Thanksgiving et pureté familiale, cherchez l’erreur !

Publié le par Junes Davis-Cohen

Comme chaque année, j’ai reçu mon invitation pour passer le repas de Thanksgiving chez ma copine Livnat. Je me souviens encore de l’excitation de mon premier Thanksgiving, j’avais l’impression d’être Rachel Green de Friends, et Livnat, Monica.

Avant d’accepter, j’avais vérifié si l’origine de cette tradition américaine n’avait rien de Sainte, ce qui n’en est rien, même si cette coutume dégage un message très saint !

C’est une fête nationale, telle que le 4 juillet, où l’on se repose et l’on remercie D. d’avoir donné au peuple américain tout ce dont il a besoin tout au long de l’année. Perso, du moment que je peux manger sans cuisiner, avec plaisir, je remercie forcément D., et la cuisinière !

Avec ma famille, nous arrivons sur les coups de treize heures, je me rends vite compte que ma copine en a profité pour inviter des tonnes de couples. Elle a raison, autant amortir le temps passé en cuisine ! On découvre une table aux couleurs orange et marron, pile dans le thème de la journée. Chacun prend place, et je me retrouve assise en face de Séphora, qui est la cousine parisienne de passage à New York. Elle a l’air sympa, mais dès qu’elle me regarde, je sens une certaine hostilité. Mon D., je crois que je vois tellement de séries que je commence à me faire vraiment des films ! Je ne fais plus attention, et dévore cette soupe de citrouille que l’on vient de me servir.

Quelques minutes plus tard, j’ai ma copine de droite qui me demande l’adresse de mon coiffeur. Séphora en profite pour me demander, l’air énervé :

– Tu portes une perruque ?

– Euh…oui.

– Donc tu es religieuse.

- Il parait, mais tu sais, religieux ça veut rien dire, parce que je pense…

– Je supporte pas les religieux, ni les religieuses !

Ah ! J’ai envie de lui répondre que c’est dommage que j’aie laissé à la maison ma carte de membre de représentante de tous les religieux du monde, sous prétexte que je me couvre les cheveux. Mais je ne peux pas, car Marc, le mari de notre hôte, apporte la star du jour : la dinde ! Selon la rumeur, dame Turkey pèse 6 kilos (la vache !), provient de chez Costco (équivaut à Métro), s’est fait dorer la pilule depuis huit heures ce matin, et il paraît, qu'elle est à point ! On applaudit tous Marc quand il pose cette dinde aux mensurations XXL. L’un des invités lui conseille d’aller chercher une scie pour découper cette volaille, ce à quoi Marc répond :

– T’inquiète, on va lui faire la peau !

Cette remarque me fait bien rire avec insouciance, mais plus pour longtemps, car Séphora, est végétarienne, à défaut de manger sa dinde, décide de me manger, moi ! Et elle commence :

– Dis donc, tu m’as l’air bien détente pour une religieuse.

Avec la pointe de soupçon, style j’ai fait un truc grave, parce que j’ai ri à une blague ! Je lui réponds pour détendre l’atmosphère :

– Non, pas tout le temps, parfois il m’arrive d’être stressée !

Mais Sépho ne rigole pas (la crampe !), et me sort droit au but :

– Je trouve que VOUS, les religieux (avec le doigt pointé sur moi, au cas où j’aurais pas saisi !) sont extrémistes, et totalement archaïques ! Je sais d’avance que quoi que je répondrai, je vais me faire électrocuter de paroles, alors je demande simplement :

– Pourquoi tu dis ça ?

– Pour des tas de raisons ! Rien que la semaine dernière, j’ai reçu chez moi le cousin de mon mari et sa femme de Jérusalem. Pareil que toi, la femme se couvre les cheveux. T’es rasée toi en-dessous ? Non parce qu’elle, elle est rasée, et crois-moi, c’est pas joli !

– Non, non, pas rasée, mais continue.

– Un soir, je suis rentrée du boulot, la femme du cousin m’a demandé si je pouvais l’accompagner en voiture dans un endroit où je suis allée qu’une seule fois dans ma vie, la veille de mon mariage !

– Elle t’a demande de l’emmener au mikvé/ au spa juif quoi.

– Oui, c’est ça, exactement ! Elle savait que j’étais crevée de ma journée, mais elle a insisté pour que je l’accompagne. Je lui ai proposé d’attendre le lendemain matin, parce que je ne bosse pas ce jour-là. Tu parles, elle ne voulait rien savoir ! Genre ça pouvait pas attendre, alors je lui ai dit que j’allais demander à mon mari s’il pouvait la déposer, mais elle n’arrêtait pas de me répéter en hébreu « lo, lo, lo » (non, non, non), avec une tête horrifiée. Elle m’a tellement gonflée que j’ai dû me taper République à huit heures du soir, ça m’a bien soulée ! En plus, ma femme de ménage m’a dit qu’elle avait pris un long bain juste avant que je rentre. Trop mal élevés ces religieux !

