La syndicaliste du Pessah!!!

Publié le par Junes Davis-Cohen

Quand ma copine Salomé m’a appelé pour la 250ème fois de la semaine pour me demander si j’étais prête pour Pessah, je me suis dit que c’était le moment de faire « une intervention ».

Une intervention est un terme américain qui permet de sauver une personne d’une perte momentané de raison face à une situation de haut niveau de stress.

Je crois que nous sommes… en plein dedans !

Je l’entends encore me demander un poil paniquée :

– Dis-moi Junes, c’est quoi ton menu pour Pessah ? T’en es où dans ton ménage ? Quel jour tu vas faire tes courses sur Brooklyn ? Et la cachérisation de la cuisine, c’est pour quand ? HELP !!! HELP !!!!

– Euh...Salomé... relaxe-max, je crois que le plus important, c’est que tu te focus d’enlever le pain et ses copains dans la maison, et basta. Et puis, Pâques, ce n’est pas que ça.

– Mais si c’est ça ! Pour moi c’est : menu / bouffe / ménage… Rien que je te les énumère par téléphone, que je suis déjà bien essoufflée ! Mais au fait, pourquoi tu m’as l’air si détendue ? Y a t-il une chose plus croustillante qu’une galette de pessah que je dois savoir, pour arrêter de stresser comme un bélier ?

(Depuis quand les béliers stressent-ils ? Fallait que je trouve un animal qui rime avec stresser. Ah ! D’accord !).

– Disons Salomé, qu’il n’y a pas si longtemps, je me suis mise à faire ma petite rébellion syndicaliste sur les préparatifs angoissants de la fête.

– Toi, ma petite religieuse au chocolat ? J’ai du mal à t’imaginer en rebelle !

– Oh que si ! Pas plus tard que la semaine dernière, lorsque que je rangeais mon placard à épices (tiens, mon bracelet, chouette, je l’avais perdu !), je n’arrêtais pas de me dire que ce serait dommage de passer à côté d’un truc bien plus fort en chocolat « cacher le pessah » que le ménage. Et vois-tu mon amie, comme à chaque fois que je suis dans cet état, dans notre état de New York, j’appelle soit mon père ce rabbin, pour lui dire tout mon mécontentement :

– Allô Papa ? 

– Salut, ma fille, ça va ? Alors, ça avancent ces préparatifs ?

– Bah justement, parlons-en !

– Oula, je connais cette voix, qu’est-ce qui se passe, cette fois ?

– Eh bien, je voulais être sûre d’une chose avant de continuer de frotter comme un taureau ailé. Est-ce que oui ou non, c’est grâce au mérite des femmes que nous sommes sortis d’Égypte ? Dans mon esprit rouillé par le temps, j’ai un vague souvenir de l’histoire où à l’époque de l’esclavage, nos ancêtres femelles enfantaient sans fanfaronner six gosses à la pelle. J’ai raison ?

– Bon sang, mais tu faisais quoi pendant les cours de thora, à l’école ? Ça me fend le cœur, avec tout l’argent que ta mère et moi avons dépensé pour ton éducation, franchement…

– Papa !

– Bon, je t’explique rapide, parce que je suis sur le périph, porte de Pantin, j’ai un mariage dans dix minutes, et je crois que je vais être plus en retard que la mariée elle-même. Alors…

Petit rappel de Junes Davis avant la réponse de mon pap’ (à ne pas confondre avec le Pape. Thanks a lot ! ) :

Malgré l’interdiction de procréer que Pharaon avait femellement donnée, les femmes s’en contrefichaient, et continuaient à se multiplier. Par grand miracle de D., elles accouchaient par six marmots, oui, parfaitement, six d’un coup !

(J’ai moi-même fait l’expérience magnifiante d’avoir 2 bébés à intervalle de 10 minutes chacun, sans péridurale. Oui, parce que je voulais vraiment ressentir la signification du mot enfanter. J’avais cette volonté de me prouver que la nature est tellement merveilleuse, et aussi.... Non, mais ça va pas la tête ! Je réserve ce zerma de réponses pour ELLE magasine (et aussi que je ne me lave qu’à l’eau d’Evian !) Parce que cette saloperie de péridurale n’a pas voulu marcher… du tout ! Possédée par la douleur, j’avais hurlé au docteur : Prenez tout, TOUT, et laissez-moi mourir en paix ! Mais il ne m’a pas entendue, parce que ma voix était recouverte par celles de trois pom-pom girls hystéros de nurses américaines qui me disaient en cœur « Pouchez Miss Davis ! Pouchez !!! Look at you, you are amazing ( amazing, ta race, oui !!!) ».

Enfin bref, rien que pour cette raison je pensais que nous étions assez méritantes... mais pas que... Alors découvrons ensemble l’explication de mon père (enfin mon papa quoi, pas mon père le curé, vous l’aurez compris !) :

– Ma fille, note ce que je te dis :

Les égyptiens étaient tellement cruels, qu’ils demandaient aux hommes d’effectuer le travail des femmes, et aux femmes d’effectuer le travail des hommes. Les femmes ne se sont jamais découragées, malgré la dureté du travail dévalorisant qu’on leur imposait. Mieux encore, pendant l’heure du déjeuner, elles allaient rejoindre leurs maris dans les champs, leur apporter des repas chauds, et leurs prodiguer des massages (??).

