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1 articles avec la vie dejantee d’une mere juive

Les pires choses que j’ai fait subir à mes parents pendant mon adolescence « difficile » !

Publié le par Junes Davis-Cohen

Qui n’a jamais fait subir à ses parents des situations totalement folles ? C’est pas moi qui dirais le contraire, je leur en ai fait voir tellement que même les couleurs de l’arc-en-ciel ne suffisent pas. Limite si je devais en faire une toile, Picasso en serait vert de jalousie avec tous mes mélanges ! Si maintenant, il m’arrive de rire encore en repensant à certaines situations, mes parents, eux... toujours pas ! Et c’est tout de suite que je vous livre la première séquence : 

 

J’ai seize ans, c’est les vacances, et je dois retrouver mes copines à Eilat. Malgré la chaleur d’Israël, mes parents ne sont pas très chauds pour me laisser ces quelques jours de liberté totale. Cela n’est pas convenable pour une fille, et encore moins pour une fille de Rabbin. Mais qu’importe, je ne pense à rien d’autre, à part m’amuser ! Je décide de partir très tôt le matin, en catimini quand tout le monde dort, pour ne pas devoir me justifier et batailler encore fois avec eux. Sur le départ, mon père me grille, et m’empoigne le bras en me disant : 

– Rendez vous à Jérusalem dans cinq jours. J’ai un séminaire de Rabbins là-bas, tu nous rejoins, compris ? 

– Compris. 

– Et s’il te plait ma fille, pour une fois, tu t’habilles convenablement ! 

– Mais oui, t’en fais pas ! 

– Si si, je m’en fais, et fais attention à toi ! 

 

Deux jours plus tard, je suis au Royal Garden, je partage ma chambre avec mes amies. L’une d’elle est coiffeuse. Elle déclare avec un éclair de génie dans les yeux, que je devrais me faire une couleur plus claire « ça irait super bien avec tes yeux ». Ayant une très (trop) forte dose de confiance envers elle, je lui demande si elle pourrait elle-même me la faire maintenant : 

– Bien sûuuuuuuuuur ! 

 

Pendant qu’elle m’applique la pâte violette qui sent le souffre, D. merci, je n’en souffre pas. Ma copine a juste oublié de me préciser que devant son métier de « coiffeuse », le mot « apprenti » est passé à la trappe. Et c’est limite en attrapant une crise cardiaque, qu’une heure plus tard, je découvre en hurlant que mes cheveux ont pris une jolie teinte orange. Ni châtain clair, ni auburn, mais orange ! 

Avec mon visage cramé par le bronzage cela fait effectivement ressortir plein de sons chez les autres, mais certainement pas mes yeux. À part si je compte les fois où sur mon passage, certains sont sortis de leur orbite ! 

Le jour J, comme Jérusalem, je fais très attention à ma tenue, comme mon papa me l’a demandé. Je me galère sept heures de bus, et me dépêche d’arriver à l’heure à notre point de rendez-vous, en oubliant complètement cette histoire de couleur. 

J’arrive enfin, et de loin, je repère mes parents, et leur fais des grands signes sauf que… plus j’avance vers eux, plus je vois la bouche de ma mère s’agrandir de stupeur, à se mettre carrément la main devant la bouche ! Mon père, qui d’abord cligne des yeux plusieurs fois d’affilée, a exactement la même expression horrifiée que ma mère, à part qu’il lui donne de grands coups de coude, et qu’il pointe son doigt droit vers moi. Même si je ne suis pas ventriloque, je peux lire sur ses lèvres : 

– Dis-moi que je rêve. Pince-moi ! Vas y, pince-moi je te dis ! Tu as vu ta fille ! Tu as vu ta fille ! Tu as vu…

J’arrive enfin à leur hauteur en ayant également oublié (c’est le soleil d’Eilat qui m’a tapé trop fort sur la tête) que de près, je ressemble à une tomate farcie tellement : 

 

J’ai attrapé un coup de soleil

Un coup d’amour 

Un coup d’je t'aime

J’sais pas comment 

Faut qu’j’me rappelle

Si c’est un rêve, t’es super belle

J’dors plus la nuit

J’fais des voyages

Sur des bateaux qui font naufrage

 

(Richard, sors de ma tête. On est au Kotel euhhhh !). Sous le choc, mes parents ne prononcent toujours aucun mot, alors c’est moi qui décide de rompre le silence : 

– Alors, ça baigne les vieux ? 

