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2 articles avec deborah malka-cohen

Les pires choses que j’ai fait subir à mes parents pendant mon adolescence « difficile » !

Publié le par Junes Davis-Cohen

Qui n’a jamais fait subir à ses parents des situations totalement folles ? C’est pas moi qui dirais le contraire, je leur en ai fait voir tellement que même les couleurs de l’arc-en-ciel ne suffisent pas. Limite si je devais en faire une toile, Picasso en serait vert de jalousie avec tous mes mélanges ! Si maintenant, il m’arrive de rire encore en repensant à certaines situations, mes parents, eux... toujours pas ! Et c’est tout de suite que je vous livre la première séquence : 

 

J’ai seize ans, c’est les vacances, et je dois retrouver mes copines à Eilat. Malgré la chaleur d’Israël, mes parents ne sont pas très chauds pour me laisser ces quelques jours de liberté totale. Cela n’est pas convenable pour une fille, et encore moins pour une fille de Rabbin. Mais qu’importe, je ne pense à rien d’autre, à part m’amuser ! Je décide de partir très tôt le matin, en catimini quand tout le monde dort, pour ne pas devoir me justifier et batailler encore fois avec eux. Sur le départ, mon père me grille, et m’empoigne le bras en me disant : 

– Rendez vous à Jérusalem dans cinq jours. J’ai un séminaire de Rabbins là-bas, tu nous rejoins, compris ? 

– Compris. 

– Et s’il te plait ma fille, pour une fois, tu t’habilles convenablement ! 

– Mais oui, t’en fais pas ! 

– Si si, je m’en fais, et fais attention à toi ! 

 

Deux jours plus tard, je suis au Royal Garden, je partage ma chambre avec mes amies. L’une d’elle est coiffeuse. Elle déclare avec un éclair de génie dans les yeux, que je devrais me faire une couleur plus claire « ça irait super bien avec tes yeux ». Ayant une très (trop) forte dose de confiance envers elle, je lui demande si elle pourrait elle-même me la faire maintenant : 

– Bien sûuuuuuuuuur ! 

 

Pendant qu’elle m’applique la pâte violette qui sent le souffre, D. merci, je n’en souffre pas. Ma copine a juste oublié de me préciser que devant son métier de « coiffeuse », le mot « apprenti » est passé à la trappe. Et c’est limite en attrapant une crise cardiaque, qu’une heure plus tard, je découvre en hurlant que mes cheveux ont pris une jolie teinte orange. Ni châtain clair, ni auburn, mais orange ! 

Avec mon visage cramé par le bronzage cela fait effectivement ressortir plein de sons chez les autres, mais certainement pas mes yeux. À part si je compte les fois où sur mon passage, certains sont sortis de leur orbite ! 

Le jour J, comme Jérusalem, je fais très attention à ma tenue, comme mon papa me l’a demandé. Je me galère sept heures de bus, et me dépêche d’arriver à l’heure à notre point de rendez-vous, en oubliant complètement cette histoire de couleur. 

J’arrive enfin, et de loin, je repère mes parents, et leur fais des grands signes sauf que… plus j’avance vers eux, plus je vois la bouche de ma mère s’agrandir de stupeur, à se mettre carrément la main devant la bouche ! Mon père, qui d’abord cligne des yeux plusieurs fois d’affilée, a exactement la même expression horrifiée que ma mère, à part qu’il lui donne de grands coups de coude, et qu’il pointe son doigt droit vers moi. Même si je ne suis pas ventriloque, je peux lire sur ses lèvres : 

– Dis-moi que je rêve. Pince-moi ! Vas y, pince-moi je te dis ! Tu as vu ta fille ! Tu as vu ta fille ! Tu as vu…

J’arrive enfin à leur hauteur en ayant également oublié (c’est le soleil d’Eilat qui m’a tapé trop fort sur la tête) que de près, je ressemble à une tomate farcie tellement : 

 

J’ai attrapé un coup de soleil

Un coup d’amour 

Un coup d’je t'aime

J’sais pas comment 

Faut qu’j’me rappelle

Si c’est un rêve, t’es super belle

J’dors plus la nuit

J’fais des voyages

Sur des bateaux qui font naufrage

 

(Richard, sors de ma tête. On est au Kotel euhhhh !). Sous le choc, mes parents ne prononcent toujours aucun mot, alors c’est moi qui décide de rompre le silence : 

– Alors, ça baigne les vieux ? 

