Pouvons-nous être amis avec les américains, ou juste des potes 🇺🇸 ?

Publié le par Junes Davis-Cohen

S’il y a bien une question que l’on m’a posée beaucoup de fois depuis que je suis arrivée à New New, c’est bien celle-là : 

– Junes, depuis le temps que t’es là, est-ce que tu t’es fait des amies américaines ? 

Alors ça, c’est vraiment une bonne question, ce qui me fait penser aussi à tous ceux qui ont fait leur Alya, car on doit leur poser la même. 

Sans vouloir faire la fille asociale, snob, pas sympa, je me suis vite rendue compte que les américaines et nous, les francophones, évoluons dans deux sphères totalement différentes, qui ne se croisent qu’à de rares occasions de la journée :  à la sortie de l’école, au Starbucks du coin, ou encore aux réunions parents/élèves. Il nous arrive de nous saluer, et même de papoter par-ci par-là, mais appelons-nous cela vraiment des amies ? Point du tout, mon chou ! Des copines, à la limite, mais pour la plupart, je les mettrais dans la catégorie de : connaissance régulière !

Déjà, pour plusieurs raisons évidentes : nous n’avons pas du tout les mêmes références culturelles !

– Gad Elmaleh, you know ? 

– Gad Qui ? 

Michkin, le Gad, ça fait six mois qu’il est là avec son spectacle à faire le tour de Manhattan, pour s’entendre dire : Gad who ?

Vas y Gadou, on est tous avec toi ! Lâche rien ! 

Ou quand l’américaine de base te demande d’un ton surexcité :

– T’as prévu quoi pour Thanksgiving ? 

– Aucune idée, c’est dans une semaine, j’ai le temps. 

– T’es folle ! Moi, ça fait six mois que j’ai déjà tout prévu. 

– Ah ! 

Ne parlons même pas de l’humour, qui n’a rien à voir ! Et croyez-moi sur parole, ou plutôt sur chronique, c’est pas faute d’avoir essayé deux cent fois de les traduire, et à chaque fois, je dois leur expliquer pendant trois heures la blague, qui n’était en réalité qu’une simple blagounette. 

Mais le moment où tu ne peux plus te défiler, et où tu te dois de faire vraiment des efforts sociaux avec ces gueuses en leggings/ baskets/ casquette, c’est lorsque les enfants veulent se voir pour jouer chez toi. Et là, deux options s’offrent à nous :

1) le drop-off : tu déposes ton enfant, et tu reviens le chercher deux heures après. Papotage très limité, et efficace !  

Ou :

 le 2) Le stay : tu restes avec ton enfant pendant toute la durée de la playdate, pour être sûre que ça va bien se passer.

Perso, je vois pas l’intérêt de rester avec ton kid, pour le regarder jouer, à part si la maman est une bonne amie à toi, alors là, c’est différent, j’appelle ça : le coup double ! 

Donc, c’est tout naturellement que pendant les vacances, j’invite les amis de mes enfants à jouer. Je combine tout à la même heure, comme ça il n’y a pas de jaloux, car chez les Davis c’est : pas trop de liberté, beaucoup d’égalité, et autant que possible, de la fraternité ! Me voilà à gérer six enfants à la fois, mais pas que…

Je me suis mise d’accord avec deux mamans, pour qu’elles me déposent leur mouflets et mouflettes respectifs, la troisième est un peu en retard, ce qui me laisse le temps de finir ma pâte à crêpes. Entre temps je reçois un sms de sa part qui va chambouler mon programme : Lorel me demande si je veux boire un truc, parce qu’elle est au Starbucks, et veut me ramener une boisson chaude. Trop sympa cette maman, je sens que l’on va bien s’entendre ! 

Dix minutes plus tard, elle sonne à ma porte avec sa petite poupée, et nous sommes six personnes à l’accueillir, dont trois de mes gosses. Innocemment, Lorel me demande s’ils sont tous à moi (really ? Même le roux à lunettes ? Come on !). 

On commence à s’échanger des infos de base. On boit nos boissons, elle me raconte un peu sa vie avec une fluidité de folie, et j’en déduis qu’elle va … rester !

Tiens, c’est sympa, peut-être que j’ai trouvé enfin une nouvelle étoile amicale ? Qui sait, ce serait formidable. Mon jukebox de chansons se met direct en marche comme à chaque fois que je fais connaissance avec quelqu’un, et j’entends le refrain :  « un roman d’amitié qui commence entre nous deux » de Elsa. Plus on discute, plus je suis ravie, ça change de clip dans ma tête, vient la chanson  «  Je suis ton meilleur ami » avec le génie de la lampe d’Aladdin, mais le problème, c’est que ça bifurque directement sur « Ce rêve bleu » de Daniel Lévi et Karine Costa, hymne officiel des chalalas de Paris, année 92 ! Alors je me rebranche vite sur la question qu’elle me pose : 

– Et sinon tu viens d’où ?

– Paris ! 

– Ah nice. C’est où Paris ? 

– En France, ma jolie !

– C’est où la France ? 

– .....En Europe. 

– Je connais, une fois j’ai du faire escale en Pologne ! 

– … OK. 

Mais va savoir pourquoi, j’ai besoin de lui dire qu’avant de venir à New York, j’ai vécu six ans à Genève. 

