Pyjamas party

  • Junes Davis-Cohen

Début octobre, je regardais mon calendrier de mère juive qui est en permanence collé sur mon frigidaire et oooooh dans huit jours c’est l’anniv de mon fils.

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir organiser à mon petit bonhomme cette année, qui n’est plus si petit que ça, puisqu’il va bientôt me dépasser par sa taille.

En même temps, il vaudrait mieux pour lui, soyons honnêtes, le challenge n’est pas bien haut à la base ! Heureusement qu’il tient tout de son père.

Rien qu’à l’idée d’organiser un anniversaire chez « Dave and buster » (le temple des jeux vidéo où il te faut trois jours et trois nuits pour t’en remettre, avec quatre cachets d’aspirine toutes les six heures, non merci, je passe !), pas la moindre goutte mentale pour le faire !

Voyons voir… si je lui organisais une pyjama party ? Mais oui, je suis sûre qu’il va adorer mon idée, c’est évident ! En plus, j’en rêvais lorsque j’étais petite ! Quelques heures plus tard, je m’assois près d’Ethan, je lui arrache MON ordi des mains pour l’informer que j’avais eu une idée lumineuse pour sa fête, et que j’aimerais lui en faire part.

– Ça fait plaisir que tu me demandes mon opinion !

– Alors, je propose que l’on invite tous tes copains après l’école. Vous ferez vos devoirs tchic-tchac. Vous vous mettrez en pyjama, et on choisira ensemble un film. Je vous ferai des popcorn et ....

– Maman ?

– Oui ?

– NOUS NE FERONS PAS DE PYJAMA PARTY ! Tu crois que je ne me souviens pas que l’année dernière, tu avais déjà essayé de mettre ton truc en place ? Je ne suis pas une fille !

– Oh lala, pas la peine de t’énerver, petit, moi qui suis ta mère et qui me mets en quinze pour te faire plaisir, c’est comme ça que tu me traites ? À ton âge, ma mère m’aurait collé deux droites et en plus…

Trop tard pour la culpabilité de mère juive, il a déjà remis ses écouteurs !

Le jour venu, me voilà à chercher 9 garçons de 9 ans dont 8 américains déchaînés et heureux d’avoir ce qu’ils appellent « une sleepover » (genre on dort toute la nuit !).

Dès que nous passons le pas de ma porte, ils font valdinguer leurs shoes, ainsi que leurs cartables, et se ruent sur les différents ordis de la maison, me demandant en hurlant les codes d’accès d’internet, et je me sens complètement dépassée ! Mes fifilles sont folles d’excitation de voir plein de grands frères potentiels, surtout un: Max, qui n’arrête pas de jouer avec fifille 1 en confiant à mon fils :

– Dis donc, elle est vachement mignonne ta petite sœur !

– Oui, je sais, mais si tu dis encore qu’elle est mignonne, je te sors mon épée Star Wars. Je testerai sur toi le laser rouge pour vérifier s’il est aussi puissant que dans la pub. J’espère que oui !

Je les supervise de temps en temps et les appelle pour l’heure du repas. Mais pour seule question devant ma table remplie de pâtes, de légumes et de poulet, j’aurai ça :

– Elle est où la birthday pizza ?

Oh non, pas la birthday pizza, pitié ! À tous les anniversaires, j’écris bien, tous les anniversaires auxquels j’ai assisté depuis que j’habite aux États-Unis, il y a toujours la birthday pizza. En France ou en Israël, jamais tu n’y penserais, mais ici, c’est le monument culinaire par excellence des annivs !

– Non désolée, j’ai fait autre chose.

Mais hélas, sous la pression de leurs regards, je commande en vitesse douze pizzas pour rectifier mon erreur !

Vient le moment du gâteau d’anniv’ où naïvement je commence à chanter :

« happy birthday to you, happy birthday to you… »

Ethan me dit:

– Chut ! Ça va pas ? Ne prononce pas le mot birthday cake parce que c’est pour les loseurs.

– Ah bon? Mais c’est pas ton anniv ?

– Si, mais à mon âge, tu dis juste on passe au dessert !

– Euh... OK.

Après le repas, je suis agréablement étonnée de voir tous les petits gars débarrasser la table en un clin d’œil. Polis les petits.

On peut peut-être les engager tous les jours ?

Non, je crois pas voix off, je crois pas !

À un moment, il y a l’un d’eux, Oren, qui fait tomber une assiette. La pauvre se casse en mille morceaux, mais un autre copain Guilad arrive tel un chef de l’armée israélienne, pour diriger les opérations avec le ton de celui qui en a vu d’autres :

– Personne ne bouge. Personne ne marche pieds nus, que tout le monde enfile ses chaussettes, Madame, il me faut....

– Junes.

– Madame, allez me chercher l’aspi, je contrôle le périmètre.

– À vos ordres mon adjudant, mais tu peux aussi te détendre, si tu veux ?

– Non madame, un bout de verre dans le pied n’est jamais agréable. Je m’occupe de tout !