Mince, j’aurais pas du dire ça. Mon père devient aussi rouge que moi, mais pas par l’abus de soleil : 

– SI ÇA BAIGNE ? TU NOUS DEMANDES SI ÇA BAIGNE ? C’EST QUOI CETTE COULEUR ? POURQUOI ORANGE ? 

– C’est ma copine qui s’est plantée sur le numéro de couleur. 

– EST-CE QUE TU TE RENDS COMPTE, QU’À TROIS MÊTRES, IL Y A TOUS MES COLLÈGUES RABBINS, QUE TU VAS ÊTRE LA RISÉE DE TOUS ! 

– T’es jamais content ! Déjà que j’ai fait l’effort de mettre une jupe longue jusqu’au par terre, et que par ta faute, je vais probablement mourir de sècheresse interne, vous allez pas me saouler ! 

– Ma fille, c’est moi qui vais bientôt être interné par ta faute ! Tu nous rends fous avec ta mère ! 

– Si c’est pour être aussi désagréable, je n’aurais jamais dû vous rejoindre, et puis d’abord, tes collègues je les... etc.

 

Passée la honte de leur vie (je ne trouve toujours pas ça si grave, mais bon…), ils m’ont gentiment donné les sous pour que j’aille refaire ma couleur chez le coiffeur le plus proche. Vous saviez vous, qu’à cinq minutes à pied du Kotel, il existe de super coiffeurs ? N’empêche, avant cette histoire, j’en savais rien. 

 

Deuxième séquence : 

Je sors de la célèbre boîte de l’époque, «  La Suite ». Il est à peu près cinq heures du mat’, j’arrive dans mon immeuble, chaussures en mains, et je me regarde vite fait dans le miroir du rez-de-chaussée, pour évaluer l’état de mon visage. C’est bien ce que je pensais, entre mes cheveux qui puent la clope à des kilomètres, et mon mascara qui a coulé, ces deux éléments ne laissent aucun doute sur la nuit de clubbeuse que je viens de passer ! Je prie pour ne pas me faire choper par mes parents, et aller directement me coucher. 

Comme on est dimanche matin, et que les câbles de notre ascenseur font du bruit à réveiller même un homme déclaré mort depuis deux ans, je décide de prendre les escaliers pour ne pas attirer l’attention. 

Le problème, c’est que Papa qui se rend à l’office, a eu la même idée (oui, nous sommes très prévenants dans la famille avec les voisins !). 

Le drame (pour moi!), c’est que… lui et moi nous croisons entre l’étage deux et trois. Lui sait d’où je viens, moi je sais où il va. Il y a un blanc qui dure, qui dure, tellement nous sommes choqués de nous voir mutuellement. D’habitude, mon esprit s’enclenche automatiquement pour inventer de gros bobards, mais là, rien ne vient. C’est sûrement la « Suite » logique qui arrive après une nuit blanche. Non sans l’avoir volé, j’entends cette phrase qui me hante encore aujourd’hui, maintenant que je suis mère à mon tour : 

– Tu verras, ma fille, tes enfants te feront pire ! Que D. me prête vie pour être témoin ! RENTRE À LA MAISON, ET TU N’EN SORS PLUS JUSQU’À TES CINQUANTE ANS !

 

Et la troisième et dernière séquence, qui est classée directement dans les meilleurs VDM de ma vie (et pourtant il y en a !). 

Un an après, toujours en Israël (la fille qui lâche pas la destination !), c’est la grande mode des Buffalo aux cinquante centimètres de semelles. Les avoir aux pieds est mon passeport, non pas israélien, mais pour être acceptée dans le fameux pays de Chalalaland. Le Graal pour l’époque. 