– Des massages ? Sérieux 

– Bah oui. Elles le faisaient pour remonter le moral et l’honneur de leurs maris. Je te laisse, je me gare. À plus !

– Voilà Salomé, pourquoi je ne suis pas si déjantée sur la question du ménage !

– J’ai capté. Remarque, on est pareilles au quotidien, non ? Combien de fois Maurice est rentré du bureau, à me raconter à quel point c’était dur avec tous ces requins d’Amerloques.

– T’as raison ! Bon, bah ma Salo, je te laisse, je te rappelle demain. Bisous doux.

– Je t’ai dit 100 fois de ne pas m’appeler comme ça. Rendez-vous demain 9h devant le métro pour expédition Brooklynoise. Bisous ma chou.

Le soir venu, comme le veut la tradition Davissienne, Micka et moi sommes assis sur le canapé où il me débrief sa journée :

– Tu sais Jean-Mi, le mec de la compta, je t’ai déjà parlé de lui, non ? (Oh oui !), eh bien imagines-toi que pendant la réunion, il m’a demandé devant tout le monde si…

Portée par la fatigue de ces derniers jours, bercée par les paroles de mon mari, et celles de mon père, mon esprit s’expatrie loin, très loin de notre salon :

Je me vois habillée en habit d’époque (très seyant), je porte un bon « msouki » de pessah dans ma marmite, (Oh ça va, ne haussez pas le sourcil, je suis toujours maroccos, mais ça fait du bien de temps en temps de voler les coutumes des autres, non ??!). Donc je débarque au boulot de mon homme avec mon plat, pendant que lui est sur son « desk », où il donne le dos à ses six ordis. Dans son oreillette, il hurle à son interlocuteur façon « le loup de Wall Street » (mais plus brun, beaucoup plus brun que Léonardo DiCaprio) :

-正体字 / 正體字!!!! 正体字 / 正體字 ! Impossible de vous retranscrire ce qu’il a dit, chaque fois que mon mari parle de son boulot c’est du chinois pour moi tellement je ne comprends rien !

Je m’installe tranquillement, je sors de mon panier une nappe à carreaux rouge et blanche, ainsi que des assiettes en plastique en porcelaine bleue. Je lui tapote l’épaule et lui dis :

– Regarde chéri, ce que je t’ai amené pour le dej’ ! Viens, installe-toi, voyons, il faut que tu prennes des forces. Tu veux que je déplace tout par terre sous ton bureau, comme ça on peut faire un pique-nique sur la moquette ? Après je te ferai un petit message au cou. Oulalala comme il est tendu, Junes est là, voilà, c’est bien, mange.

Tout cela sous le regard ébahi de ses collègues qui sont morts de jalousie. Même Jean-Mi de la compta passera, et bavera rien que par l’odeur.

– Junes, Junes t’es là, tu m’écoutes ?

– Mais oui, je suis là ! Comme d’habitude ! Mais tu veux que je te dise, j’en ai ras la casquette, de t’écouter tous les soirs ! Est-ce que l’on m’écoute, moi ??? Parce qu’elles sont bien gentilles nos ancêtres, mais qui les aider, elles ? Comme si j’allais venir sur ton lieu de travail et t’apporter à manger et te faire des massages ! Et puis quoi encore ? C’est fini l’esclavage ! Tu m’entends? FINI !

– Mais je ne t’ai jamais demandé de m’apporter à manger le midi. En revanche, si l’idée te traverse l’esprit un jour et que ... Je plaisante, je plaisante, tout doux. J’ai juste besoin que tu sois à mon écoute, car en général, tu as une bonne analyse, et après je me sens mieux. En plus, je suis là pour toi, moi ! Et puis tu n’es jamais seule, car tu as un interlocuteur hors pair !

– Ah oui et qui ?

– Eh bien....D. himself !

– Ah ...

– Pipine, tu n’as pas à te lever tous les matins à l’aube, pour te saucissonner le bras et la tête avec des morceaux de cuir comme nous les hommes. Vous les femmes, vous êtes en permanence connectées en wifi avec D., alors viens pas te plaindre, et laisse-moi ME plaindre !

Et c’est ainsi que tout en continuant mon ménage de pessah, armée de mon balai, Micka me suivra dans toutes les pièces, me racontera encore et encore ses soucis, que je tâcherai de balayer par la force d’être une femme !

Alors mesdames, pendant la lecture de la hagada, et lorsque que l’on s’absentera trois-quarts d’heure minimum pour endormir nos enfants respectifs, on pourra penser à nos arrière-arrière-arrière (30 fois le « arrières ») grands-mères, qui étaient des coachs de vie pour que notre peuple reste tout simplement… en vie !

Gros bisous et bonnes fêtes

PS : Mon tome 2 est sortie depuis le 27 mars. Vous pouvez le commander sur Junesdavis.com Rubrique : L’Exode. Apparemment c’est super livre pour Pessah ( je dis ça, je dis rien) Je vous embrasse à Très vite !

La syndicaliste du Pessah!!!

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