Mes parents à New York

  • Junes Davis-Cohen

La semaine dernière, mon mari m’a fait la surprise inespérée de faire venir mes parents, de Paris à New York. Nous en sommes restés à des intenses retrouvailles après six mois d’absence physique, et voici la suite.

– Je suis tellement contente de vous voir, vous pouvez pas savoir !

– Nous aussi ma fille, nous aussi, dit mon père.

Pour manifester sa joie, mon fils gambade de canapé en canapé, mes filles, observatrices, restent scotchées à moi, et mon mari s’est planqué direct dans notre chambre pour une durée indéterminée.

Déjà que c’est lui qui me les a amenés, on va pas abuser de sa présence !

Je propose de faire un thé à la menthe, comme on a l’habitude de recevoir chez nous, enfin chez eux, enfin chez mon-ex chez nous, pour nous mettre dans l’ambiance.

Je commence à mettre des gâteaux achetés sur une assiette, (honte à moi, depuis 2012, naissance de mes poulettes, aucun gâteau n’a été enfourné dans mon four personnel ) et ma mère intervient :

– Range-moi « ça », j’ai amené quelques petites choses que vous n’avez pas ici.

Traduction du « quelque petites choses » : une valise entière de Charles (traiteur), et une autre valise toute aussi entière d’André (Amsellem). Sans oublier les trois kilos de Chocolat Damyel.

J’avais comme un doute à leur arrivée, mais là c’est officiel : je mets de côté mon régime continuel. On va faire péter tout ça dans le palais. Au feu les points weight weight, à bas les prot’ Dukan, et vive le Bâton de Berger cacher, youhou !

Tout en dégustant tout ça, et en évitant la crise de foie, on se raconte les derniers potins familiaux. Je ressers du thé, et on se resserre dans les bras. Tiens, mon mari est sorti de sa tanière pour emporter quelques boulous, et retourner hiberner. Ce n’est qu’après deux heures de conversation intense et de sujets épluchés, que mes parents manifestent l’envie de se coucher. Juste avant de se quitter pour la nuit, avec mon père, on établit un programme touristique en béton pour la semaine, mais ma mère n’est pas d’accord :

– On s’en fiche de New York ! C’est pour vous voir, et profiter de nos petits-enfants, que l’on a traversé l’Atlantique.

Quelles douces paroles qui réchauffent le cœur! En plus, ma mother n’a jamais vu un épisode de bip bip in the city (Grâce à D.!), ni de Friends (c’est dommage), du coup, elle ne comprend pas trop l’engouement que les gens ont pour la Grosse Pomme.

Je leur propose de visiter ABSOLUMENT deux-trois endroits typiques de New York.

– Il y a le musée du World Trade Center. Il y a l’endroit où les tours du World trade center se sont effondrées, et le cimetière du Rabbi dit le Ohel.

– Mais pourquoi tu veux nous emmener dans des cimetières, ou un musée triste ? Je suis sûr qu’il existe des endroits moins morbides à New York, non ? En plus, ça me rappelle le boulot.

(Note de la Davis : par sa fonction, il arrive parfois que mon papa s’occupe des enterrements, des mariages, des bar-mitsva…)

– Oui oui, il y a plein d’autres endroits, je suis dispo tous les jours, sauf mercredi matin, parce que j’anime un atelier énergie positive.

– Pardon ? Mes parents en chœur.

– Je donne une sorte de cours de thora, mixé avec de la psychologie. C’est pour nous libérer de la négativité qui pollue nos vies. Je m’inspire de deux psychologues, et d’un rabbin, je mixe le tout à ma sauce, et ça donne mon cours. Vous savez bien que j’ai toujours voulu être DJette dans une vie intérieure.

Mes parents explosent de rire.

– Qu’est ce qu’il y a de drôle ?

– Toi, tu donnes un cours de Thora-psycho ? Avec des vraies personnes ?

– Bien sûr, avec des vraies personnes !

Et ils se remettent à rire.

– Mais arrêtez enfin ! En plus, je crois qu’elles aiment bien, puisqu’elles reviennent à chaque fois. Ce sont des super filles.

– Ah bah dis nous, qu’elles sont polies tes copines, et qu’elles ne veulent pas te faire de la peine.

– Allez, boude pas, ma fille, on rigole, à demain.

Tout en leur souhaitant bonne nuit, et les entendant pouffer de rire derrière la porte, j’ai un flashback de quinze années en arrière. Une scène très précise, d’un dimanche matin à 6 heures du mat’, où je rentre de boîte les talons à la main, le mascara qui coule, le cheveux qui puent la clope.

Pour ne pas me faire pincer par mes parents, j’avais l’habitude de prendre les escaliers, de peur de croiser mon père, qui prenait l’ascenseur pour se rendre à l’office du matin. Et par grand grand manque de bol ce jour là, qui je croise dans les escaliers pour cause de panne d’ascenseur ?

Mon père.

Of course.

Moment tendu. Il sait d’où je viens, je sais où il va.

Aucun de nous deux n’ose parler le premier. Ce sera lui qui me dira comme dans un film :

– Ce n’est pas grave ma fille, rentre vite te mettre au lit sans faire de bruit.

