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1 articles avec le 770

Road trip au 770 !

Publié le par Junes Davis-Cohen

À la seconde où j’ai su que j’allais déménager à New York, j’ai noté dans mon top five des choses à faire, qu’il fallait ABSOLUMENT que je me rende à Brooklyn pour faire un tour au 770, la syna du Rabbi. Ayant fait toute ma scolarité dans une école loubavitch (Sinaï), je connais mes 12 psoukims par cœur. Chez moi, j’ai un exemplaire du Hitat/livre de prière, même si je suis plutôt Patah, et j’ai une boite de tsedaka/tirelire dans chacune de mes pièces, qui n’est pas en forme de cochon (vous imaginez, je serais un peu hors sujet !), mais en forme de Seven seventy justement !

C’est ainsi que dès mon arrivée sur l’île, je me suis renseignée pour le Brooklyn et tout le toutim, et l’on m’a dit :

– Le 770, ho la la, c’est super loin en métro, et le Ohel (le cimetière où est enterré le Rabbi), n’y pense même pas sans voiture. Il se trouve dans le Queens, à une heure environ de Manhattan, sur la route qui mène à l’aéroport ! Y a bien des navettes, mais c’est galère, faut regarder les horaires.

– Ah d’accord ! Alors c’est coton pour y aller toute seule, attends déjà que je me repère pour aller faire mes courses avec mon caddie de mamie. Je me laisse ça pour plus tard, lorsque mon cerveau sera sur Gps automatique New Yorkais.

Et puis, plus les jours passent, et plus mon top five se réduit petit à petit, pour laisser place à mon quotidien.

Alors, quand deux années plus tard, ma sœur Rebecca m’a dit : « Junes, je viens passer trois semaines chez toi », j’ai dit banco, la voilà, ma partenaire d’expédition !

À son arrivée, pour ne pas la brusquer, j'ai laissé Reb’ croquer un peu de la Grosse Pomme, et un matin, je lui demande de prendre son livre de psaumes, et hop, en métro Simone, direction le 770 ! Elle a dit OK, même si je n’aurais pas du rajouter le classique :

– On va demander une prière pour que tu te maries cette année, y a pas de raison !

Je vous épargne les  «mêle toi de ta vie !», «commence pas à me soûler», « je suis très bien comme ça», que je me suis pris en pleine tête (bien mérités !), et nous voilà partis ! Pour l’occase, je n’ai pas eu d’autre choix que d’embarquer mon fils avec nous, puisque quand sa tante est là, ils deviennent littéralement siamois. Ce qui me force en tant que mère juive (ou pas !) à arrêter d’être aussi jalouse, possessive, hargneuse face à leur complicité évidente, puisque j’en ai déduis que s’ils rient au même blagues (souvent à mes dépends) c’est qu'ils ont sûrement le même âge mental, Rebecca 29 et mon fils 9. Parfait !

Bref, on se tape toute la ligne de métro avec deux changements s’il vous plait, et après cinquante minutes, on sort enfin de la bouche du Subway, pour rester bouche bée devant la légendaire synagogue du Rabbi.

Mon fils me dit :

– C’est pas un magasin de jouets ici, vous m’avez dit qu’on allait dans un magasin de jouets, et que c’était ma journée fun !

– Du calme petit, si t’es sage, nous irons après.

Babababa, bien quand j’habitais encore à Clichy, et que j’ai vu le bâtiment sur des millions de clichés ça m'a fait tout bizarre de se retrouver devant. Il n’y a plus qu’à y rentrer !

Et c’est là que ça devient rockn’roll : dès que nous franchissons la porte du côté des femmes, il y a cinq, six dames, qui nous foncent droit dessus et nous demandent quelle langue nous parlons. Elles nous proposent : français/anglais/chinois/portugais/espagnol/italien/… stop, nous c’est le français, et une certaine Tanya avec un fort accent de je sais pas où nous dit:

– Suivez-moi !

Elle nous montre un siège au premier rang, mais ma sœur refuse de s'y assoir pour une question de principe car elle n’est pas une première de la classe, même si elle a de la classe, et on se pose une rangée derrière. 

Tanya en profite pour mettre dans les mains de mon fils un livre de téhilim/ psaumes. Elle lui demande son âge, et lui ordonne dans une mixture anglais/ français de lire :

– Toi, lis ça, miracle pour toi ! Avec la page ouverte qui correspond à son âge avec un an de plus.

Mon fils me râle dessus :

– Où tu m’as encore emmené maman ! Je préférais encore quand tu me trainais chez Zara de force. C’est quoi ici ?

Je ne réponds pas car Tanya le fait à ma place :

– Toi, petit, lis !

Et mon fils s’exécute sans dire un mot de plus. En vrai, je suis ravie parce que je me dis qu’un peu d’autorité et de spiritualité, cela ne lui fera pas de mal à celui-là!

La dame nous montre du balcon, la fameuse estrade où le Rabbi a divulgué ses merveilleux enseignements. Et c’est le choc, car ma sœur et moi crions en chœur que c’est tout petit. On en rajoute en disant qu’en vidéo ça avait l’air vachement plus grand !