Ce samedi là, je veux rejoindre mes amis à Tel-Aviv pour faire la fête. C’est la fin de chabbat, mon père m’explique qu’il n’est pas très rassuré qu’une jeune fille se balade dans les rues à cette heure-ci ! Il me propose de m’accompagner demain matin très tôt en voiture. Je suis bornée, et pense que je vais rater la soirée du siècle, alors je le supplie de me laisser sortir. Je n’obtiens en retour qu’un raisonnement logique d’un père qui veut le meilleur pour sa fille. Hélas, je suis très très têtue, et au bout de quarante minutes de soulage intensif, il me hurle : 

– NON ! JE T’AI DIT QUE TU N’IRAS PAS ! 

Loin d’y avoir renoncé, et pour lui prouver que j’ai bientôt dix-huit ans (alors que dans notre communauté, notre majorité arrive seulement quand on se marie), je décide de sauter par la fenêtre de l’appartement de ma grand-mère (zal’). OK, c’est pas bien haut, mais je n’ai pas pris en compte mes cinquante centimètres des ces foutus Buffalo. Résultat : un boitage très classe jusqu’à la station de bus la plus proche. Un trajet Natanya/Tel-Aviv dans des pires souffrances, et un appel de la honte pour que papa vienne me chercher. Je suis immédiatement rapatriée en France, car je ne suis pas couverte par l’assurance pour un acte chirurgical en Israël. Après ce mémorable et ridicule moment de vie, je suis restée deux mois en béquilles ! 

 

Quinze ans plus tard, après plus de neuf années de mariage à mon actif, je viens juste d’avoir mes fifilles. Au lieu de me jouer du Jazz pour fêter la nouvelle, j’entends encore que cela jase derrière mon dos. J’appelle mon père pour lui demander si malgré ce qui se dit sur moi, ma mère et lui ne me considèrent pas  comme un échec, une erreur. 

Je rajoute que si c’est le cas, je comprends, car certaines personnes le pensent très très fort, et ne se font pas prier pour le leur dire, au lieu d’aller prier ! J’en profite pour vider mon sac qui déborde en lui disant que j’en ai marre des jugements des autres, surtout de celles qui portent la jupe longue et tout leur tralala : 

– Parce que moi, je ne suis peut-être pas comme vous, papa et maman, mais je m’efforce d’être une gentille personne, en ne disant rien sur les autres ! 

Mon père me demande de grandir, et d’arrêter de placer les gens dans des compartiments (les gentils, les méchants, les religieux, les tradis…). Il m’a rappelé avec toute sa sagesse et sa douceur, que pas plus tard qu’il y a soixante-douze ans, les autres nations nous fichaient dans un compartiment sans aucune distinction, religieux ou non, nous devions tous monter dans le même train : 

– Alors ma fille, peu importe le chemin que tu décides de prendre, si un jour, même une fois par semaine, tu prends sur toi de te couvrir, fais mieux que les autres ! 

– Je n’y arriverai jamais. C’est pas pour moi tout ça. 

– C’est faux ! Moi j’ai toujours cru en toi, j’ai juste misé sur le temps. Et le temps, tu en as eu, des bonheurs, tu en as eus, alors commence à comprendre que D. n’est qu’amour, et si tu acceptes les commandements de sa Thora, tu lui prouves que tu l’aimes, et que tu le remercies ! 

 

C’est pour cela qu’aujourd’hui, quand je repense sans aucune nostalgie, aux 613 coups que j’ai fait subir à mes parents, bien sûr que si j’avais la voiture du Doc dans Retour vers le futur, je serais partie avec Marty réparer mes erreurs, mais d’un autre côté… je me dis que lorsque nous sommes dans une course, peu importe la façon dont on y arrive… l’important, c’est l’arrivée, et on peut tous y arriver ! 

 

Je vous embrasse, mes chéris, et vous donne rendez-vous en septembre, pour la saison 4 de : La vie déjantée d’une mère juive à New York City. Je peux vous annoncer d’ores et déjà, qu’il y aura une nouvelle rubrique, en plus de mes chroniques hebdomadaires. Chaque vendredi, je vous posterai quelques mots, mais vraiment rapides, sur la sidra de la semaine, en vous joignant une recette, soit de cuisine, soit du bonheur !