- Junes, on t’a déjà dit cent fois, que t’étais pas obligée de raconter TOUTE ta vie d’un coup, tu peux aussi laisser un peu de mystère, ça va pas te tuer ! En plus, tu vois bien que la meuf, elle s’en sort pas question géo, t’es dûre, quand même ! 

– Eh oh ! À sa décharge, est-ce que je connais les cinquante États des États-Unis d’Amérique, moi ? Non, alors on laisse la chance au produit amical, et n’oublie pas qu’elle m’a ramené à boire. 

– Toi et tes maudits Starbucks, tu m’énerves ! 

En fond sonore dans ma tête, je sais pas pourquoi, d’un coup, j’ai la chanson de Richard Cocciante qui s’enclenche : « J’ai attrapé un coup de soleil » n’importe quoi, c’est n’importe quoi ! Pour couvrir cette chanson qui ne veut rien dire, je commence à lui raconter mon expérience genevoise (des fois je me soûle moi-même à répéter les mêmes choses, encore et encore). Elle m’arrête avec sa main, tout en sirotant son iced coffee à la paille, et me dit : 

– Wait, wait, first, where is Geneva ? /Attends, attends, d’abord, c’est où Genève? 

– En Suisse. In Switzerland, you know. 

– C’est où la Suisse ? Jamais entendu parler.  

– Pas de panique, ça doit être mon accent, désolée ! 

Je répète quatre fois de suite le mot, avec des accents de plus en plus bizarres, et elle me dit toujours, le regard vide :

– Non, je te jure, je n’en ai jamais entendu parler !

Je lui dis que ce n’est impossible, c’est sûr qu’elle connait, y a pas moyen ! Je me mets à lui balancer des mots clés comme si on jouait à Pictionnary, mais elle me répond à chaque fois : 

– I have no idea What country are you taking about ? Je n’en ai aucune idée. De quel pays tu parles ? Toujours avec sa paille  en bouche. Pleine d’énergie, je lui dis en rafale : 

– Seconde guerre mondiale ! 

– No

– Spoliation ! 

– No !

– Secret bancaire !

– Nothing! 

– Drapeau blanc ! 

– No idea. 

Rien, aucun mot ne lui évoque le moindre indice sur le pays où j’ai résidé pensant six longues années. Je balance comme si ma vie en dépendait, en folle que je suis, les mots : chocolat/montre/luxe… pour faire ressortir le jus de culture générale que cette américaine a en elle. Je sais que c’est quelque part dans son cerveau, y a plus qu’à le faire remonter à la surface ! C’est évident qu’elle a déjà entendu parler de la SUISSE ! C’EST SUR ! Y A PAS MOYEN !

Junes calme-toi ! Il y a ta crêpe qui brûle à force de regarder sur google translate tous les mots compliqués ! Et fais gaffe à ton portable aussi, ce serait dommage d’y foutre le feu, ça coûte cher ! 

Mais pourquoi je prends la tête à cette pauvre femme, qui est venue déposer sa fille pour une playdate. Ça doit être de la voir avec sa paille et son iced coffee qui m’énerve ! Après quinze minutes sur le sujet, et quinze crêpes plus tard, (une minute par crêpe, joli score !) l’américaine me demande : 

– Et sinon, tes enfants, à quelle heure tu les couches ? 

– Ils sont réglés comme des horloges SUISSES : 8h30 ! 

– Ah d’accord. Et sinon, tu vas voter qui, Trump ou Hillary ?

– Je ne peux pas voter, je ne suis pas encore citizen.

Il va falloir que je reste zen si je veux me faire des vraies amies dans ce pays. Ne me sentant pas vaincue pour autant (la fille qui lâche pas !), je tente une blague sur la guerre de sécession entre le nord et le sud, si jamais c’est TRUMP qui gagne, et que ce serait dommage de vivre une guerre civile ! 

Elle rigole, et me demande comment je connais tout ça. 

– Bah....je connais quoi ! 

Et c’est là que je me dis comme une évidence, que nous, en tant que français, nous avons étés bercés par la culture américaine, mais eux, pas du tout. Prenons exemple sur les jeux olympiques à la télé, les américains ne montrent que les performances des sportifs américains ! Alors, j’ai eu une révélation pendant que le génie de la lampe repartait dans sa lampe justement. J’ai compris que l’américain aime l’américain ! Il connait l’histoire de son pays, et c’est déjà pas mal, car le reste, il s’en tape !

Donc à la question de savoir si on peut être ami avec des américains, de toute évidence sûrement, car je me suis fait des tas d’amies francophones ici, mais je pense qu’au-delà des frontières (Suisse) culturelles, lorsque l’on trouve un ami, c’est quand on a la sensation que la folie de l’autre nous parait tout à fait normale, et ce n’est pas évident à trouver dans un pays étranger (ou pas !). Alors, si un jour j’ai l’opportunité de croiser une potentielle amie américaine, je saurai que je peux partager bien plus qu’un iced coffee avec elle !

Je vous embrasse fort mes chéris ! 

Ps : J'en profite pour vous écrire que j'ai finis mon tome 2, il est en correction !!! Youhouuuuuu !!!

xoxo Juju D. 

Pouvons-nous être amis avec les américains, ou juste des potes �� ?
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Pouvons-nous être amis avec les américains, ou juste des potes �� ?

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