Mon chabbat à Brooklyn : mini story d’une manhatannienne évadée de la grosse pomme.

Publié le par Junes Davis-Cohen

Déjà, il a fallu trainer le roi du Maroc hors de son royaume pour un weekend, et ça, c’était pas gagné:

 

– Comment ça, on va passer chabbat à Brooklyn chez ta copine Lyvnat pour assister à la bar mitsva du fils d’Elijah ? (*voir chronique de lundi: Elijah qui fête la bar mitsva de son fils*). Hors de questions que je bouge de chez moi, c’est clair ?

 

Bon bah… je savais d’avance que c’était mal barré, mais je ne pensais pas à ce point là. Heureusement que j’avais une vieille carte joker qui trainait dans mon sac, que j’ai décidé d’utiliser maintenant parce que je voulais vraiment passer le weekend à Brooklyn. Je gardais en tête que si ce n’était pas suffisant, j’allais demander à Elijah d’appeler himself Micka pour le convaincre de bouger. (Comme quand on était petit, et que l’on demandait à sa copine de faire appeler sa mère pour convaincre la notre de nous laisser aller dormir chez elle. C’est le même système, sauf qu’on change de personnage, et qu’on a vingt ans de plus !)

Heureusement, je n’ai pas eu besoin d’avoir recours à ce stratagème, car l’avantage d’avoir des enfants plus grands, (hormis celui d’avoir baby-sitting gratos), c’est qu’ils ont une sacrée tendance à se mêler de tout tout le temps !

Alors quand Ethan est arrivé pour supplier son Roi de père… il a cédé ! Yes ! Il a accepté de laisser son trône vide pour une nuit, et non deux comme je l’aurais voulu (faut pas pousser, l’artiste !):

– Une seule nuit, Junes, on est d’accord ? 

– Mais oui, promis. On partira dès le samedi soir, juste après la sortie des trois étoiles.

– OK, mais imagine que la bouffe ne soit pas bonne ?

– Ma copine m’a dit qu’elle avait pris un traiteur.

– D’accord, mais imagine que les invités soient tous des gros relous ?

– On sera soixante, et comme je bâtis toute ma vie sur de l’optimisme à toute

épreuve, je me dis que sur le lot de gens, y aura au moins une ou deux personnes sympas.

– Possible, mais imagine qu’on m’oblige à me rendre à la syna tout le temps ?

– Ça te fera du crédit pour le jour du grand pardon. C’est bon ?

– Mouais…

Hourra ! Mes petites gens font la fête, et vont directement préparer leurs affaires.

– C’est pas tout…

– Quoi encore ?

– Il y a intérêt a ce que ce que la nourriture soit bonne, sinon je t’entiendrai pour entière responsable !

– Cela va de soi ! Et si Rogue a tué Dumbledore, dans Harry Potter, c’est tout autant de ma faute !

 

Le vendredi, je vérifie une fois de plus les affaires avec cette drôle d’impression de partir en colonie de vacances… et c’est top !

Abigail, la mère du Bar mitsva, qui a toute sa famille à Brooklyn, me conseille vivement de partir avant 15h00, car la circulation entre Manhattan et Brooklyn est pourrie. Le problème, c’est que j’ai tendance à ne pas écouter les conseils (avisés) que l’on me donne, et j’ai préféré attendre mon homme et partir tous ensemble à 17h, pour arriver in extremis à 19h03 à Brooklyn.

Nous voilà arrivés chez Lyvnat (méga, mais méga relige, genre plus, c’est bizarre), qui nous héberge gentiment dans sa maison (hyper jolie !).

À peine on décharge les mini-valises, que le mari de Lyv entraine directement mon homme à la syna et qui grogne :

– Ça commence, allez…

Je sens que je vais prendre cher à la maison !

 

S’ensuit un vendredi soir classique, sauf que ce n’est pas un traiteur que mon amie a pris comme je le croyais, mais une chef cuisinière marocaine, qui répond au doux prénom de Jamila (scoop en fin de chronique).