 

Je voulais vous remercier encore de me lire toutes les semaines. Il me faudra bien plus que cent vingt ans pour vous remercier de tous les encouragements et du soutien que vous m’offrez régulièrement. 

Ma réelle richesse vient de vos mots merveilleux à mon égard, qui sont ma mine d’or personnelle. Vous allez beaucoup me manquer pendant ces deux mois ! 

J’en profiterai pour écrire mon troisième roman, qui sera encore plus gros que le tome deux. Il sera basé sur la vie New Yorkaise d’une Junes totalement débordée par ses enfants et son mari. Être une mère de famille va se révéler être un boulot, et la rigolade, c’est TERMINÉ ! Terminé ? Ça va pas ou quoi ? Elle ne fait que commencer… 

 

 

Je reste disponible sur junesdavis55@gmail.com ou sur mon FB: Les chroniques de Junes Davis ou Déborah Junes Davis. 

Milliard de bisous.

 

Mes romans sont disponibles sur junesdavis.com Rubrique: La Genèse et L’Exode. 

Les pires choses que j’ai fait subir à mes parents pendant mon adolescence « difficile » !
Les pires choses que j’ai fait subir à mes parents pendant mon adolescence « difficile » !

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Le grand retour de Juju la Tigresse... Grrrr!

Publié le par Junes Davis-Cohen

La plupart d’entre nous, même les braves, connaissent cette sorte de spleen qui nous envahit un peu avant que la semaine redémarre, plus connu sous le nom de : « l’angoisse du dimanche soir ». 

Bien qu’il m’arrive encore parfois de ressentir ce sentiment au creux de mon ventre, je dois avouer qu’en cette fin de weekend, tout se présentait plutôt bien. Enfin quand j’écris au creux, ce n’est qu’une métaphore, parce qu’à force d’avoir des petits creux dans la journée, ça fait belle lurette que mon ventre ne l’est plus. 

Ce soir-là, tout allait bien jusqu’à ce que mon mari vérifie ses mails, et me dise : 

 

– Junes je te préviens, cette semaine, je vais être très occupé. Je dois diner avec plein de monde, donc je rentrerai tard tous les soirs.

Va falloir que tu fasses comme si je n’étais pas là. 

 

Pensée numéro un (positive) : Chouette! J’ai pas à lui faire à manger. Des coquillettes et du ketchup pour les gosses, et je serai free! 

Pensée numéro deux (négative) : Comment je vais faire toute seule pour mettre tout le monde au lit… avant minuit ? 

Pensée numéro trois (positive) : C’est pile le bon moment pour commencer la série : « House of cards ». Mon frère dit le poussin m’a vivement conseillé de la visionner pour halluciner devant le jeu d’acteur du Kevin (Spacey). Son pelage n’a jamais été aussi soyeux de ravissement que lorsqu’il s’est tapé les six saisons d’un coup. 

Pensée numéro quatre de femme qui part en live dans sa tête : Attends, c’est pas un peu (usual) suspect que le gars aille diner TOUS les soirs dehors ? Va falloir que je jette un œil de plus près à cette affaire. 

Oh non! Oh bon sang ! Ayez pitié de nous Seigneur miséricorde, faites que cela ne recommence pas ! Préservez-nous! Je croyais qu’après l’histoire du « scandale de la poussette », ce sentiment de suspicion permanente avait été enterré définitivement il y a deux ans au fond du jardin que nous n’avons pas. Je ne veux pas retourner dans la spirale infernale qu’est la jalousie. Au début de mon mariage (les huit premières années !), j’étais tellement rongée de jalousie que je faisais n’importe quoi ! 

