L'éducation U.S. et Junes!

Publié le par Junes Davis-Cohen

Depuis le temps que j’habite à New York, il est grand temps d’aborder l’un des sujets les plus controversés des francophones : l’éducation américaine.

Il y en à dire, et des belles, croyez-moi ! Car oui, chers français, chères françaises, s’il y a bien un domaine où nous sommes trop forts (à part la bouffe, le vin, le style, les fringues…), c’est bien l’éducation, car vous êtes au top ! Si, si, je vous le jure sur la tête de mon blog ! Et pour cause…

Le premier jour où j’ai mis les pieds dans l’école de mes enfants, j’ai tout de suite senti qu’il y allait avoir un léger « décalage éducatif » entre les amerloques et nous. Surtout quand à 8:15 am, je croise dans les escaliers, une petite fille toujours en pyjama (normal !), vêtue d’un tutu rose fuchsia, avec des ailes de fée dans le dos, et une couronne de princesse vissée sur la tête (normal aussi !). Au début, ça choque, mais après, on s’y fait. Ou encore, en plein hiver par -15, il n’est pas rare d’observer l’absence totale de chaussettes ou de bonnet, sur des petits nourrissons de moins de trois mois. Même après tout ce temps, j’ai bien du mal à comprendre le concept, mais j’ai appris à fermer les yeux, tout en essayant de garder les miens ouverts sur mes propres gosses :

– Non, fifille 1, je t’ai dit cent fois que tu ne peux pas aller à l’école en maillot de bain et sandales, alors habille-toi !

Ce qui est tout aussi incroyable, c’est lorsqu’au cours d’une réunion des parents d’élèves, une maman a levé la main pour prendre la parole, et a demandé à la maîtresse de mon fils quel meilleur « snack »/goûter est conseillé pour les enfants.

Sans hésiter, elle répond :

– Les chips et le popcorn, of course !

– Of course ? Mince, j’ai parlé à haute voix.

Tout le monde a les yeux braqués sur moi, la honte ! Je me sens obligée de demander à la maîtresse comment elle est arrivée à cette conclusion nutritionnelle. Elle m’affirme que le popcorn, c’est du maïs, et que les chips, sont des pommes de terre.

– Euh… oui, à la base, mais le produit a été légèrement modifié, par des tonnes de sel, des tonneaux d’huile, et des kilomètres de sucre, non ?

Comme pour justifier mon explication, l’enseignante déclare aux autres parents :

– Miss Davis is french/Miss Davis est française !

– Ah c’est pour ça ! Et hop, les voilà en train de noter en gros CHIPS and POPCORN sur leur feuille.

Pardonnez-leur, mon Seigneur, ils sont américains, ce n’est pas de leur faute !

Il y a aussi une autre principale différence, la plus incompréhensible à mes yeux, c’est la gestion des notes, et des contrôles, où je suis totalement perdue.

Comme la première fois où mon fils m’a ramené son test de math sur une feuille volante, avec écrit en rouge avec des cœurs (???) « C-D ». Je lui demande, contrariée :

– Je comprends pas, tu as eu un C ou un D ?

– Entre les deux.

– C’est bizarre, mais de toute façon, c’est pas terrible. Faut travailler plus mon fils !

– Non, ça va.

– Comment ça : ça va ?

– Miss Debbie a dit que l’essentiel, c’est que je fasse de mon mieux, et que la prochaine fois, elle fera un test plus adapté.

– Plus adapté ? Mais ce n’est pas possible qu’elle ait dit ça. Je vais aller la voir demain pour discuter.

Donc le lendemain, avec le C-D à la main, j’accoste la maitresse, et m’excuse pour la note, en promettant que pour le prochain test, mon fils et moi, nous serons au taquet !

– OOOOH my God ! Tu es la mère d’Ethan, il est tellement adorable, tellement doux, tellement gentil, serviable, incroyablement intelligent, quel amour de petit garçon !

Elle abuse un peu sur les compliments, la dame, non ? Mais la maîtresse continue, et me dit que pour le contrôle de math, elle aurait du prévoir un test moins difficile.

– Ah non, je refuse que vous baissiez le niveau du test uniquement pour mon fils. On va travailler plus dur, et on va y arriver.

L’air horrifié, elle me dit :

– Non mais ça ne va pas ? Laisse-le tranquille, ce petit cœur, il est jeune, et il est tellement adorable, tellement doux, tellement gentil, serviable… etc.

Même si j’étais un peu surprise par cette nouvelle approche d’enseignement, je me suis dit que ça allait être plutôt détente. Si ce n’est que deux semaines plus tard, je suis convoquée pour qu’on me dise que ce « petit cœur » a besoin de cours de soutien cinq fois par semaine à bip bip dollars de l’heure, somme qui correspond par mois au prix d’un vol Paris-Tel Aviv en plein mois d’août ! Allez comprendre !

