Et si le Omer avait été prévu pour nous inciter à être fier d’être juif…

Allons, allons, c’est quoi ce titre ? Il est évident que nous sommes tous très fiers d’être juifs, cela va de soi, mais quel rapport avec le Omer ?

 

Je vais développer tout ça, mais avant, il faut juste que je nous re-note en trois lignes la signification même du mot « Omer » :

Le Omer veut dire le compte, qui correspond à la période qui sépare Pâques et Chavouot (mon père a envie de me buter chaque fois que j’utilise le mot Pâques !).

Elle démarre le deuxième soir de Pessah (pour toi papa !), et finit 49 jours plus tard. Oui, mais voilà, jusqu’à Lag Baomer, qui tombe le 33ème jour de ce compte, ce n’est pas la fête de l’asticot mes cocos ! Oh que non, nous devons observer une poignée de lois liées au deuil, avec tout ce que cela incombe ! Oui, je sais, ce n’est pas très gai tout ça, mais ça passe vite, croyez-moi, donc je commence par :

 

– Pas de rasage ni d’after shave pour les hommes. Pour les femmes, c’est permis.

(On a eu chaud ! Vous imaginez l’horreur, pour celles qui n’ont pas pu encore se passer au laser ? J’ose même pas imaginer le désastre poilien que cela aurait été !)

– Ne pas écouter de la musique, mais nous pouvons fredonner, et même chanter sous la douche !

– On ne célèbre pas de mariages, mais des présentations, c’est sans problème. Alors tu vas me faire le plaisir de demander ta meuf en mariage, mon gars, et que ça saute ! Arrête de trainer autour du pot, et demande-lui sa main avant que ta demoiselle ne se lasse et se casse ! Au moins, le message est placé pour celui qui se sentira visé !

– Se couper les ongles, permis ! D. merci, sinon on aurait été pas mal à se bousculer dans le classement au Guinness des records dans la catégorie des choses terribles que l’humain laisse pousser !

– S’acheter des fringues n’est pas recommandé, mais (et j’insiste sur le mais !), si par le plus grand des hasard, vous tombez sur une robe Chloé à moins 70 pour cent en parfait état, n’hésitez pas une seconde à la prendre. Je répète, si par hasard vous tombez sur une robe Chloé à moins 70 pour cent ….etc.

Voilà, c’est à peu près tout.

 

Maintenant que l’on sait de quoi on parle, je peux enchainer avec ce truc d’être fier d’être juif. Pour cela, je nous retranscris l’histoire que j’ai entendue, et qui m’a fait beaucoup réfléchir (ce qui arrive pas souvent !).

Elle se déroule pendant la période du Omer :

 

Louis est un petit feuj trop sympa, qui a fait Téchouva avec sa femme depuis deux ans. Il travaille dans la finance. Un matin, il reçoit l’appel d’un chasseur de têtes qui a vu son profil trainer sur LinkedIn. Il lui annonce qu’il recherche un profil comme le sien pour son client, qui est une très grosse firme américaine qui veut s’implanter sans se planter en France.

Le "débaucheur" de gens, lui annonce que si le poste l’intéresse, il faut qu’il se présente le lendemain à telle heure pour un entretien. Manque de bol, notre Louis se dit que ça tombe mal puisqu’il ne peut pas se présenter à un rendez-vous aussi important que celui-là avec une barbe non rasée pour cause de Omer.

Il réfléchit, et se dit que l’offre est trop belle, et qu’il ne peut pas se permettre de rater une occasion pareille. Notre trader décide d’appeler son Rav, en lui expliquant la situation et les enjeux. En l’écoutant, le Rav tranche, et lui donne la permission de re-faire marcher son rasoir électrique. Le lendemain, jour de l’entretien, il se dirige vers la salle de bain, pour nous retirer tous ces poils qui ne font ni propre, ni professionnel. Sa femme, qui entend le bruit du retire-poil apparaît dans l’embrasure de la porte, et s’énerve contre son mari :

– Tu me charries ou quoi ? Qu’est-ce tu fabriques ?

– J’allais me raser, tiens ! Tu ne m’as pas entendu hier, quand je t’ai raconté que le rabbin me l’avait permis pour l’entretien ?

– Évidemment que je t’ai entendu, mais je ne pensais pas que tu allais vraiment le faire. C’est ouf quand même ! Il y a deux ans, tu m’as pris la tête pour que je me la couvre, en me sortant tes belles convictions de Thora et tralala, et voilà que toi, au moindre obstacle, tu rases tout ? Eh bien, c’est du propre ! Je suis très déçue.

 

Ne voulant pas contrarier sa femme, qui avait un peu raison sur les bords (car les femmes ont toujours raison, c’est un fait !), il range son barda, et décide d’aller à l’entretien comme ça, tant pis ! En arrivant, il ne peut s’empêcher d’observer les quinze autres candidats qui sont trop frais dans leurs complets trois pièces. Il se dit qu’avec son allure négligée, c’est mort et enterré.

Il attend quand même son tour et lorsqu’on l’appelle, il entre dans le bureau. Il tombe nez à nez sur cinq personnes qui ne sont pas là pour rigoler. Les types ne jettent même pas un coup d’œil au CV de notre petit Louis, qui n’en mène pas large. Un des messieurs lui demande de but en blanc s’il a seulement pris cet entretien au sérieux, car c’est limite irrespectueux de se présenter avec une barbe pareille (apparemment, elle était vraiment vilaine sa barbe !).

Notre homme du jour, qui n’a pas pour habitude de dévoiler son judaïsme à tout va, hésite à s’expliquer.