Et vas y que je fouinais dans les mails, les sms, les facebook de mon bonhomme. Vas y que je lui faisais les poches pour ensuite lui faire des reproches. Je regardais partout dans ses vestes, ses chemises, ses pantalons, pour trouver la plupart du temps des mouchoirs usés ou des capsules Nespresso, (il adore en avoir toujours sur lui !). Cela me bouffait de l’intérieur, à me grignoter les ongles plus que de raison. Heureusement qu’avec l’arrivée du ICloud, les choses se sont un peu calmées. J’étais rassurée, tous nos appareils étaient en partage de connexion instantanée. Vachement pratique pour les tigresses comme moi, mais pénible à la longue, car si vous voulez conserver un minimum de mystère dans votre couple, c’est râpé: 

– Tu m’as pas dit comment ça c’est passé ton rendez-vous chez l’arracheuse de poil à 13h30 ? 

 

Pendant que je méditais, j’observais mon mari qui venait de plonger dans un sommeil de juste. Remarquez, il m’a juste informée de son emploi du temps, faut que je me détende. Avec son métier, c’est normal que parfois il ait des diners à la chaine. C’est pas parce qu’il est marié qu’il a des chaines aux pieds. En plus, il a eu la classe de me prévenir à l’avance, pour une fois (rien de pire qu’un gars qui t’appelle pour te dire qu’au final il mange avec un copain dehors, alors que tu as passé une heure à lui préparer son repas !). C’est un peu rassurée que je me suis endormie d’un sommeil de plomb. En rêvant de ces fameuses chaines faites du même matériel.

 

Le lendemain, le cœur plus léger, je vaquais à mes occupations de femmes qui ne fait rien. Oui, c’est bien connu, les femmes qui ne bossent pas dans un bureau ne font rien de leur journée ! Une charmante jeune dame m’avait écrit un message délicieux tout de suite après avoir fini mon tome 2 (563 pages. Police: Arial 11. Écrit en petit quoi !) : 

Bonjour Junes, un petit mot pour vous dire que j’ai beaucoup aimé votre roman, mais ce que j’admire le plus chez vous, c’est le fait d’être une femme au foyer, qui ne fait rien de ses journées. Je sais pas comment vous faites, moi je ne pourrais pas ! En tout cas, bravo. 

Ma réponse :

LOL. Je suis ravie que mon livre vous ait plus. Puis-je acheter les droits d’auteur de votre phrase qui rentre directement dans le top five de mes phrases préférées de 2017 ? Bien à vous, Junes.  

 

Bref, où en étais-je ? Ah oui ! Au lendemain (ce que je suis bavarde, je savais pas qu’on pouvait l’être aussi par écrit!). Je reçois un coup de fil de Micka qui va me mettre dans un état de stress pas possible pour le reste de l’après-midi: 

 

– Mimine c’est moi ! Ça va ? T’es où ? Qu’est-ce tu fais? Est-ce que tu peux déposer en urgence au pressing mon costume bleu nuit en t’assurant que je le récupère mercredi au plus tard ? Y a un collègue qui fait son pot de départ sur une péniche, il faut que je sois au top parce qu’il y aura les petits et les grands boss. 

 

« Les petits et les grands boss » est un code qui est apparu lors des longs (très longs) débriefs quotidiens de la journée de boulot de mon homme. Avec cette appellation, je m’y retrouve plus facilement pour suivre les histoires palpitantes qu’il me raconte. D’ailleurs, je connais le nom, le prénom, la vie maritale, le numéro de sécu, et le caractère de plusieurs personnes que je n’ai jamais vues de ma vie ! En vous écrivant ce paragraphe, ça fait limite pathétique, tellement la fille elle vit la vie de son mari par procuration. Passons. 

 

– Donc si je comprends bien, y aura grave du people à ce pot-péniche de départ. Ça a l’air trop sympa, je peux venir ? 

À travers le tel, je sens un Micka qui se tend (ça arrive quand on est tendu): 

– Quel rapport avec toi maintenant? C’est un truc entre collègues. Je te laisse, et n’oublie pas mon costume, Junes ! 

