Le rav Sitruk, y a tellement de trucs à dire......

  • Junes Davis-Cohen

Bonjour à tous,

Je vous préviens d’avance que si vous me lisez, et vous avez les mains toutes mouillées, c’est parce que je vous écris ces quelques lignes en larmes.

Je n’ai pas pleuré comme ça depuis le décès de ma grand-mère « zal », il y a presque deux ans maintenant.

(Et devant le dernier épisode de je ne sais plus quelle série, mais celle-là, elle ne compte pas, puisque ce genre de pleurs, c’est le trop-plein d’émotion quand certaines journées sont plus longues que d’autres !)

Hélas, ce dimanche matin (pour moi !), et ce dimanche après-midi (pour vous), nous avons appris avec grande tristesse que le rav Joseph Sitruk, notre grand-rabbin de France, est parti auprès de D. pour de bon. Quand j’écris pour de bon, c’est parce que tout au long de sa vie, Rav Sitruk avait un téléphone rouge spécial, ou ensemble, ils pouvaient se parler directement. D. lui venait souvent en aide pour nous gérer, nous, les juifs français ! Et croyez-moi, y avait de quoi papoter !

Le truc choquant, c’est que lorsque j’accusais le coup de notre perte communautaire, j’ai mis quand même trente secondes à me rappeler le nom des autres rabbanims qui lui ont succédé, c’est qui déjà ? Ah oui, Rav Bernheim (vite fait !), et Rav Korsia (mouais...bof...), c’est dire à quel point, depuis qu’il n’était plus le grand Rabbin, il y a eu bien plus que six trucs qui se sont passés, et qui ne m’ont pas vraiment marquée !

Je sais que le petit clin d’œil à son nom de famille est ô combien classique, et a été dit plus de 6000 fois, mais je suis sûre qu’il aurait une fois de plus fendu son lumineux visage par son merveilleux sourire, malgré mon jeu de mot pourri.

Et pour cause, Rav Sitruk et moi avons eu une histoire personnelle à ce sujet, et laissez-moi vous la conter !

Mais juste avant, nous nous souvenons tous, que le Grand Rabbin avait organisé (j’ai du mal à écrire sur lui au passé, c’est trop frais !) des rassemblements phénoménaux dans Paris comme Yom Hatorah au Bourget. À l’époque, avec lui à notre tête, nous pouvions jouir pleinement de notre liberté de vivre notre judaïsme en France. Qu’est ce que nous étions fiers ! Nous n’avions peur de rien ! Nous brandissions aussi bien le drapeau français que le drapeau d’Israël, car, comme il l’avait expliqué lors de son passage mythique chez Ardisson (j’avais flippé ma race que l’autre homme en noir pose des questions super embarrassantes, mais ouf, tout s’était bien passé) :

« La France est notre mère, et Israël notre père, nous ne pouvons choisir dans nos cœurs, car les deux font partie de ce que nous sommes, des juifs français sionistes ! »

Enfin, à peu près, quoi. Est-ce que quinze ans après, c’est toujours d’actualité ? Je ne sais pas....

En parallèle de ses activités publiques, lui et sa femme Danielle (genre la meuf elle connait le prénom et tout !) organisaient tous les ans une semaine à la montagne, pour tous les rabbins de France du consistoire.

(Le premier qui grogne sur le mot « consistoire », je lui offre tous mes mouchoirs d’aujourd’hui, et je vous promets, c’est pas un cadeau !)

Donc avec ma famille, nous avions l’habitude depuis que j’étais petite, d'âge, mais pas de taille, d’aller à ces séminaires pour hommes et femmes de rabbins. Cela permettait de faire un point annuel sur les communautés juives françaises, et de parler des différents problèmes similaires auxquels les couples rabbiniques étaient confrontés dans leur quotidien. Cet échange permettait de passer des vacances (gratis !), et de faire évoluer la communauté, dans son ensemble.

Après des années de présence, moi, gamine de quatorze ans, j’en avais ras la jupe longue de tout ça ! Je ne voulais plus y aller, parce que je m’ennuyais, et en tant qu’adolescente pourrie gâtée, je trouvais que c’était une torture d’être là-bas coincée dans les montagnes de Courchevel (pauvre petite fille qui passe des vacances de princesse aux frais de la princesse ou plutôt de la famille royale !). Je ne pouvais pas trop la ramener, car je viens d’un monde où si tu bronchais trop, tu t’en recevais une bonne ! Pour montrer quand même mon mécontentement à mes parents, il ne me restait plus qu’à faire la tête.