Mince, j’aurais pas du dire ça. Mon père devient aussi rouge que moi, mais pas par l’abus de soleil : 

– SI ÇA BAIGNE ? TU NOUS DEMANDES SI ÇA BAIGNE ? C’EST QUOI CETTE COULEUR ? POURQUOI ORANGE ? 

– C’est ma copine qui s’est plantée sur le numéro de couleur. 

– EST-CE QUE TU TE RENDS COMPTE, QU’À TROIS MÊTRES, IL Y A TOUS MES COLLÈGUES RABBINS, QUE TU VAS ÊTRE LA RISÉE DE TOUS ! 

– T’es jamais content ! Déjà que j’ai fait l’effort de mettre une jupe longue jusqu’au par terre, et que par ta faute, je vais probablement mourir de sècheresse interne, vous allez pas me saouler ! 

– Ma fille, c’est moi qui vais bientôt être interné par ta faute ! Tu nous rends fous avec ta mère ! 

– Si c’est pour être aussi désagréable, je n’aurais jamais dû vous rejoindre, et puis d’abord, tes collègues je les... etc.

 

Passée la honte de leur vie (je ne trouve toujours pas ça si grave, mais bon…), ils m’ont gentiment donné les sous pour que j’aille refaire ma couleur chez le coiffeur le plus proche. Vous saviez vous, qu’à cinq minutes à pied du Kotel, il existe de super coiffeurs ? N’empêche, avant cette histoire, j’en savais rien. 

 

Deuxième séquence : 

Je sors de la célèbre boîte de l’époque, «  La Suite ». Il est à peu près cinq heures du mat’, j’arrive dans mon immeuble, chaussures en mains, et je me regarde vite fait dans le miroir du rez-de-chaussée, pour évaluer l’état de mon visage. C’est bien ce que je pensais, entre mes cheveux qui puent la clope à des kilomètres, et mon mascara qui a coulé, ces deux éléments ne laissent aucun doute sur la nuit de clubbeuse que je viens de passer ! Je prie pour ne pas me faire choper par mes parents, et aller directement me coucher. 

Comme on est dimanche matin, et que les câbles de notre ascenseur font du bruit à réveiller même un homme déclaré mort depuis deux ans, je décide de prendre les escaliers pour ne pas attirer l’attention. 

Le problème, c’est que Papa qui se rend à l’office, a eu la même idée (oui, nous sommes très prévenants dans la famille avec les voisins !). 

Le drame (pour moi!), c’est que… lui et moi nous croisons entre l’étage deux et trois. Lui sait d’où je viens, moi je sais où il va. Il y a un blanc qui dure, qui dure, tellement nous sommes choqués de nous voir mutuellement. D’habitude, mon esprit s’enclenche automatiquement pour inventer de gros bobards, mais là, rien ne vient. C’est sûrement la « Suite » logique qui arrive après une nuit blanche. Non sans l’avoir volé, j’entends cette phrase qui me hante encore aujourd’hui, maintenant que je suis mère à mon tour : 

– Tu verras, ma fille, tes enfants te feront pire ! Que D. me prête vie pour être témoin ! RENTRE À LA MAISON, ET TU N’EN SORS PLUS JUSQU’À TES CINQUANTE ANS !

 

Et la troisième et dernière séquence, qui est classée directement dans les meilleurs VDM de ma vie (et pourtant il y en a !). 

Un an après, toujours en Israël (la fille qui lâche pas la destination !), c’est la grande mode des Buffalo aux cinquante centimètres de semelles. Les avoir aux pieds est mon passeport, non pas israélien, mais pour être acceptée dans le fameux pays de Chalalaland. Le Graal pour l’époque. 

Ce samedi là, je veux rejoindre mes amis à Tel-Aviv pour faire la fête. C’est la fin de chabbat, mon père m’explique qu’il n’est pas très rassuré qu’une jeune fille se balade dans les rues à cette heure-ci ! Il me propose de m’accompagner demain matin très tôt en voiture. Je suis bornée, et pense que je vais rater la soirée du siècle, alors je le supplie de me laisser sortir. Je n’obtiens en retour qu’un raisonnement logique d’un père qui veut le meilleur pour sa fille. Hélas, je suis très très têtue, et au bout de quarante minutes de soulage intensif, il me hurle : 

– NON ! JE T’AI DIT QUE TU N’IRAS PAS ! 

