Il faut sauver non pas Willy, mais le couple de Ludy ! 

Publié le par Junes Davis-Cohen

 

 Lors des fêtes de la nouvelle année, ma famille et moi étions invités chez un couple d’israélo-américains très sympa. Je me dois en tant que Miss Davis, de vous raconter une situation que j’ai vue de mes yeux, en attendant vos avis cruciaux pour cette affaire (ça se dit cruciaux ? Oui oui, ça s’écrit, t’inquiète, poursuis !) 

Enfin bref, on part de la syna escortés de Tomer, le mari, qui a très gentiment proposé à une dame de passage qui était seule, de venir partager le repas de fête. J’apprends tout en poussant ma poussette, qu’elle s’appelle Liora, a quarante ans, et est peroxydée du cheveu en violet, depuis peu ! Celle-ci est prof de philo dans la prestigieuse université d’Harvard, la classe ! 

Comme quoi, on peut enseigner à Harvard et avoir le cheveu violet ! 

Elle habite Boston, est venue passer trois jours dans la grosse pomme de Rosh Hashana pour accompagner son fiston d’amour de dix-huit ans qui est venu rendre visite à sa copine New Yorkaise d’amour aussi. Tout cela, elle me l’a confié en anglais avec un petit accent israélien, puisque Liora est israélienne également, d’où le côté ultra à l’aise, entre Tomer et elle. J’apprends aussi qu’elle est fraichement divorcée, et qu’elle ne compte pas longtemps le rester ! T’as raison, ma fille, faut pas se laisser abattre ! 

On arrive devant un immeuble sur la 57th et 5ème avenue (pas mal, dis donc !), et on y rentre. Devant l’appart où vivent nos amis, Tomer nous demande d’enlever nos shoes avant d’entrer dans leur entrée, pour ne pas salir ! Faut vraiment que je m’y fasse, à cette habitude récurrente! Mais promis, cher lecteur, je le jure sur la tête de mon blog, que si un jour vous venez chez moi, vous pourrez garder vos chaussures, même pleines de boue ! Allez hop, c’est dit ! 

Après ça, et comme à peu près chaque fois que tu vas chez un couple de dé-chausseurs, ils te proposent les traditionnels chaussons blancs encore sous cellophane, piqués dans les hôtels, pour que un, tu sois vachement plus à l’aise, et de deux, que tu saches où le couple a séjourné pendant leurs dernières vacances d’été.

Ça va, pas la peine de nous crever les yeux avec vos chaussons Ritz-Carlton, rien qu’avec l’appart on a compris ! 

Anyway, docile, ma petite famille et moi-même, enfilons nos chaussons que je ferai valdinguer sous la table à l’abris des regards pas discrets.

On s’installe autour d’une table où il y a les enfants du couple, les nôtres, Micka, Liora, Ludy, la femme de Tomer, qui fait la Kiddouch/la prière sur le vin, et à cette seconde, c’est le top départ, pour fifille 1 et 2. Va savoir pourquoi elles prennent mes genoux pour une chaise vivante, alors que notre hôtesse a préparé très gentiment une table exprès pour les enfants, mais rien n’y fait, elles ne veulent pas décoller. 

À chaque bouchée j’essayerai de me frayer un chemin entre leurs têtes brunes et ma bouche, mais pour être honnête, il arrive souvent que des trucs tombent dans leur cheveux... c’est le risque quand on squatte ! 

Le truc c’est que, juste après le motsi/ la prière sur le pain, la maîtresse de maison a tout emmené d’un coup ! Et vas-y que je te pose le poisson, les boulettes, l’agneau, la soupe d’orge avec un mets bizarre avec de la viande fourrée au melon, si j’ai bien reconnu le fruit, car mon palais dans ce palais est déjà bien chargé en saveurs. Et là, faut la jouer fine, ça fait des mois que dois vous écrire ce conseil  primordial, et à chaque fois j’oublie : 

Si un jour, vous êtes invités chez des américains, ou que vous allez au restaurant U.S., vous avez intérêt à manger vite ! Très vite, parce que si vos hôtes observent que votre assiette est vide pendant plus de trente secondes (genre, tu veux faire une pause, histoire que ton estomac n’explose pas en court de route), et que vous ne mangez pas en continu, vous êtes fichu, mon ami ! Ils vont penser que vous avez fini votre repas, et vous débarrasseront illico-presto votre assiette et vos couverts ! Vous essayerez de vous accrocher à votre assiette en protestant : 

– Mais j’ai pas fini ! 

Et eux vous diront : 

– Pourquoi tu t’arrêtes, alors ? 

– Parce qu’il n’y a pas le feu au lac comme disait mes amis genevois !  

Impossible de leurs expliquer le concept de la pause bouffe, ils ne comprennent rien ! 

D’ailleurs, pour l’occasion, ils avaient pris exprès une dame en extra, pour faire « le guet des assiettes », pour qu’elle débarrasse plus vite que Buzz l’éclair, vers l’infini et l’au-delà, et une fois prise, vous pouvez crever pour récupérer un peu de nourriture.

