Quand ton mari fait de toi sa reine du Maroc (alors que c’était pas gagné !)

Pas plus tard que la semaine dernière, j’en avais ras-la perruque de préparer à diner tous les soirs ! Oui, parce qu’il faut savoir que c’est toujours la même histoire : je me galère à préparer des bons petits plats pendant des heures pour ma famille, et personne n’apprécie vraiment à sa juste valeur les efforts que je fais au quotidien ! Pire ! Pas un jour ne se passe sans que mon Roi du Maroc ne me fasse une petite réflexion sur ce que je lui sers ! Et vu le niveau d’exigence de mon homme, je me dis souvent que le terme Empereur lui convient bien mieux !

 

Mais attention, en aucun cas, je ne revendique être un cordon bleu ou un chef cuistot étoilé. Non, non, non, loin de là, mais quand même, une pincée de compliment, un soupçon de gentillesse, une cuillère à café d’encouragement, ça ne ferait pas de mal au système, ni à moi !

En plus, mon Maître vénéré de mari, qui m’énerve souvent, savait en toute connaissance de cause lorsqu’il m’a épousé, que je n’avais ni passé mon CAP cuisine, ni celui de pâtisserie ! Hou la la, j’étais au walouland de la bouffe, et comme tout le monde, j’ai dû apprendre sur le tas, et sur le tard, à me faire cuire un œuf au plat, si je voulais le manger ! Et croyez-moi, j’en ai bavé (des œufs) pour arriver à un repas digne de ce nom !

On pourrait croire qu’après douze ans de pratique et de mariage, le Davis pourrait franchement saluer mes progrès, mais que nenni, car lui et mes gens sont devenus exigeants avec le temps. Et si par malheur, il m’arrive de faire trop souvent le même plat, mon D., c’est la crise assurée !

D’ailleurs, il n’est pas rare que les jours de panne sèche d’idées, je me précipite sur les blogs : d’Hervé Cuisine (très sympa), Piroulie (la base !), Marmiton (pas mal, surtout pour les tartes), et bien sûr, l’incontournable : Partageons nos recettes de Vanessa Fedida, où je salive souvent devant les photos.

Donc, non seulement je me prends la tête à élaborer des menus variés, mais en plus, je n’ai aucune garantie que je vais arriver à satisfaire tout le monde au même diner ! J’ai prévenu ma mère à ce sujet qu’il est hors de question que je fasse comme ma grand-mère (paix à son âme), qui avait D. bénisse neuf enfants, et qui faisait… neuf plats ! Non mais oh, j’ai pas que ça à faire, moi !

Du coup, avec mon plat unique, tu en auras toujours un (en général, un masculin), qui te dira, le visage déformé par une grimace de dégoût :

– Comment ça, t’as fait des haricots verts avec du veau ? Mais, j’aime pas moi, les haricots verts avec du veau ! Manquerait plus que tu nous fasses des brocolis !

Mon premier réflexe (surtout au petit gueux) serait de leur dire :

– Je t’en foutrai moi, des brocolis, tu vas voir ! Tu vas me faire le plaisir de manger, me remercier, et m’aider à débarrasser, compris ?

Mais après réflexion, je préfère prendre ma (fausse) voix de mère guimauve sucrée, qui lui dit tendrement (hypocritement) :

– Ho la la, mon petit chou, je suis tellement désolée que tu n’aimes pas trop les haricots verts, mais c’est important de manger des légumes de temps en temps, pour ta croissance. Et puis les pizzas et les pâtes, ce n’est pas très sain tous les jours. Pense à tous ces enfants qui n’ont rien à manger, les pauvres… eh, mon grand, houhou, tu m’écoutes ? Bon je laisse tomber, il est passé à autre chose.

 

Alors quand mardi dernier, après un diner particulièrement difficile avec mes enfants, mon mari en a remis une sauce, j’ai craqué.

Pourtant, la soirée avait bien commencée, je lui avais fais le full package Roi du Maroc (accueil en trompette + défilé de bonsoirs et de bisous + repas prêt et chaud qui n’attendait que d’être servi), et il a fallu un grain de sel de réflexions pour que ça gicle de partout comme de la friture !