Tu m’étonnes ! Quelqu’un a déjà essayé d’expliquer à Marie-Thérèse de la compta pourquoi vous ne pouvez pas manger avec elle, entre midi et deux, alors que cela n’a jamais empêché Judith Levy de la vente, juive comme vous, de le faire avec M.T !

Louis, s’est dit : fichu pour fichu, autant jouer barbe sur table, et expliquer que je n’ai pas pu me raser parce que je suis en deuil.

– En deuil, vous dites ? Vous avez perdu quelqu’un de proche ? demande l’un des boss.

– Pas une personne, mais beaucoup de personnes sur une très courte durée.

– Vraiment, mais combien ?

– 24 000 !

– …

– Il y a plus de 1800 ans, un rabbin très connu de l’époque (R. Akiva) a perdu tous ses disciples, parce qu’ils avaient oublié de respecter la loi fondamentale de la Thora, ma bible, qui est celle de s’aider les uns envers les autres. Depuis, nous avons l’habitude pendant 33 jours, d’observer les mêmes règles que celles que l’on observe quand nous sommes endeuillés.

À la fin du récit, les patrons le remercient gentiment, et lui désignent la porte, sans parler une seule seconde de ses réelles compétences professionnelles.

Très déprimé, Louis retourne chez lui en se disant que c’est bel et bien fichu ! En chemin il appelle sa femme, pour lui raconter ce joli désastre. Elle le console en lui disant :

 

– Tu sais, mon Loulou, parfois, dans la vie, il faut faire le choix d’être cohérent avec ce que l’on revendique être ! Allez, rentre vite à la maison mon canard, je vais te faire un bon couscous avec des boulous.

 

Deux semaines plus tard, contre toute attente, Louis reçoit un appel de la fameuse firme américaine qui lui… Oh my ! Je peux pas le croire… Louis a décroché le poste ! Lililili !

Euphorique et totalement déstabilisé (qui ne le serait-pas ?), Louis se présente au rendez-vous pour finaliser son embauche, et signer un contrat à plusieurs 0. Une fois sûr d’être embauché, il ose demander à ses nouveaux patrons pourquoi ils ont porté leur choix sur lui ?

– Pour tout vous dire, nous recherchions quelqu’un de confiance et de fidèle. Nous sommes tous parvenus à la conclusion que, si après 1800 ans, un homme comme vous ne déroge pas à une règle qui peut paraître ancestrale, et continue malgré les enjeux du quotidien à la respecter, c’est qu’il est clair, mon cher Louis, que vous êtes notre homme, et que vous ne nous trahirez jamais.

 

Cette histoire nous confirme qu’il faut toujours écouter sa femme… (la fille qui retient ce qu’elle veut !) En réalité, après avoir entendu cette histoire, je me suis dit qu’il fallait tenir bon en continuant de respecter nos lois, même lorsque nous avons toutes les raisons du monde pour alléger un peu le système, mais il y a quelque chose qui m’a chiffonnée…

 

Bien que j’aie à mon actif une mini-Téchouva jeune de quatre ans, si j’avais été dans la situation de la femme de Louis, j’aurais limite moi-même rasé la barbichette de mon mari, mais sans hésiter une seule seconde, quitte à aller chercher la tondeuse à gazon !

Et pire que ça, je me suis demandé, si j’aurais eu le même cran que Louis d’oser dévoiler comme ça, à des non-juifs, un morceau de notre histoire qui peut paraître complètement dingue.

Parce que, je me souviens comme si c’était hier, que lorsque je bossais en France, entourées de mes collègues Pierre-Sébastien et Jean-Paul de Lavoie, que moins j’en disais sur nos pratiques, et mieux je me portais ! J’avais ce très net sentiment qu’il fallait en dire le moins possible. Ce qui m’a fait réaliser que j’avais encore des kilomètres et des kilomètres à parcourir pour ÊTRE ENFIN FIÈRE D’ÊTRE JUIVE ET ARRÊTER CONSTAMMENT D’AVOIR PEUR de trop en dire et d’être tout le temps sur la retenue !

 

C'est comme quand le samedi, j’attends comme une cruchonne devant l’ascenseur que l’un de mes voisins sorte, avec l’espoir que l’un d’eux vienne à ma rescousse et appuie sur le bouton à ma place ! Je pourrai peut-être aller voir kim, ma voisine de palier, un de ces jours, et lui expliquer que je ne touche pas l’électricité, le chabbat et quelques jours par an, parce je suis chomerette chabbat, sans être en train de flipper qu’elle me prenne pour une cinglée!

 

Je me suis promis aussi que la prochaine fois que je verrai un petit loulou (c’est pas de Louis que je parle, mais des Lubavitch) accoster des gens dans les rues de New York (ou ailleurs), pour leur demander s’il est juif, et faire son enquête pour savoir s’il a mis ses tephilines, je bomberai le torse, relèverai la tête, et commencerai à être fière d’appartenir à ce si beau peuple qui est le notre mes amis, et qui sait… peut-être que si je commence à vraiment l’être, les autres nations me respecteront un peu plus.

 

Mais je vais d’abord balayer devant ma porte, pour attendre que ma voisine passe, et l’inviter à prendre le thé et la mettre au courant du concept de chabbat !

Mais oui Junes, fais donc ça, fais donc ça, et balaye mieux que ça, les enfants ont laissé plein de miettes sur le palier.

 

Chabbat Chalom mes petites hallots. Je vous retrouve lundi avec impatience. Big bisous.

 

 Si vous n’avez pas encore commandé mes tomes 1 et 2, vous pouvez le faire sur junesdavis.com, rubrique: l’Exode ou La Genèse.

 

 

 

Et si le Omer avait été prévu pour nous inciter à être fier d’être juif…
Et si le Omer avait été prévu pour nous inciter à être fier d’être juif…
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