– Non, je suis bien, là ! 

– Sorry ?

Ne m'écoutant pas, il sort son ordi, son portable, et me demande si j'ai un chargeur pour brancher le tout. 

Choquée, je lui réponds : 

– Euh....non, désolée, mais je suis sûre que si tu rentres chez toi, tu dois en avoir un !

On peut pas faire plus clair, non, même si en lui disant cela c'est moi qui suis gênée, un comble ! Mon fils qui passait par là, et qui est trop sympa, surtout quand on lui a rien demandé, lui fait un grand sourire et lui dit : 

– Tu veux un chargeur ? Bouge pas, je vais te le chercher ! 

Mon D., je vais l'éclater ce gosse, attends que ce papa s'en aille ! Au bout de quinze minutes, durant lesquelles le type a l'air bien à l'aise, je suis de plus en plus embarrassée. Prenant une grande respiration, et une volonté qui n’est pas de fer, je retourne le voir (je m'étais planquée dans ma cuisine ), et lui sors : 

– Elijah, I am so sorry, you must leave/ Elijah, je suis désolée, mais tu dois partir !

Il me regarde, met le doigt en l’air, genre attends je te mets en suspens, et décroche son téléphone, grrrr… mais, c’est pas possible ! En fond sonore, les enfants courent de partout,  crient, s'amusent, et j'entends que mon visiteur arrête sa conversation, agacé, et demande à la ronde : 

– Please, please guys, shut up ! S'il vous plaît les enfants, taisez-vous ! Je suis en train de faire un deal important ! 

Non mais je rêve ! Là c’est trop, coûte que coûte, il faut qu'il dégage. J’attends qu'il raccroche, et demande discretos aux enfants de faire encore plus de bruit. Comme quand t’es au tel, et que tu sais pas comment faire pour raccrocher, et que tu te mets à pincer ton enfant pour qu’il pleure afin de mettre fin à cet appel. 

Comment ? Personne ne fait ça ? Je plaisantais évidement, je n'ai JAMAIS fait ca de ma vie, voyons ! Ah ! Il a finit sa conversation, je me précipite pour lui dire que : je « l'invite » à aller dans le lobby de mon immeuble pour bosser tranquille, et qu'il doit partir ! 

– Non merci (il a du retenir que le mot je t'invite !), mais je préfère rester ici, c'est plus simple pour moi. Au fait, elle est où ta télécommande, je voudrais suivre l'évolution des élections à la télé. 

En mentant comme une arracheuse de dents, je lui sors que j'ai un problème de câble, pour ne pas pêter un câble ! Mon fils (encore lui) lui apporte la télécommande, et me demande en français : qu’est-ce que t’as aujourd'hui à ne rien vouloir prêter ?

OMG ! Je vais pas m’en sortir ! J’entends dans la foulée Elijah qui me demande un truc à boire ! Ah non alors, si je lui sers un truc, il va croire que je suis contente qu’il soit là, dans MON salon, sur MON fauteuil, avec MA télécommande. Et vas-y que je l'entends zapper, zapper, je suis en mode choc par tant de sans-gêne ! Mais d’un coup, sans crier gare, je vois apparaitre ma grand-mère paternelle marocaine qui me lance un regard ultra-réprobateur : 

Elle m’explique que je lui fait honte à ne pas proposer un thé à la menthe à ce Roi, non pas du Maroc, mais d’une autre contrée lointaine. Je lui explique que je ne veux pas envoyer de mauvais signaux, et veux prendre ma grand-mère dans mes bras tellement elle m’a manqué, mais à notre contact, il se passe un truc bizarre, mémé prend possession de mon corps (pareil que dans Ghost avec Patrick Swayze, trop bon ce film !)  

Et là, je perds le contrôle de moi-même : je me vois prendre la théière dans le placard. Mon D. qu’est ce qui m'arrive ? Je ne veux pas, mais je ne maîtrise plus mes mains, elles avancent toutes seules pour appuyer sur la bouilloire, et mettre l'eau à chauffer! Je veux crier un : « lâche-moi mémé », mais je sens qu'elles ont pris possession de mon corps. Elles ? Oui, je sens toute une génération de grands-mères marocaines qui me mettent la pression pour recevoir ce visiteur ! Je me regarde prendre la menthe dans le frigo ! J’ai beau dire à ma grand-mère qu'il faut qu'elle sorte, car la seule chose que je veux, c'est qu'Elijah se tire de chez moi ! Mais non, je suis spectatrice de mes actes, et je suis en train de prendre les verres à thé, les poser sur la table avec des vieux gâteaux secs, histoire de prouver que je ne suis pas du tout d'accord avec tout ce qui se passe. Elijah ne mérite pas ma nouvelle fournée de cookies !