Alors un conseil, il faut manger vite ! 

Pendant que je me nourris de ce que je peux, la prof d’Harvard justement me pose des tonnes de questions sur mes habitudes alimentaires, sous prétexte que je suis française. Apparemment, nous avons la réputation d’être au top, niveau équilibre alimentaire ! Au bout de cinq minutes de questions incessantes, elle me confie : 

– Junes, je dois me remarier, et je suis grosse…

– Mais non, franchement… t’es pas grosse… (pour le coup, elle était vite-fait enrobée des hanches, ce qui reste très joli !) 

– Ah si ! Je suis bouffie du visage, touche ! 

– Non, ça va merci ! 

– Si tu m’avais vue avant, il y a un an j’étais cent fois plus belle ! Je veux maigrir pour me trouver un mec. Tiens, ça me donne une idée… je vais manger tout ce que tu manges, je vais faire comme toi ! 

– Ah mais t’es mal tombée ma chérie, pendant les fêtes et chabbat, c’est lâchage total ! Autant la semaine, je mange quasi rien, mais alors le samedi, je m’y donne à cœur joie ! 

– Attends, tu dis que tu manges presque rien… ça veut dire quoi ? Moi, faut que je mange toutes les deux heures, sinon je tombe dans les pommes.

Et Ludy qui rajoute : 

– Moi c’est 24 heures sur 24, sinon je suis malheureuse comme les pierres, les gaines sont mes meilleures amies. 

 

S’ensuit une conversation féminine dont je vous épargne les détails, car depuis le début du repas, il y a quelque chose qui m’interpelle : Ludy et Tomer ne se sont pas échangé ni mot ni regard ! 

Alors je reconnais que lorsque l’on reçoit, on ne va pas taper la discute avec son homme, c’est sûr ! Mais j’ai pu observer à travers mes lentilles de myope (ça me fait penser qu’il faut que je m’en achète, j’en ai plus), j’ai bien vu le regard haineux que Ludy lançait à Tomer de temps en temps, parce que je peux vous garantir que s’il y avait une grenade à goupiller à l’autre bout de la table, elle la lui aurait jetée sans aucun problème. 

Dommage que je sois sans cesse interrompue par Miss cheveux violets qui lâche pas le sujet des régimes alimentaires, alors que moi en simultané. Je tente de suivre la conversation des hommes qui m’a l’air bien plus intéressante. 

Ça vous est déjà arrivé à vous, d’essayer de suivre deux conversations en même temps, tout en essayant de ne pas paraitre mal polie ? Moi, tout le temps, mais je bafouille et me fait griller à chaque fois, parce que je réponds n’importe quoi, mais cette fois-ci, ça vaut le coup d’être mal élevée : 

Tomer raconte que depuis 20 ans, il travaille dans l’immobilier. Sa femme et lui avaient fait des démarches pour vivre aux États-Unis et continuer de travailler dans la même branche. Le truc, c’est qu’aujourd’hui, à plus de 50 ans, et avec de grands enfants, Tomer veut retourner vivre en Israël, près de son papa qui est en mauvaise santé.

Le hic, c’est que Ludy ne veut absolument pas retourner vivre là-bas, car elle trouve que pour les enfants, l’éducation américaine est bien meilleure, et qu’à part des tonnes de responsabilités familiales qui l’attendent, elle ne voit aucun intérêt à y retourner ! Du coup, le couple se retrouve dans ce qu’on appelle : une impasse ! Et ne se parlent plus du tout depuis… 4 mois…

Oh boy ! Comment ils font ?  Je ne peux même pas rester cinq minutes sans parler ! Je me saoule moi-même parfois, tellement je parle ! 

Tomer explique à Micka que les enfants souffrent, lui souffre, et que sa femme pleure souvent en silence ! Juste au moment où Tomer raconte un truc sur son mariage, Liora me demande si je connais quelqu’un pour elle. Mais mince mamie, je suis en plein drame familial là ! (Ah si ! Pour moi, c’est un drame ! Les parents sont apparemment au bord du divorce, ce qui en passant, ne changera rien à la situation !) 

J’ai envie de répondre à Liora, qu’hélas, je ne suis ni chadhanite, ni une agence matrimoniale, ou encore moins une faiseuse de couples, mais je lui assure que si je croise quelqu’un, je ne manquerai pas de le lui faire savoir ! 

Pendant que Tomer est parti chercher un digestif, mon mari se tourne vers moi, et me dit en français qu’il a de la peine pour ce couple, parce que cela fait plus de 20 ans qu’ils sont mariés. Il trouve dramatique qu’aucun des deux ne veuille faire de compromis. Ce à quoi je lui réponds : 

– T’as raison, j’ai même l’impression qu’ils ont carrément arrêté de se faire des commentaires pourris ! 

– Junes, franchement, au lieu de passer ton temps à rien faire (???????), essaye de les aider ! 