 

Ce n’est quand raccrochant que j’ai mon système d’alarme interne de sécurité qui se met à sonner très fort dans mon cerveau. Des gyrophares vivants se mettent à tourner à vive allure au dessus de ma tête. Deux hélicos commencent à projeter une forte lumière en ma direction, et j’entends une voix métallique parler dans un talkie-walkie qui dit : APPEL À TOUTES LES UNITÉS ! MICKA DAVIS VA SUR UNE PÉNICHE ENTOURÉ DE JE NE SAIS QUI ! APPEL À TOUTES LES UNITÉS! MICKA DAVIS VA SUR UNE PÉNICHE ENTOURÉ DE JE NE SAIS QUI ! 

 

Pendant que je plie le linge, je sens mes oreilles qui se dressent comme un lapin. Je commence même à parler toute seule et à voix haute (c’est le signal qui vient juste après les gyrophares) : 

– Pourquoi il ne veut pas que je vienne ?… Il a honte de moi ou quoi ?…Il a peur que je ne sois pas présentable… il pense que je ne sais pas me tenir en public ?….Y aura qui là-bas ? Une secrétaire qu’il ne veut pas que je rencontre ? (Le cliché de ouf)! Ou bien il s’agit d’une collègue pouffiasse… non pire… il ne veut pas que je découvre que les petits et les grand boss sont en réalité des petites et des grandes boss. Si ça se trouve, l’une d’entre elles lui fait du chantage comme dans ce film bizarre avec Demi Moore et l’autre là. Le mari de Catherine Zeta-Jones, comment il s’appelle déjà ? Ah oui ? Michael Douglas, il parait qu’il est juif en plus. Peut-être qu’au final, je rendrais service à Micka si je débarquais à l’improviste à cette soirée… mais oui, exactement ! Je vais venir te sauver Micka, accroche-toic! Junes arrive. 

 

Et puis d’un coup, je m’imagine arriver en plein milieu de la soirée vêtue d’une robe rouge. Je suis perchée sur des talons de douze centimètres pour atteindre le pénible 1m60 ! En voyant mon mari, je crierais de loin : 

– HOUHOU CHÉRI ! OUHOUU MICKA! C’EST MOI JUNES! 

Tous les petits et les grands boss se retourneraient sur mon passage pour voir qui est cette folle au RAL qui déborde de partout ! 

(Note de l’auteur: J’ai mis trois semaines pour comprendre que RAL était le raccourci de: Rouge à lèvre. RLB de raccourcir tous les mots à la fin ! RLB = Ras le Bol!). 

Mon RAL serait de la même couleur que ma robe qui me donnerait l’allure d’une évadée d’hôpital psychiatrique. Je porterais pour l’occase ma perruque blonde platine que je mets qu’à de très rares occasions, car de loin, je ressemble à un lampadaire de taille réduite, de près, à une allumeuse qui ne s’allume pas, car mon visage est recouvert d’une masse chevelue jaune ! 

Je serais comme Angelina Jolie sur l’affiche de Mister et Mrs Smith, j’aurais planqué sous ma robe plein de couteaux suisses (souvenir de mes années genevoises) pour être prête à attaquer les collègues femmes qui regarderaient de trop près mon homme. Discrètement, je les poignarderais en plein dans la cuisse pour les punir d’avoir louché dans l’assiette d’une autre, de la mienne, de surcroît ! Allez hop ! Ni vu, ni connu, je me débarrasserais de leur corps en les faisant passer par dessus bord, et comme ma robe serait de la même couleur que leur sang, personne ne verrait rien, discrétion maximale assurée ! Je m’approcherais de Micka, ma robe parsemée de cheveux de femelles que j’aurais arrachés par poignée en guise de menace, pour lui dire que TOUT est sous contrôle, mon amour ! 

 

C’est exactement ce que je vais faire pour apaiser mes pires angoisses, que je croyais avoir dépassées. Soudain, je me remémore les mots gentils que mon mari m’a dit avant d’aller bosser. Je repense à nos dernières vacances en famille, notre dernier restau en amoureux, lui sur son portable, moi sur le mien. (Non, je déconne! N’empêche, y a plein de couple qui font ça). Devrais-je me calmer ou nous faire revivre « le scandale de la poussette » ? 