Pendant plusieurs jours, je n’avais pas décroché un sourire, ce qui était très pénible pour mes parents et mon entourage, alors un après-midi, le Rav Sitruk a organisé une excursion en plein air. Mon père m’avait supplié de les accompagner, et d’arrêter de bouder, et de profiter de l’endroit… mais j’étais têtue (et si bête !), j’avais dû accepter sous peine de tannée imminente.

Au bout de dix minutes de marche, tirant une tronche de mille pieds, bien que nous étions à plus de mille mètres d’altitude, j’entends mon prénom résonner parmi une centaine de barbes, de chapeaux, de perruques, de foulards, de bérets, et de chaussures de marche.

Tout le monde se demandait qui m’appelait (dont moi !), et c’était le Rav Joseph Sitruk himself. Il me demandait de marcher à ses côtés, et de lui raconter mes micro-soucis d’adolescente. Pendant plus de trois heures, il m’a gardée près de lui, et mon air boudeur s’était vite transformé en un air, au grand air d’admiration !

Mais qui fait ça ?

Qui s’abaisse à s’occuper d’une gamine de quatorze ans qui ne sourit pas ?

Personne, ou très peu de personnes, voire seulement les personnes exceptionnelles !

Ce qui m’a permis d’apprendre une leçon pour le reste de ma vie :

Ce qui fait la grandeur d’un homme, ne sont ni ses titres, ni la gloire, ni ses diplômes, mais le fait de parler, s’intéresser, afficher toujours le même sourire à chacun qu’il croisait sans distinction, en leur donnant toute son attention, pour des gens à petite et à grande fonction, c’était ça le Rabbin Joseph Sitruk !

C’était aussi ramener les gens à la Thora, à la téchouva, par l’amour, l’humour de folie, la classe, et la gentillesse !

Je conclurai ma chronique par une phrase pour nous les juifs que nous prononçons en cas de décès : Barouh Dayan Aemeth/D. est un le juge de la vérité, en sachant pertinemment que nous aurions tous aimé pouvoir vous accompagner sur le Mont des Oliviers pour veiller sur vous comme vous avez veillé sur nous pendant tant d’années…

Je vous laisse, je vais aller m’acheter des paquets de mouchoirs, parce que depuis tout à l’heure, j’utilise mon rouleau de sopalin.

À mercredi, que des bonnes nouvelles.

Le rav Sitruk, y a tellement de trucs à dire......

Simone 27/09/2016 10:56

Pour moi aussi, une grande tristesse et déjà un immense vide.
Je pense que succéder à un tel homme devait être très difficile comme à toute personnalité exceptionnelle.
Merci de cette histoire qui résume bien ce qu' était notre Grand Rabbin Sitruk Z'L

lea 27/09/2016 08:01

bonjour
merci pour ce bel hommage representant parfaitement Rav Sitruk Z"L. (j'ai du mal avec ce suffixe.)
Il etait l'homme qui pouvait se mettre a la hauteur de tous avec toutefois une longueur d'avance.

Stef 26/09/2016 10:07

Une belle histoire que la votre elle illustre parfaitement la personnalité de cet homme si grand si puissant de vérité. .ce devait etre quelque chose de le voir sourire Baroukh dayan aemeth

Yael 26/09/2016 05:44

Pourquoi dans un joli hommage, taper sur la tête des autres rabbins? L'article en perd sa saveur

Esther 27/09/2016 08:58

Je suis d'accord avec yael, il y a d'autres moyens de distinguer une personne par rapport a d'Autres . Tout le monde appreciait le rav sitruk mais je pense inutile et sterile de le comparer a ceux qui l'on succede.

Junes Davis-Cohen 26/09/2016 09:59

j'explique que cela ne m'a pas marqué au fer rouge comme avec Rav Sitruk.

Junes Davis-Cohen 26/09/2016 09:58

Hello Yael, pardonne-moi si tu as ressentis cela mais je parle du Rav Sitruck et personne d autre

Junes Davis-Cohen 26/09/2016 09:57

merci Lolo.

Lolo 26/09/2016 09:13

Je ne pense pas qu elle tape sur le nom des autres rabbin . Elle veut simplement marquer la différence qu il y a entre le Rav sitruvk et les autres rabbins qui lui ont précéder sans leur enlever leur grandeur
Bravo june très bel article !

Cedistic © 2014 -  Hébergé par Overblog