– Mon temps à rien faire ? Je m’occupe des gosses, de l’école, des devoirs, de la maison, de la bouffe, de mon blog, j’essaye de trouver une traductrice anglophone pour mon premier tome, je finis mon deuxième roman…

– Oui enfin bref, on se comprend ! Essaye de parler à Ludy seule dans la semaine. 

– Et tu veux que je lui dise quoi exactement ? Je ne suis pas une agence de médiation ! 

Mais nous sommes interrompus par Liora (encore !) qui se présente à mon mari.

– Salut, moi c’est Liora, j’ai 40 ans, si t’as des potes à me présenter, je suis preneuse, parce que je viens de divorcer, et je veux me retrouver quelqu’un.

Elle devrait se le faire imprimer sur une banderole, ce sera plus simple ! 

– Euh… d’accord, je crois que tous mes amis sont mariés, mais si j’entends parler, je dirai à Junes qui te dira.

– Merci, c’est quoi ton prénom, mari de Junes ? 

– Micka. 

– Ah Micka, tu sais que ta femme ne mange pas beaucoup la semaine, tu devrais faire plus attention à elle. 

Mais elle va se taire celle-là ! Non, mais quelle balance, je te jure ! 

Heureusement qu’elle est sauvée par Tomer qui ramène du whisky. Ah oui, c’est du lourd comme digestif ! Mon mari me tend le verre, et me dit en français :

– Dis à ta copine d’arrêter la teinture violette, ça va l’aider dans ses recherches. 

– Non mais ça va pas ? Je vais pas lui dire ! En plus, y a peut-être des hommes qui adorent les cheveux violets coupés à ras, qui sait ? 

– Sûrement, mais pas ceux que je connais. Bon, mais Junes, je m’en fous de l’autre, faut aider ce couple. 

– Je ne sais vraiment pas ce qu’il faut faire…

 

On finit le repas, on échange nos contacts FB en disant au revoir à Tomer et Ludy, et je me suis mise à penser à tous les couples chers à mon âme qui m’écrivent en mp pour me demander des conseils pour les aider à se rabibocher (j’ai pas dit que je ne m’occupais pas des chalom bayit! J’ai plusieurs fois pensé à  ouvrir une agence pour l’entente conjugale ! T’imagines, si je développe l’idée, je trouve un établissement où j’installe des intervenants comme Rav Benchétrit, Rav Touitou, mon père, ma mère… Chacun avec sa spécialité, tout sera gratuit au début, comme ça il y aura plein de monde ! J’aménagerai des salles, avec des rings de boxe, avec un coach qui hurlera aux couples en dispute : 

« Allez-y ! C’est ça, battez vous! Allez madame, défoulez-vous ici plutôt qu’à la maison, je reconnais ce coup, c’est pour ne pas avoir débarrassé la table hier soir ! Tapez mieux! C’est bien ! »

Ou alors, des salles avec des reproductions de cuisine, où le couple pourra jeter à sa guise de la vaisselle (elle sera en carton) ou encore… des salles de réconciliation, non mais en fait, je sais pas… je sens que ça va partir en cacahouète ce centre, ils vont penser que la mère Davis avec ses salles de réconciliation des couples, elle fait des trucs bizarres, en plus sous la barbe des rabbins... à moins que ce soit vachement cadré, bon je me garde ce projet pour plus tard, quand j’aurai fini d’écrire ma trilogie !)  

Car il n’y a qu’une chose qu’il faut que l’on garde en tête, lorsque l’on s’embrouille avec son conjoint, que ça crie, ça gueule, que les portes claquent, même si c’est super désagréable, sachez qu’il y’a une construction solide derrière tout ça, et surtout que tant qu’on se dispute, il y a espoir, et que cela va s’arranger ! Je vous jure qu’un couple comme celui-là, qui a dressé un mur de silence, vous glace le sang et fige le foyer dans le froid ! 

Alors j’ai décidé que vous et moi, avec nos idées, nous allions tout faire pour les aider ! 

Je vais d’ailleurs commencer par aller voir Ludy après l’école, et me pointer avec mes godasses, et mes gosses, pour essayer que le feu reprenne avec son mari, comme disait Celine Dion dans «  Pour que tu m’aimes encore. » 

Nous avons jusqu’au mois d’août avant que le mari ne quitte définitivement le pays, avec ou sans sa femme, qui, j’espère de tout mon cœur repartira avec lui ! 

 

 Je vous embrasse, mes loulous, et je reprends mes publications dans deux semaines, pour cause de vacances scolaires de mes enfants. Gros gros bisous. 

 

Ps : Ah oui, et si vous connaissez un homme, qui aime les femmes de plus de 40 ans, aux formes généreuses au combien charmante avec une crête violette sur la tête, divorcée un enfant n’hésitez pas de me contacter sur junesdavis55@gmail.com.

Il faut sauver non pas Willy, mais le couple de Ludy ! 

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