Les Rosenberg

  • Junes Davis-Cohen

Quand mon mari m’a annoncé mercredi dernier, tout content, que nous allions déjeuner chabbat chez les Rosenberg, j’étais un peu perdue. Pourquoi perdue mon chou, tu ne sais pas où ils habitent? Non c’est pas ça, ils habitent juste à côté. En fait, je connais les Marciano, les Benssoussan , les Balouka......mais les Rosenberg, c’est tout nouveau pour mon oreille de sépharade!!!!

D’ailleurs, la seule fois où j’ai entendu ce nom de famille, c’est dans Rabbi Jacob, entre les Levi’s et les "chers cacher". Mais vu le visage de mon homme, j’avais l'impression que l'on avait gagné au loto. Et pour cause, celui qui avait raflé la mise du lunch chabbatique, avait son ticket pour le pays des gens à part.

Des gens à part?? Tu veux dire quoi?? Tu verras petite curieuse.

Le samedi, après avoir habille/déguisé les enfants comme des premiers de la classe, j’ai constaté que mon mari, quoi qu'il mette, reste toujours classe et grand! Et pour ma part, je me suis toute talonnée et parfumée (j’aime bien sentir bon le samedi, et les autres jours?? Pas le temps!!!!).

Nous nous dirigeons vers le building d’à côté. Oui parce que les Roro et nous, sommes voisins de buildings.

Premier indice que l’on change direct de monde: le doorman qui t’ouvre la porte avec des gants blancs, s’il vous plait!

Le doberman* nous indique, après inspection des kippot vissées sur la tête, que l’ascenseur de chabbat: c'est par là. Hein??? Mais nous ne sommes pas au David citadel à Jéru, c’est quoi ce délire? Allez, avance, et monte jusqu’à un étage très haut dans les nuages.

Tout en montant, je demande à Micka :

- Au fait, c’est quoi leurs prénoms au couple?

- Aucune idée.

- Ok, encore un repas où je sur-utiliserai la consommation de pronoms, à défaut de prénoms!

Ah, ça y est, nous y sommes. Lorsque nous tapons à la porte, personne ne nous répond. On retape. Personne.

- T’es sur de l’apart?

- Mais oui, tu sais bien que j’ai une mémoire d’éléphant.

- Ah non! Rappelle-toi la fois où..... S’ensuit une dispute conjugale stoppée par une porte qui s’ouvre à l’autre bout du couloir, et une petite voix nous indique : « c’est par là l’entrée! » C'est un petit garçon tout mignon. Par ses cheveux blond blé, j’en déduis qu’il doit faire partie de l’une des deux paires de jumeaux qui composent la famille de nos hôtes (oui, vous avez bien lu, double jumeaux! Huit ans et quinze mois), donc, nous suivons le petit bonhomme, et on rentre dans l’appart avec difficulté parce que mes enfants me collent façon méduse. (Avez-vous remarqué comme les enfants sont sages/ terrorisés chez les autres???)

Et là, le choc: On atterrit sur une entrée de 100 m2 qui donne sur deux

énormes bureaux, avec une bibliothèque au centre, remplie de livres de

thora jusqu’au plafond! En face, huit écrans sur le mur, j'ai l'impression d'être dans le bureau de mon père (mais sans les écrans).

Nous longeons encore un couloir pendant une bonne minute (je demande à Micka si il ne trouve pas que le petit ressemble à l'acteur du film « leSixième sens ». Il me dit que j’ai des références vieillottes! Reviens en2015, Mimine, et arrête de rester coincée en 99, évolue un peu, évolue.....).

Nous rentrons dans l’une des cuisines les plus grandes que j’ai jamais vues à Manhattan. Plus de 200 m2 avec quatre nounous (une pour chaque enfant! C'est évident, pourquoi tu n'en as pas trois? Me demandera madame R. Euh....non moi j’ai et blablabla, (Tu sais Junes, depuis un moment, je veux t’écrire quelque chose, mais ne le prends pas mal. T'es pas obligée de répondre à toutes les questions que l'on te pose. Je sais que tu t’es donné comme devise dans la vie, que chaque seconde de silence est une seconde de perdue, mais essaye de tester rien qu’une fois plus d’une minute de silence, cela te fera du bien, à toi ( et aux autres surtout !))