Loin d’y avoir renoncé, et pour lui prouver que j’ai bientôt dix-huit ans (alors que dans notre communauté, notre majorité arrive seulement quand on se marie), je décide de sauter par la fenêtre de l’appartement de ma grand-mère (zal’). OK, c’est pas bien haut, mais je n’ai pas pris en compte mes cinquante centimètres des ces foutus Buffalo. Résultat : un boitage très classe jusqu’à la station de bus la plus proche. Un trajet Natanya/Tel-Aviv dans des pires souffrances, et un appel de la honte pour que papa vienne me chercher. Je suis immédiatement rapatriée en France, car je ne suis pas couverte par l’assurance pour un acte chirurgical en Israël. Après ce mémorable et ridicule moment de vie, je suis restée deux mois en béquilles ! 

 

Quinze ans plus tard, après plus de neuf années de mariage à mon actif, je viens juste d’avoir mes fifilles. Au lieu de me jouer du Jazz pour fêter la nouvelle, j’entends encore que cela jase derrière mon dos. J’appelle mon père pour lui demander si malgré ce qui se dit sur moi, ma mère et lui ne me considèrent pas  comme un échec, une erreur. 

Je rajoute que si c’est le cas, je comprends, car certaines personnes le pensent très très fort, et ne se font pas prier pour le leur dire, au lieu d’aller prier ! J’en profite pour vider mon sac qui déborde en lui disant que j’en ai marre des jugements des autres, surtout de celles qui portent la jupe longue et tout leur tralala : 

– Parce que moi, je ne suis peut-être pas comme vous, papa et maman, mais je m’efforce d’être une gentille personne, en ne disant rien sur les autres ! 

Mon père me demande de grandir, et d’arrêter de placer les gens dans des compartiments (les gentils, les méchants, les religieux, les tradis…). Il m’a rappelé avec toute sa sagesse et sa douceur, que pas plus tard qu’il y a soixante-douze ans, les autres nations nous fichaient dans un compartiment sans aucune distinction, religieux ou non, nous devions tous monter dans le même train : 

– Alors ma fille, peu importe le chemin que tu décides de prendre, si un jour, même une fois par semaine, tu prends sur toi de te couvrir, fais mieux que les autres ! 

– Je n’y arriverai jamais. C’est pas pour moi tout ça. 

– C’est faux ! Moi j’ai toujours cru en toi, j’ai juste misé sur le temps. Et le temps, tu en as eu, des bonheurs, tu en as eus, alors commence à comprendre que D. n’est qu’amour, et si tu acceptes les commandements de sa Thora, tu lui prouves que tu l’aimes, et que tu le remercies ! 

 

C’est pour cela qu’aujourd’hui, quand je repense sans aucune nostalgie, aux 613 coups que j’ai fait subir à mes parents, bien sûr que si j’avais la voiture du Doc dans Retour vers le futur, je serais partie avec Marty réparer mes erreurs, mais d’un autre côté… je me dis que lorsque nous sommes dans une course, peu importe la façon dont on y arrive… l’important, c’est l’arrivée, et on peut tous y arriver ! 

 

Je vous embrasse, mes chéris, et vous donne rendez-vous en septembre, pour la saison 4 de : La vie déjantée d’une mère juive à New York City. Je peux vous annoncer d’ores et déjà, qu’il y aura une nouvelle rubrique, en plus de mes chroniques hebdomadaires. Chaque vendredi, je vous posterai quelques mots, mais vraiment rapides, sur la sidra de la semaine, en vous joignant une recette, soit de cuisine, soit du bonheur !

 

Je voulais vous remercier encore de me lire toutes les semaines. Il me faudra bien plus que cent vingt ans pour vous remercier de tous les encouragements et du soutien que vous m’offrez régulièrement. 

Ma réelle richesse vient de vos mots merveilleux à mon égard, qui sont ma mine d’or personnelle. Vous allez beaucoup me manquer pendant ces deux mois ! 

J’en profiterai pour écrire mon troisième roman, qui sera encore plus gros que le tome deux. Il sera basé sur la vie New Yorkaise d’une Junes totalement débordée par ses enfants et son mari. Être une mère de famille va se révéler être un boulot, et la rigolade, c’est TERMINÉ ! Terminé ? Ça va pas ou quoi ? Elle ne fait que commencer… 

 

 

Je reste disponible sur junesdavis55@gmail.com ou sur mon FB: Les chroniques de Junes Davis ou Déborah Junes Davis. 

Milliard de bisous.

 

Mes romans sont disponibles sur junesdavis.com Rubrique: La Genèse et L’Exode. 

Les pires choses que j’ai fait subir à mes parents pendant mon adolescence « difficile » !
Les pires choses que j’ai fait subir à mes parents pendant mon adolescence « difficile » !

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