C’était juste délicieux, et je me suis mise à rêver que j’en avais une comme ça chez moi, qui serait dans ma cuisine en train de me préparer des moufletas (des crêpes) pour le petit dej… que c’est bon de rêver…

 

Pendant tout le repas, il y aura une ribambelle de voisins, qui ne feront qu’entrer et sortir de chez mes hôtes, pour souhaiter chabbat chalom, et accessoirement emprunter de l’eau, du sel, du sucre (ils ne font pas les courses ?). Grosse ambiance, quoi !

 

Mon empereur était ravi, et les enfants aussi, mais ce que je tenais à vous écrire aujourd’hui, ce n’est pas seulement mon expérience de vivre (hormis famille/belle-famille) mon chabbat ailleurs que chez moi, pour atterrir chez des gens extraordinaire de générosité, mais plutôt ce que j’ai vécu le samedi matin:

À Brooklyn, dans le quartier où j'étais, pour aller à la syna de la famille du Bar-Mitsva, il y a une très longue avenue que beaucoup de juifs empruntent tous à la même heure.

Ce qui choque, c’est de voir les ultra-orthodoxes qui se dirigent vers leurs synagogues respectives et les joggeuses juives, qui se croisent et se souhaitent mutuellement:

– Chabbat chalom.

Le contraste entre les deux milieux est assez flagrant et déstabilisant pour une femme comme moi, qui se situe entre ces deux mondes.

D’après ce que Lyvnat m’a expliqué, ces dames qui appartiennent à l’importante communauté des Syriens, qui habitent depuis plusieurs générations à Brooklyn, sont elles-mêmes respectueuses du chabbat, et ont demandé une autorisation spéciale pour continuer à jogger même le samedi matin, pour ne pas interrompre leur entrainement de la semaine.

 

*Note de l’auteur inappropriée et langue de vipère: *

C’est pas pour dire, mais moi je les ai bien observées, les gueuses, et croyez-moi, il n’y avait pas que des minces ! Je ne comprends pas, si elles font du sport tous les jours, samedi compris, elles devraient avoir des corps en béton, non ?

Ma remarque est tellement pertinente et constructive, que je vais aller la jeter directement au vide à ordures le plus proche.

Avec toutes nos excuses pour la gène occasionnée. La direction du Blog de la vie déjantée d’une mère juive a New York City.

 

En somme, j’ai vu deux mondes, le religieux et le moins religieux, qui ne se souciaient pas de savoir ce que chacun faisait, (en même temps, c’est pas compliqué !), ils se souhaitaient mutuellement ce fameux: Chabbat

Chalom, qui contient le mot: Chalom/Paix.

C’est cette paix intérieure, et cette harmonie assez spectaculaire, que j’ai ressenties pendant tout ce trajet, et qui m’ont renforcée dans mes idéaux qu’un monde de paix et de respect, du moins dans notre communauté, est tout simplement possible.

À chacun de revêtir l’habit avec lequel il se sent le mieux, sans regarder l’autre de façon dédaigneuse ou haineuse.

 

C’est pour cette raison que je ne pourrai pas vivre à Brooklyn, car il y a un risque que je ne puisse définitivement plus partir des États-Unis. Je me perdrai à penser que c’est pareil que de vivre en Israël, alors qu’Israël reste Israël, et ne ressemble à aucun pays au monde, puisque c’est le notre. 

Je vous envoie des bisous gonflés d’harmonie. Je vous embrasse, à lundi.

 

Scoop sur Junes Davis:

Mes parents m’ont donné comme deuxième prénom, le même que celui de la cuisinière de Lyvnat. C’est vrai en plus, mais chuuuut, j’assume pas du tout.

 

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Mon chabbat à Brooklyn : mini story d’une manhatannienne évadée de la grosse pomme.
Mon chabbat à Brooklyn : mini story d’une manhatannienne évadée de la grosse pomme.

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