Premier heurt pour Tanya (la pauvre, elle a pas fini avec nous !), qui le prend mal, et nous explique que :

– Ce n’est pas petit ! Savez-vous le nombre de gens qui venaient écouter le Rabbi ? Des millions ! Alors ne blasphémez pas !

Toutes confuses, on s’excuse auprès de notre guide du lieu, et j’en profite pour lui glisser que j’aimerais envoyer une lettre. C’est ma copine Nehama-Dina qui m’a informé de le faire une fois sur place. Tanya me regarde, et nous demande d’aller nous laver les mains. Elle nous désigne un lavabo dans un renfoncement, mais ma sœur proteste :

– Je dois le faire aussi même si elles sont propres ?

– On vient du métro, Rebecca, mais peut-être qu'avec le produit désinfectant que j’ai dans mon sac fera l’affaire !

Tanya s’agace et nous dit :

– Non, non, allez faire netilat/lavage de mains sans bénédiction, parce qu’on va écrire au Rabbi.

– Ah…OK. 

Et on s’exécute.

Tanya nous tend des feuilles blanches, et nous demande de noter nos demandes.

Le concept est simple, et tout le monde peut le faire : lorsque tu rédiges tes demandes ou tes questions, tu te concentres très fort. Tu prends cette même feuille, tu la glisses dans l’un des livres où sont répertoriées les millions de questions auxquelles le Rabbi a déjà répondu du temps de son vivant, et par le mérite de sa mémoire bénie, tu as la réponse qui correspond exactement à ta question. C’est magique !

J’informe Rebecca qu’il m’arrive de le faire en solo parfois à l’aide mon iPhone avec l’application Iguerot, ( ils sont forts ces loubavitch !).

Donc ma sœur et moi voulons commencer à noter nos requêtes, mais Tanya nous demande de dire à voix haute avant d’écrire:

«Vive le roi Méleh amachiah le Rabbi Ménahem Schneerson toujours vivant, descendant du roi David !»

Et là, on beugue !

Impossible de dire cette phrase : le rabbi#lemashiah#toujoursvivant#whatelse ?

Ma sœur et moi, on se regarde super gênées, et par télépathie de sœurs, on se demande comment on va faire pour ne pas encore heurter Tanya, qui m’a l’air un poil sensible sur le sujet, alors on réfléchit, et même en se forçant, il nous est impossible de répéter cette phrase.

Et vu que c’est moi la grande sœur des deux, je décide d’aller au turbin et d’annoncer à Tanya qu’on va pas pouvoir jouer le jeu :

– Hum hum…, je suis désolée, mais je ne peux pas répéter ta phrase, car elle n’est pas tout à fait juste.

Oh my god !

Oh boy !

Mais qu’est-ce que j’ai pas dit ! Je vois de la fureur dans ses yeux. La pauvre, j’ai dû encore la vexer en disant un truc qu’il ne fallait pas, car elle me hurle littéralement dessus, et m’affirme que le rabbi est TOUJOURS vivant, mais qu’avec mes petits yeux, je ne le voix pas.

– Oui, parce qu’il est décédé, comme ma grand-mère, mon grand-père, eux aussi, je les vois pas. Mille excuses Tanya, mais je ne peux pas répéter ta phrase.

Mais elle insiste, et insiste, cette phrase a l’air méga importante pour elle, et commence à la négocier :

– OK, je comprends, mais si tu la chantes ?

– Non !

– Tu la dis en hébreu !

– Non plus !

– En anglais !

– C’est pareil!

– Écris-la !

– Mais non à la fin !

– OK let’s make a deal ! Tu m’écris sur la feuille : « Vive le roi meleh

amachiah le Rabbi Menahem Schneerson descendant du roi David qui est vivant ! »

– Mais chérie, le roi David aussi est mort !

– Arrête de dire qu’ils sont morts ! Écris juste ta question, qu’on en finisse !

Ma sœur et moi posons nos petites questions, et glissons nos feuilles, on referme le livre, et hop le rabbi me donne des réponses par des métaphores à peine voilées à ce que j’ai demandé. À chaque fois, j’en suis toute émue, alors que pour ma sœur, l’explication la laisse de marbre :

– Dis moi, Junes, t’es sûre que ça marche ton truc ? Je vois pas le rapport avec ce que j’ai demandé !

– Fais un effort, tu veux te marier, oui ou mince ? Si le rabbi dit que tu dois devenir prof de Kodech* pour petits garçons pour trouver ton mazal, tu deviens prof de Kodech pour petits garçons, et tu trouveras ton mari dans le lot !

– Ça fait un peu pédophile dit comme ça, je crois pas que ce soit la bonne interprétation, tu crois que je peux le refaire ? On a le droit à combien de fois ?

Tanya nous regarde, tellement choquée par nos échanges, qu’on sent qu’il vaut mieux qu’on n’abuse pas trop de son temps, et que l’on déguerpisse au galop !

Pendant tout ce temps, mon fils, qui était resté bien silencieux, exploit inouï en neuf ans de vie, Il a lu bien plus que son propre tehilim, je précise que c’est la première fois de sa vie, et j’en remercie chaleureusement Tanya, ainsi que pour la patience qu’elle nous a consacré.