En arrêtant de lutter, je propose malgré moi au père des copains de mon fils, s’il veut du sucre dans son thé (Non, mémé, cela ne se fait plus de mettre de force du sucre dans le thé des gens. De nos jours, les gens choisissent leur destin et leurs sucrettes !). Elijah me fixe, moi avec la cuillère en l’air, et j’attends sa réponse, il réfléchit … réfléchit… encore et encore… mais purée, c’est pas un appart que t’es en train d’acheter, mec, c’est juste pour savoir si tu veux du sucre ! Dépêche-toi ou JE VAIS VRAIMENT TE FOUTRE DEHORS !

En attendant sa réponse, j’ai mon autre grand-mère maternelle qui débarque et me fait sursauter ! Elle non plus n’a pas l’air contente de me voir. Elle me demande : 

– Junes, qu’est-ce que tu fais ? 

– Je sers du thé, tu vois bien ! 

– Est-ce que tu crois vraiment que c’est comme ça que je t’ai éduquée ? Est-ce que tu penses qu’avec mon caractère, un type aurait osé s’inviter chez moi ? 

– Ah non, ça c'est certain ! Mais mémé, j’ai essayé de lui faire comprendre, mais il veut pas décoller. 

– Ma fille, tu me le décolles, sinon c’est moi qui vais t’en coller une ! Fais marcher ton cerveau ! 

– Mémé, j'ai honte, après il va dire à tout le monde que je l'ai jeté de chez moi, que je l'ai mal reçu, et que... mais j'entends Elijah qui me demande si mon sucre est "gluten free", car il y est allergique ! C’était la phrase de trop… Mémé a raison ! La patience de Junes Davis est vide ! D’un coup sec, j’éteins la télé, et je supprime le visage d’Hillary, et avec une idée qui m’est venue à l’esprit surement grâce à celui de mémé : 

– Elijah, ta femme vient d’appeler, il faut que tu rentres, tout de suite ! 

C'est le signal, Eurêka ! D’un bon, comme s’il avait reçu une décharge électrique, il prend ses affaires, dit à ses fils qu’il faut qu’ils rentrent, et en deux deux, les voilà partis ! Fiouffff… je m'en suis enfin sortie, au bout d'une heure tente quand même !

Je sais ce que vous vous dites, comme ma grand-mère d'ailleurs :  

– Non mais vraiment, il n'y a qu'à Junes à qui arrive ce genre de situation, un truc comme ça, cela ne risquerait pas d'arriver chez moi ! Un coup de pied au derrière, et ça dégage. C'est inconcevable, impensable, et ça se dit religieuse en plus... non mais je te jure… Et pourtant mes amis, religieuse ou pas, il arrive que parfois, par peur de blesser l’autre, on n'arrive pas à être encore plus mal élevé que celui qui est en face de nous. 

Tout en m’endormant ce soir là, je me suis demandée comment j’allais travailler ce trait de caractère que nous qualifierons de mou ! Le changement, c’est maintenant ! Oui, mais comment faire ? Où puiser la force de changer ? En regardant la photo de mes deux grands-mères, qui me manquent un peu plus chaque jour,  j’ai pris conscience que je pourrai y arriver, en m’inspirant au quotidien de leur incroyable personnalité : pour l’une, sa qualité d’hôtesse exceptionnelle, et pour l’autre, son caractère, qui était la joie de vivre incarnée, la spontanéité, de femme forte qui a eu mille vies en une vie. J’ai eu la chance d’écouter ses merveilleuses histoires de son vivant, qui m’ont laissé l’un des plus beaux héritages au monde, alors pour qu’elle soit fière de moi, à moi de jouer !

Je dédie ces quelques mots aux mémoires bénies de toutes nos mamies qui nous ont quitté trop tôt ! Amen !  

Je vous embrase mes amours, que vos journées soient ponctuées de rires, et de fous rires ! Qu’on envoie le stress sur les roses, que nous cueillerons volontiers pour faire de jolis bouquets ! Big Kisses

Elijah l'homme qui ne voulait pas partir!
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