Euh… non, pardon, ça c’était dans mes rêves. La réalité était un poil plus violente, puisqu’il m’avait hurlé dessus et ne m’avait plus adressé la parole pendant un mois (le marocain, par fierté, peut faire la tête pendant un moment, un très long moment). Le mieux était de se faire microscopique, et attendre que ça se tasse, en préparant des tasses et des tasses de thé. Se tenir comme un carreau, et se faire nonne pour reprendre l’expression, mais juste pour la métaphore, parce que sinon j’aurais eu des problèmes bien plus graves avec mes géniteurs.

Donc je peux comprendre le côté sceptique de mes parents sur le sujet du cours, mais qu’importe, ça fait dix ans que j’ai quitté leur maison pour construire la mienne, et essayer d’évoluer vers des chemins bien battus.

Le mercredi arrive, les copines sont là au garde à vous. Au début, elles sont un peu intimidées, mais très vite, après deux-trois blagues, mes parents arrivent à détendre l’atmosphère. Au début je n’en mène pas large, car par évident de m’exprimer devant l’homme qui m’a appris à lire et à écrire en hébreu. J’ai l’impression de passer mon bac (en fait, non, j’en sais rien parce que je ne l’ai jamais passé, mais ça doit être pareil). Après deux minutes, ma voix est plus stable, plus sure. Ma mère lève son pouce, et c’est parti, je suis en pilote automatique, tout se passe super bien pendant les deux prochaines heures. Après que mes amies soient parties, mon père me dit:

– Eh bien, eh bien, eh bien… Tu nous avais caché ça, ma petite fille. Va nous faire un café, et apporte les croquants pour fêter tout ça !

S’ensuit un débrief de folie, je sens une pointe de fierté en eux, ils sont rassurés que je sois rentrée dans les rangs (encore une expression catho, faut vraiment que j’arrête, moi !)

On kiffe, et ça, pour tout le reste du séjour. Ils me reparleront de « mon truc positif » en pointillé avec cette pellicule de rigolade.

Le séjour prend bientôt fin. Je repousse l’idée qu’ils vont me quitter dans quelques heures, alors pour prolonger le voyage, je leur propose de s’arrêter au Ohel du Rabbi, avant de les déposer à l’aéroport (la fille qui lâche pas l’affaire avec son idée!). Ils me répondent par le seul mot qu’ils ont appris de tout leur séjour aux États-Unis :

– Why not ?

On arrive là-bas, il y a beaucoup de loulous, mais pas que… puisque l’on trouve aussi des gens de tous horizons. Du côté des hommes, certains ont enlevé leurs chaussures, par respect pour l’endroit (??). Je souffle à ma mère que sous aucun prétexte je retire mes cuissardes, j’ai mis 3 heures à faire rentrer mes mollets.

On écrit sur des bouts de papier nos doléances, comme lorsqu’on se retrouve au Kotel, pour les mettre sur la tombe du rabbi et de son beau-père. Nous marchons sur un chemin pour arriver jusqu’à la tombe.

On arrive devant, y a des gens qui prient, qui pleurent, qui jettent leurs propres bouts de papier. Mon père sort son smartphone, et me dit :

– On se fait un petit selfie souvenir ?

– C’est une blague ?

Ma mère se remet du rouge à lèvre.

– Vous charriez là, on ne fait pas de selfie ici, c’est inapproprié, cela ne se fait pas !

– Mais si, c’est sympa, ça te fera du matos pour ton blog, et ton site. Allez !

– Mais non, enfin !

– Oh lalalala ce que tu peut être vieux jeu, pour ton âge. Prends ta mère et moi, au moins.

– Mais non, je ne prends personne en photo !

Et c’est avec ce débat pour ou contre les selfies dans les lieux saints, que je raccompagne mes parents jusqu’au terminal. Le cœur lourd, les yeux humides rien qu’à la perspective de leur dire au revoir, je préfère ne pas m’attarder, et repartir aussi sec avec des petites bises vite-faites.

Ces quelques jours passés en leur compagnie, m’ont permis de comprendre que l’unique but des parents, est de savoir leurs enfants heureux et épanouis dans leur vie. De vérifier si les bases de ton couple et de ta relation avec tes enfants sont solides. Mais surtout, ils n’hésitent pas à te remettre sur les rails, si tu dérailles. Seuls des parents peuvent te guider sans te heurter, car sous mots couverts, et avec pudeur, ils te font comprendre par bien des gestes et des mots, que l’amour est l’unique moteur de votre relation. Cela fait du bien à l’âme, du bien au cœur, et donne de l’énergie pour avancer dans ta vie, alors juste papa, maman, MERCI.

Que la force parentale soit avec vous, mes amis

Vous avez vu le dernier Star Wars ? J’ai adoré, mais il parait que dans le prochain, il va y avoir un couple gay…

Je vous embrasse très fort. À lundi mes choux.

Mes parents à New York

Cohen 14/03/2016 19:39

Wahoo j'adore

Reb 14/03/2016 06:31

Très bien écrit ! On sent a travers ta plume tout l'amour et l'admiration que tu portes à tes parents bravo ...

Junes Davis-Cohen 14/03/2016 21:13

merci Reb

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