Une fois passés par la cuisine, on arrive enfin au salon, ou plutôt aux trois salons qui se suivent à la queue leu leu. Mais toujours pas de Rozenberg!!! Très loin quelque part dans une chambre, nous entendons:

- Ouhou par ici.

J’ai l'impression d'être au bord d’une falaise avec l'écho:

" Par ici, par ici, par ici...... "

Je vous ai parlé de la vue ? Non vaut mieux pas, j’en ai le vertige! Ah, enfin on voit Madame R. qui nous dit chabbat chalom et à table!

Leur gentillesse, leur accueil chaleureux et leurs sourires, nous font oublier la serveuse qui nous sert notre poulet. Oui, parce que les américains ramènent tout en même temps: les plats et les entrées, et même le dessert sont posés at the same time sur une table géante D. Bénisse. Le couple est hyper intéressant et le mari très galant. Oui, mesdames, parfaitement, ça existe encore!!! Il m'a vue pathétiquement essayer d'attraper un plat au milieu de la table, (avec la langue qui sort de côté par l'effort fourni) mais comme je suis courte de bras, j'avais justement besoin de quelqu'un qui avait le bras long. Donc il s'est levé et m’a lui-même servie (classe!)

Au fur et à mesure du repas, les enfants ne sont plus du tout timides (Hélas!), m’interrompent 80 fois par « Maman pipi! », et mon grand qui joue avec les blondinets très polis. J’ai dû juste frotter discrètement le tapis persan à mes pieds pour enlever la trace de pâte à modeler que bébé 2 a laissée. En gros, un déjeuner très sympa.

Mais au fait, c'est bien joli tout ça: Mais ils font quoi les Roro comme métier?

- Nous avons une plantation de myrtilles et de raisins. Nous sommes les fournisseurs numéro 1 mondiaux.

- Ooooooooh.

- Nous avons plus de 12 000 employés.

- waaaaaaa, mais le côté humain n'est pas trop dur à gérer? Parce que moi j'ai ma femme de ménage, rien que je lui demande de me faire mes poivrons, elle me fait la tronche pendant tout l'épluchage!

- Parfois ce n’est pas évident, mais ça vous dit d’aller voir la terrasse à l'étage ??

- Why not!

And what else? Un hélico après à nous montrer ? (t’es folle c'est chabbat!)

Nous nous absentons quatre minutes 20 pour faire le tour de la terrasse,just amazing. Mais quand je reviens, je retrouve bébé 1 et 2 en larmes se tenant par la main avec: Maman pas la! Elles m’attraperont le corps pendant les prochaines 35 autres minutes.

Viens l'heure de se quitter. Mon mari, qui avait fait un sans faute sur l'échelle de l'humour (tu sais pipine, pour moi c’est très très drôle mais pour les autres, c’est moins sûr alors....) demande en toute confiance, s’ils ont un maison de campagne dans les Hamptons. Oh boy! C’est fichu, ils ne nous inviteront plus jamais! On s'embrasse, se souhaite chabbat chalom, les remercie 200 fois et on rentre.

Ce que je retiens de ce déjeuner, c'est que des personnes formidables comme les Rosenberg, vous donnent envie de bosser, de travailler, de réaliser vos rêves, vos projets les plus fous, non pas pour l'argent mais plutôt pour la satisfaction et la fascination d'avoir accompli une vie remplie d'énergie positive, que seuls les américains savent si bien communiquer avec autant de facilité. Mais la vraie question, Junes, c'est de savoir si tu peux abattre la cloison de l’appart d'à côté en six jours. Parce que tu les as réinvités pour chabbat prochain!

Mais non, tu connais l’expression: Petite est ma maison mais grand est mon cœur...

Mouais........ Mais va quand même te renseigner auprès des voisins, si ça ne les dérange pas de faire appart commun, Chabbat chalom lekoulam!!!!!!

*(blague que j’ai avec mon portier/mon doorman, parce que les six premiers mois je l’ai appelé comme ça par erreur, jusqu’au jour où il m’a expliqué qu'il n’était pas un chien!)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Cedistic © 2014 -  Hébergé par Overblog