 

Le scandale de la poussette: Il y a deux ans environ, pendant que Micka était parti payer nos achats à la caisse, et que moi j’attendais avec nos enfants un peu plus loin, j’avais repéré une dame qui se tenait derrière mon mari. D’un coup, elle s’était mise à palper le manteau de mon homme, pour soi-disant vérifier la matière de sa doudoune (mon œil oui!). Mes poupées dormaient dans leur poussette double. Folle de rage, j’avais dit à mon fils de s’accrocher à mon bras, car il allait voir maman en action. J’avais roulé droit sur la dame qui s’était écroulée par terre. Résultat : une cheville de cassé, et deux doigts écrasés sous le poids de mes roues. Chaiiiiii! Je peux vous assurer que l’envie de toucher le manteau des gens dans les files d’attente lui était passée. 

 

En repensant à tout cela, et à la violente (mais juste) discussion que j’avais eue avec Micka, le bruit assourdissant des gyrophares s’éloignaient peu à peu. Peut-être que depuis, j’ai compris que je devais arrêter d’avoir peur. Je devrais commencer par avoir un peu plus confiance en moi (et non en lui, il n’a jamais rien fait pour mériter ma folie). 

Tout en fourrant dans un sac le fameux costume bleu de mon homme, je tends un mouchoir à mon double démoniaque, Juju la Tigresse, pour qu’elle enlève ce perturbant RAL de sa bouche. Ensemble, nous réanimons tous les corps féminins qu’elle avait tabassés en hurlant: IL EST À MOI ! À MOIIIIIIIII ! Meurs traitresse qui ne rêve que d’être sa maîtresse ! 

Doucement, je la prends dans mes bras pour lui dire : 

– Écoute Juju, il faut que tu te raisonnes, et que tu arrêtes tes gamineries ! Pose-moi ces couteaux… Voilà, c’est bien. 

 – Mais Junes, t’es sûre que tu veux te passer de mes services ? Imagine un jour il nous laisse tomber pour une autre (lo alénou), comment on va faire ? Faut pas se reposer sur nos acquis. On doit continuer le combat pour le garder le plus longtemps possible près de nous deux, tu crois pas ? 

– Je te propose quelque chose de plus intéressant. Tu vois toute cette énergie débordante que tu déploies pour le garder avec nous ? Sers-toi de cette force pour en faire quelque chose de positif. Va me chercher ton tapis volant, monte dessus, et vole jusqu’au pressing. Enfile tes écouteurs, augmente le volume de : « Ce rêve bleu » de Daniel et Karine, et accepte le fait que tout aille bien. 

– On entend tellement de choses…

– Certes, mais si un jour, l’homme que tu aimes se lasse de toi, ta peur irrationnelle ne pourra pas l’éviter ! C’est un fait ! Deux options s’offrent à toi : tu continues à te prendre la tête, et un jour on se retrouvera en taule pour de bon pour coups et blessures, ou bien tu décides enfin de vivre, tout simplement ! 

– T’as peut-être raison.

– Mais oui, j’ai raison! Allez, on remballe tout ça, on y va. 

 

Le plus drôle dans toute cette affaire, c’est que le jour de la fameuse soirée-péniche, devinez qui est rentré à 18h30 pour cause de pot de départ annulé ? Je crois que vous avez deviné la réponse. 

Alors à toutes les Juju la tigresse du monde, limons nos griffes, mes sœurs ! Faisons des tresses à notre pelage, et rugissons de bonheur à chaque instant que la vie nous offre, sans nous ronger les sangs, parce que ça ne vaut pas le coup ! 

 

Je vous embrasse, et vous retrouve mercredi avec : « Les pires coups que j’ai fait subir à mes parents durant ma jeunesse ». Ambiance dernière soirée de colo, parce ce sera la dernière chro avant le Summer break. Énormes bisous 

 

Si vous avez aimé ma chro, vous pouvez commander mes romans : La vie déjantée de Junes Davis. La Genèse et l’Exode sur junesdavis.com. Have Fun! 

Le grand retour de Juju la Tigresse... Grrrr!
Le grand retour de Juju la Tigresse... Grrrr! Le grand retour de Juju la Tigresse... Grrrr!
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