Ma sœur me demande si c’est comme au Kotel, où l’on doit sortir sans se retourner ! Je lui dis :

– Je crois pas, mais viens on fait plaisir à Tanya, et on le fait.

Sauf qu’elle nous prend juste pour des folles qui marchent à reculons, et se prennent tous les bancs dans les pieds !

Nous sommes à la porte de sortie, mais Tanya nous retient et nous sort de son sac jaune plastique le kit Rabbi, avec le porte-clé, (avec son portrait, du Rabbi, pas de Tanya ! ) un papier avec un sujet de la semaine (avec le portrait du Rabbi), un mini-magnet pour mettre sur le réfrigérateur (avec le visage du Rabbi), un badge, et un gâteau au miel ( ça se mange !) où une photo du…du….du….Rabbi est glissée dedans. En même temps, on est venues pour ça !

Elle nous demande un tip’s que l’on donne volontiers, alors pour plaisanter, moi qui n’ai jamais de monnaie, je lui demande si elle accepte les cartes bleues ou les chèques de banque, mais Tanya ne rigole pas.

Je cherche au fond du fond de mon sac, mais of corse, je n’en trouve pas, et inévitablement, je répands tout le contenu sur le sol du 770. (Purée on dirait celui de Mary Poppins, y a pas de fond !) et  je trouve enfin un vieux billet de 20 dollars qui était dans un endroit improbable, et le lui tends.

Juste avant de la quitter, et pour achever notre Tanya, Rebecca lui demande en toute innocence :

– Et sinon c’est où le KEVER (la tombe) du Rabbi ?

– LE OHEL ! ON DIT LE OHEL, PAS LE KEVER, CAR LE RABBI N’EST PAS MORT.

– OK, OK, je me renseignais, c’est tout, pas la peine de t’énerver !

Et nous rentrons sur Manhattan.

Ma sœur et mon fils se plaignent sur tout le chemin du retour qu’ils avaient un autre programme en tête pour leur journée fun, mais moi je reste silencieuse, pour réfléchir au message que le rabbi m’a laissé…

– T’en fais une tête, Junes, ça va ? Me demande ma sœur.

– Je réfléchis, c’est rien.

– Oui, c’est vrai, quand maman réfléchit, elle fait toujours une tête bizarre.

Papa dit que c’est parce que ça lui arrive pas souvent !

– Tu répètes vraiment tout comme un perroquet, mon neveu. Tu sais, t’es pas obligé de faire tout comme tes parents, tu peux aussi avoir ta propre personnalité.

– C’est quoi une personnalité ?

Etc.

J’ai bien conscience que pour Rebecca, c’est plus pour l’expérience, car depuis des années, elle suit à fond les ballons différents enseignements et particulièrement ceux du Rav Gay, qui lui convient très bien. Mais perso, j’ai un lien qui me relie au Rabbi, comme une sorte de fil rouge...

Car il y a deux célèbres phrases que je me suis collée sur mon ordi écrites sur un post-it rose fuchsia que je regarde systématiquement avant de répondre aux incroyables messages que vous m’écrivez chaque jour ( en passant merci de m’écrire, c’est l’un des mes plus gros kiffs de ma vie, la folle !) La première étant un booster : 

«Il n’y a pas de problèmes dans la vie, il n’y a que des défis à relever».

Et la deuxième qui est de la douceur à l’état pur :

«Hitler a cherché dans le monde chaque juif par haine, nous les rechercherons à notre tour par amour !»

Ce qui en dit long, très très long, sur le travail acharné de toute la vie du Rabbi. Alors non, Tanya, le Rabbi n’est pas mort, car ses enseignements ont toujours un impact aussi fort sur notre quotidien et tous niveaux de relige confondus, car le Rabbi aimait tout le monde sans exception, et c’est à nous d’essayer simplement de lui ressembler….

Sur ce, énorme bisous mes chéris. Je vous retrouve mercredi comme promis, pour mon histoire personnelle avec le Rabbi. À raconter obligé !

Glossaire:

Tehilims : Recueil de poèmes que le Roi David a écrit avec le souffle de D. La force des tehilims est infinie, vous pouvez les lire en français, en hébreu, en phonétique, comme vous pouvez, c’est vous qui voyez, mais qu’il est bon d’en lire un peu tous les jours (ça me ferait pas de mal de m’y remettre un de ces quatre, tiens !)

Prof de kodech : prof qui enseigne la Toarh, qui inclut plein de matières. 

Guemara: Livres écrits par des rabbins qui expliquent en détail de chez détail chaque mot de notre thora. C’est une étude plus masculine, car les explications ont été rédigées en fonction du cerveau masculin, mais nul n’empêche toute femme d’étudier cette matière, mais perso je trouve qu'il y en a des  beaucoup plus palpitantes pour nous. (le moussar, les lois du language, etc.)

Gaypride: rassemblement des gays pour revendiquer leurs droits.

Voilà ! Pour d’autres explications, n’hésitez pas à me contacter sur junesdavis55@gmail.com

Road trip au 770 !

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