Comme d’habitude, l’Empereur s’est mis à table, a scruté mon plat, l’a goûté, et avec ses lèvres pincées, voilà qu’il a énuméré comme d’hab’ les points faibles de mon repas, et il a commencé :

– C’est du veau ? Ah oui, c’est bien du veau, c’est dommage, je n’aime pas trop ca ! Attends… ne me dis pas que tu as réchauffé ma viande au micro-ondes (sait-il au moins le faire marcher ?)! Oh non, c’est pas vrai, Junes ! Combien de fois dois-je te répéter, que ma viande doit directement arriver de la poêle à mon assiette ? Je ne veux pas que tu fasses usage du micro-ondes, parce […] c’est clair ?

Les trois quarts du temps, ça rentre d’une oreille, et ça sort de l’autre, mais ce soir-là, ma patience s’était tirée à Saint-Tropez pour prendre un bain de soleil, alors je lui ai répondu assez exaspérée :

– T’aimes pas, c’est ça ? T’es pas content ? Eh bien tant pis pour toi ! T’es pire que les gosses, ma parole ! T’as vraiment aucune reconnaissance, c’est fou ça !

– Oh oh oh, calme-toi Germaine, je rentre du boulot, là ! Et arrête de te vexer pour rien, j’ai juste fait des suggestions !

– NE M’APELLE PAS GERMAINE !

– JE T’APPELLE COMME JE VEUX !

S’ensuivent cris, scandale et hurlements sans fin sur la faim, pour m’entendre hurler :

– Si c’est comme ça je ne fais plus rien !

– Ah non, mais tu ne peux pas !

– Comment ça, je peux pas ?

 

Il m’explique farouchement que c’est un minimum syndical que la conjointe prépare à manger pour son conjoint, surtout que LUI, travaille !

Je lui rétorque que c’est aussi un minimum syndical d’apprécier la bouffe que la conne-jointe en question lui sert, quand elle a mis une heure de sa vie à tout préparer !

Ceci entrainant cela, il y a eu ce soir-là, une belle et flamboyante dispute conjugale ! Et pour conclure nos cinglants échanges, je lui ai dit que c’était dommage qu’il n’y ait plus de place publique pour punir les ingrats dans son genre, et que j’avais décidé de façon inédite de faire la grève ! Voilà ! Après tout, tous les traiteurs et restaurateurs du coin ne sont pas morts !

 

En revanche, je n’aurais pas pu choisir un plus mauvais timing pour bouder, car le lendemain, je devais animer une soirée féminine pour présenter mon tome 2, et je m’étais engagée à ramener le buffet ! (Parfois, je me mets dans des galères moi). Mon mari était censé m’aider à porter et à décharger, mais je me suis dis : « Tant pis, je vais me débrouiller seule ! »

Comme prévu, le jour suivant, je commande à manger pour les enfants qui sont au final tous contents ! Vers six heures, je les laisse à la baby, et tel un chameau en manque d’eau, j’arrive dans le lobby, et qui je trouve ? Le Davis qui m’attend (malgré notre dispute, il n’a pas oublié sa promesse, classe !) ! Il me regarde, et me dit :

– Allez, donne-moi tous tes sacs, Germaine (il m’appelle Germaine encore une fois, je jure que *&^% )… mais je te préviens, je suis toujours fâché contre toi. Ton comportement hystérique de la veille est inadmissible !

– Attends, moi hystérique ?

Et c’est reparti !

L’ambiance est glaciale dans la voiture. On arrive à l’endroit, mon mari m’aide, et avant de repartir, il me demande si je veux qu’il vienne me chercher. Je lui dis :

– Non merci, je prendrai un uber !

Et il démarre sans un au revoir !

Le cœur lourd, je me plonge dans ma soirée, et n’y pense plus. Vers 23h, je découvre étonnée que j’ai un texto de Micka qui m’indique qu’il m’attend dehors.

Sérieux ? Il est vraiment venu me chercher, ça mérite que j’arrête de bouder ! Je monte dans la voiture, et pour faire la paix, je lui propose d’aller manger un bout, parce qu’avec tout ça, je n’ai pas trouvé une seconde pour avaler quoi que ce soit, mais il rejette ma proposition d’un ton sec :

– Non, on rentre ! J’ai prévu un autre programme pour toi qui t’attend à la maison ! Tu ne mérites rien d’autre !

Paf, dans mes dents ! Bonjour l’ambiance ! Et on rentre. Tout le monde dort (exploit inouï), la baby s’en va, et je vois sur la table : un couvert posé pour une seule personne.

Je regarde celui qui est bien plus que mon chauffeur, et il me dit :

– Assieds-toi, je reviens.