Je ne savais pas si je devais rire face au sérieux de Guilad, mais dans ma tête je le voyais bien faire une carrière dans les Marines avec le costume et tout le tralala !

OUHOU reste avec nous Junes.

Donc pour les remercier, je leur propose d’aller dans ma chambre, et de passer le film préféré de mon fils, son best friend crie :

– C’EST STAR WARS, NON ?

– Oui.

– YEHHHHH !

– Oui, mais pourquoi tu cries ! demande mon fils.

– JE SAIS PAS J’ADORE CRIER !

Je les installe sur mon lit. Je mets le film en marche. Et au bout d’une demi-heure, je leur propose de se mettre en pyjama. Tout mon petit monde me dit:

– Oui, bonne idée !

Trentes minutes plus tard je demande si quelqu’un veut du popcorn. J’ai cinq « why not ? Mais avec du beurre qui coule et avec beaucoup de gros sel » (OK, je t’apporte ça, mais avant, je vais vomir)

Je me faufile devant le lit, prends des photos des mouflets, tous affalés les uns sur les autres. J’ai l’impression d’être une paparazzi, en leur disant : « allez souriez, toi au fond à droite, change de tête, c’est pour ta mère faut qu’elle croit que tu t’amuses. »

– Mais je m’amuse.

– Alors prouve le ! Fais-moi un beau sourire ! C’est mieux ! Voilà, comme ça !

Et hop j’envois les clichés au mères juives qui m’avaient demandé des preuves photographiques que leur progéniture allait bien !

C’est vrai, nous sommes toutes pareilles, dès que nos enfants ne sont pas à la maison, c’est le vide intergalactique. Nos enfants nous manquent cruellement même si ça n’empêche pas de leur crier dessus quand ils sont la !

(Non, moi je ne crie pas, je suis blonde, calme, zen et détendue. Eh bien, moi, je suis brune avec des mèches ombrés, pas détendue, et je crie, donc tu me sors d’ici !)

Plus le film avance et plus ils s’endorment comme des mouches, les uns après les autres, sauf Max qui me demande si fifille 1 fait dodo :

– Oui, pourquoi ?

– Je voulais la voir une dernière fois pour lui dire bonne nuit ! (C’est beau l’amour !)

– Tu la verras demain, au petit dej’.

– Ah oui, chouette, j’ai trop de chance !

Je ne raconterai sous aucun prétexte cette conversation à mon homme, parce que comme mon fils, l’homme souffre de la maladie du tigre*, mais seulement concernant ses filles ! Moi, ça fait belle lurette que je suis aux oubliettes ! Plus tard, lorsque mon mari rentre à la maison, et qu'il n’entend aucun bruit dans la maison, il me demande, juste pour être sûr, si je n’ai pas mis des cachets dans les verres des enfants.

– Mais, non ça va pas, t’es malade ? C’est ça, la classe, j’ai tout géré toute seule, comme une chef !

– Alors bravo, je vais me changer !

– NON, ne va pas dans notre chambre, je l'ai réquisitionnée. Tu poses tes affaires dans le salon please et tu te changes ici !

– Mouais, t’as vachement bien géré, je vois ça !

Je ne vous raconterai même pas la nuit où j’ai entendu Micka marmonner en une langue étrangère que plus jamais il ne me confierait seule la tache d’une « sleepover » puisque nous nous sommes retrouvés à dormir à deux dans le lit une place de notre fils et croyez moi, ça n’a rien de romantique !

Le lendemain, après un embouteillage monstrueux des salles de bains, de tête hagardes de sommeil, j’accompagne tout le monde à l’école au pas de course. Comme ultime récompense, j’ai le droit à 18 bisous, quand même, c’est pas rien.

Ethan reviendra de l'école pour me dire que ses copains ont dit que c’était la plus cool des birthday party !

– Oui, enfin une pyjama party.

– Non, birthday party !

– Pyjama party !

Bref, le plus important, c’est que nos rêves d’enfant ne soient pas morts, et qu’ils peuvent toujours se réaliser même en étant adulte, il suffit de se les avouer et de les négocier !

Et de consulter un professionnel aussi, Davis, ça te fera pas de mal.

Alors je vous embrasse et vous dis à lundi mes amis !

*La maladie du tigre est une maladie qui est bien plus violente que la jalousie car elle se transmet de père en fils, de génération en génération, en leur affirmant que pour prouver son amour à quelqu’un il suffit de rugir face à un potentiel danger amoureux masculin. Chose que je m’efforce de rectifier, pour le bien-être de ma futur belle-fille (qu’elle crève celle-là! )

A demain mes amis.

Pyjamas party
Pyjamas party
Pyjamas party

Alexandra 25/01/2016 18:11

Juste pour rigoler au " qu'elle crève celle là". Le jour où ma mère a compris que mon frère allait avoir une " elle " . Elle a pleuré ! Et le meilleur ? Elle me dit d'un ton triste "Son bébé ça sera pas le mien alors que le tien oui .. "J'ai pas peur je sais juste que j'aurais une nounou

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