Mais là où j’ai vraiment réalisé que j’étais sur un autre continent, voire une autre planète, c’est lorsque j’ai du me rendre un dimanche matin à 9:00 am pour la réunion trimestrielle de fifille 1 et 2, trois ans et demi, et toutes leurs dents (de lait).

Alors voyons voir: Où suis-je, moi, le dimanche matin à 9:00 ? Dans mon lit, pardi ! No way, je vais faire ma maman buissonnière. Mais hantée par les paroles de la dirlo qui m’avait prévenue qu’il fallait être très impliquée dans la vie scolaire de ses gosses, comme dans une grande famille (depuis quand on fait payer aussi cher la famille?) sous peine de sanctions, me voilà à 9:05 devant l’école, ce fameux dimanche !

Je entre dans l’école, et c’est mon nom qu’on appelle en premier : je rentre dans la classe avec une maîtresse et deux assistantes. Rooooo, dit donc, y en a du people pour fifille 1 ! À peine je m’assois, que la teacher me pose un calepin épais comme le bottin des Pages Jaunes avec plein de feuilles : toute fière, elle me montre tout « le travail » que ma poulette a fait depuis le début de l’année, et je dis :

– Comme c’est mignon tous ces gribouillis !

– Ah non, ce ne sont pas des gribouillis, Madame Davis, c’est de l’art ! Nous étudions Kandinsky en ce moment (Kandinsky ? Elle rigole, c’est pas possible, remarque, faut bien amortir le prix !). D’ailleurs, je suis tellement excitée de vous montrer un dessin, que je gardais exprès pour cette super incroyable-fantastique réunion !

(L’américain adore les adjectifs !)

– Euh… oui, avec plaisir.

Mais pourquoi la maitresse tient cette feuille tout contre son cœur ? Elle a l’air d’avoir des vapeurs, tellement elle est excitée la dame... limite elle me fait flipper.

– Je suis tellement impatiente de vous montrer le dessin que votre fille a fait pour vous hier !

– Oui et… moi donc !

– Elle vous a dessinée : vous, sa maman.

– Oui, moi, sa mère.

Et : TADA… (avec les mains le TADA)... Perso, je ne vois qu’un trait bleu sur une feuille blanche…

La maîtresse saute carrément de sa chaise pour me prendre dans les bras !

– C’est exceptionnel, votre fille est vraiment douée, regardez le trait comme il est droit !

– …

– Qu’est-ce qui se passe ? Vous n’avez pas l’air emballé.

Allez, vite vite, branches-toi sur zarma attitude américaine, sinon on va encore dire que les français sont froids !

– OH MY GOD ! Je peux pas croire, tellement je suis émue ! Quel merveilleux trait bleu, c’est pas possible, comme elle a su reproduire l’état d’esprit de Kandinsky

– N’est-ce pas ? Et blablabla, et blablabla. S’ensuivent deux minutes de débrief complet et de commentaires. Pour qu’à la fin je demande, l’air de rien, s’il y a vraiment quelque chose d’autre à me dire.

– Non, c’est bon, ça se passe super bien.

– Ouf, bon bah, merci, à demain. Je me lève, et oooooh c’est reparti pour le câlin.

Et enfin, je suis libérée, délivrée de toutes mes formalités. En rentrant chez moi, ce jour là, pour rejoindre ma family qui brunche, j’arrive à la réflexion que si nous arrivons à offrir à nos enfants cette opportunité extraordinaire de multi-culture, que ce soit en Israël, au Canada, ou aux États-Unis, et que l’on arrive à prendre le meilleur de chacun, tout en gardant notre éducation française, je ne vois qu’une perspective éducationnelle de grande richesse, et d’ouverture d’esprit. Et même si je suis souvent perdue face à cette extase démesurée que vouent les américains aux enfants, je me dis que leur façon de toujours les encourager (même pour un trait bleu, et une note pourrie), construit à mon humble avis des personnalités dotées d’une confiance en soi exceptionnelle !

Alors toi, le/la francophone qui me lit, n’aie jamais honte de ton patrimoine, car tu as de quoi être fière de ton éducation so frenchie ! Le reste n’est que du gras, comme le goûter des petits américains.

A+

Junes Davis, auteur de la vie déjantée de Junes Davis, sur junesdavis.com rubrique first book.

PS : Sérieux, j’en peux plus de remettre à chaque fois cette phrase en fin de chronique. Ça va, on a compris que j’ai écrit un roman, je vais pas le crier sur tous les rooftops non plus !

L'éducation U.S. et Junes!
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