 

Je m’assois sans broncher (pour une fois), et je vois Micka qui se dirige vers la cuisine. Je l’entends faire marcher le micro-onde (alors, il sait l’utiliser, finalement !) et quand il réapparait tel le magicien d’Oz, il me tend une assiette de couscous… pour moi !

C’est du jamais vu, car jamais, mais jamais, il ne m’a amené un truc (sauf quand je suis limite à l’agonie), et il me sort :

– Quand je t’ai laissée tout à l’heure, le gps m’a indiqué que je passais devant le restau que tu aimes bien (alors que aucun rapport, il était pas du tout dans le coin. Il a fait grave des détours !), et comme je sais que tu prends toujours le couscous quand on y est… Enfin bref, vas-y, mange tant que c’est chaud, et raconte-moi comment ta soirée s’est passée!

– Attends, t’es sérieux là ? Tu veux vraiment que je te raconte ma soirée de filles ?

– Bah oui, Germaine… je rigole, je rigole… On se détend Junes ! Je voulais te dire que c’est ma façon de te remercier pour tout ce que tu fais pour les enfants et moi au quotidien, sache qu’on apprécie grave !

Eh bien voilà, c’était pas compliqué à dire quand même… mais… attendez, c’est quoi ce délire ? Mon D., mais quelle est donc cette sensation de folie chaque fois que j’avale une bouchée ?

C’est bien mieux que s’il m’avait acheté tous les bijoux de la 47ème rue, que s’il m’avait offert une paire de Louboutin, que de prendre le thé avec Beyoncé, serrer la main de Trump et lui dire qu’il arrête les U.V. et de se teindre les cheveux (si c’était que ça !), rencontrer William et Kate et devenir meilleurs amis, secouer François Hollande, gifler les Le Pen père, fille et nièce, sauter à l’élastique, voyager en tapis volant, prendre Bibi dans ses bras, partir en vacances avec David Guetta, danser sur le dance floor de son salon, et enfin encore mieux que si je devais être la partenaire de tango de feu Patrick Swayze !

Parce que je me rends compte par ce geste, que ce que je considérais comme une corvée, pas plus tard qu’il y a une heure, n’est en réalité qu’une forme d’amour, car quand on prépare un repas pour sa famille, on leur donne le sentiment d’être aimé, choyé, dorloté, adoré, estimé et attendu…

Alors quand viendront les soirs, où les plaintes fuseront de toute part, et que j’en aurai ma claque, à défaut de pouvoir les claquer, je repenserai à cette nuit là où je n’avais plus de raisons de bouder, car mon Roi du Maroc avait fait de moi sa Reine. Mais c’est pas pour autant que je vais me mettre à faire cinq plats pour cinq personnes, même pas en rêve !

Énorme bisou les chouchous. À mercredi, mes chéris.

 

P.S. : Juste pour vous dire que mon tome 2 sort dans un mois, et que le compte à rebours va commencer ! Youhouuu !

P.S. nouveauté : Junes Davis ouvre le courrier du cœur où vous pourrez m’écrire sur tout ce qui vous tracasse, sur cherejunes@gmail.com. Je suis à votre disposition pour être votre amie virtuelle, c’est cent pour cent confidentiel. Allez-y, balancez-moi tous vos petits et grands tracas, je suis là pour vous. Gros bisous.

Quand ton mari fait de toi sa reine du Maroc (alors que c’était pas gagné !)
Quand ton mari fait de toi sa reine du Maroc (alors que c’était pas gagné !)
Quand ton mari fait de toi sa reine du Maroc (alors que c’était pas gagné !)

Angeline 02/03/2017 14:09

très beau blog sur la littérature. j'aime venir me promener ici

Junes Davis-Cohen 06/03/2017 17:09

merci Angeline

Myriam 27/02/2017 08:08

J ai adore Y a beaucoup d amour entre les lignes

Hamou michele 27/02/2017 07:55

Merci pour ce joli texte je n avais pas envie que ca se termine j ai bu mon cafe tout en lisant ce que vous avez ecrit bravo et encore bravo
C exactement la vrai vie
Les enfants et le mari ne sont pas reconnaissants quelquefois
Mais a la fin votre mari a assure grave
A quand le prochain episode pour que je delecte le matin

Aurel 27/02/2017 07:03

Super article, drôle et émouvant. Votre mari est un très gentil mari, je vous souhaite encore des décennies de bonheur.

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