– Et sales ! N’oublie pas !

– Bah celle-là, je peux te dire qu’elle était bien propre, elle m’a vidé tout mon Tahiti douche !

– Quel toupet !

– Bon OK, le lendemain, elle est partie m’en acheter un tout neuf, mais j’ai pas compris ce qu’elle était partie faire qui pouvait pas attendre. Tu peux m’expliquer ?

Je viens à peine de remarquer que toutes les femmes de la table écoutent notre conversation. Je décide que ce n’est ni le moment, ni l’endroit, pour répondre à Séphora, mais elle fait une remarque qui m’a piquée !

– La seule fois où j’ai été, j’avais vingt-deux ans, et je me rappelle que ça m’avait dégoûtée de faire trempette après plusieurs dames.

– Tu sais, c’est comme quand tu vas à la piscine, tout le monde y fait bien son petit pipi chaud, et pourtant, je suis sûre que cela ne te dégoûte pas !

Mais une autre copine décide d’intervenir :

– Le plus dur pour moi, c’est quand je dois séparer les lits, ça me gave !

Puis une autre :

– Pour moi, c’est quand je dois me préparer, et que t’as tous les gosses qui tambourinent à la porte.

– Ce qui me soule, c’est de pas pouvoir toucher mon mari, alors des fois j’oublie, et lorsque je m’en rends compte, je regrette !

Une copine qui allaite son bébé prend part à la discussion :

– Au contraire, j’apprécie beaucoup ce temps de séparation depuis que j’ai accouché, cela me permet de me remettre de mon accouchement en douceur, et de me concentrer sur le bébé.

– Vous êtes en train de toutes me dire que pendant plusieurs jours par mois, ni vous touchez, ni vous dormez dans le même lit que votre mari ? Mais c’est fou ! Pourquoi faites-vous ça ? – Pour préserver le couple !

– Pour avoir un peu d’espace, et le grand bonheur de retrouver mon mari !

– Pour le kiff de m'occuper de moi ! Une fois par mois quoi qu'il arrive, je me chouchoute à mort, dans un spa.

Pendant que ça échange sur le sujet, je me lève pour aller voir ce que font mes enfants. Une fille vient me rejoindre dans le couloir, et me prend à part :

- Junes, est-ce que je peux te confier quelque chose qui me ronge de l’intérieur ? – Bien sûr, tâta Junes est là, confesse-toi sans crainte, ma chérie !

– Voilà, cela fait trois mois que je ne vais plus au mikvé, parce que j’ai honte. – Tu as hontes de quoi ?

– J’ai honte d’avoir craqué avec mon mari. Une nuit, il m’a tellement pris la tête, pendant notre période off, que je l’ai laissé faire. Depuis, je me sens trop mal, et je refuse d’aller me tremper. Je ne me sens pas digne d’y aller.

– Ma belle, crois-tu vraiment que ça n’est pas déjà arrivé à d’autres couples ? Tu crois que celles qui ne font pas la séparation des lits, ou qui se passent les plats directement, cela les empêche d’aller au mikvé ? Pas du tout, et elles ont raison ! Chacun son niveau, fauter, cela nous arrive à tous ! Le tout, c’est de regretter, se relever, et avancer ! Et doucement, doucement, on y arrive.

– Ça fait trois mois que j’ai tout lâché, parce que c’est dur pour mon mari. Au fond de moi, j’aimerais bien retourner, et reprendre.

– Alors on efface tout, et dès demain, tu vas faire trempette, si tu veux, je t accompagne ! Pour ton mari, essaye petit peu par petit peu, montre-lui la beauté de vos retrouvailles !

– Je vais essayer, et je te dirai. Nous revenons à table, et j’ai le mari de Séphora qui n’aime pas non plus les religieux, qui me hurle limite dessus (au secours) :

– Moi, ce qui me dérange, c’est de me dire que je ne peux pas être avec ma femme quand je veux ! Tu réponds quoi à ça madame la religieuse (je supporte pas qu’on m’appelle madame la religieuse, ça m’agace, après je me gratte pendant des heures !) ?

J’hésite à répondre, car vont-ils vraiment entendre ma réponse surtout que je ne suis ni rabbin, certainement pas une référence, ni rien mais comme j'aime vivre dangereusement je me dit allez on la tente :

– C’est là que tu te trompes, mari de Séphora. Tu ne peux pas être avec ta femme quand tu veux, car tu ne vis pas seul avec elle !

– Comment ça ? Je t’assure, nous ne sommes que deux.

– Ah non, vous êtes trois, je t’assure !

– C’est qui le troisième ?

– D. lui même ! Tu l’as sollicité pour Bénir ton union avec ta femme sous la houppa, donc vous avez signé pour qu’IL soit avec vous ! Il nous a donné un cadeau, un mode d’emploi, avec des lois de pureté familiale. En t’imposant un temps, IL te rappelle qu’il y a les lois de la nature au-dessus, et qu’il faut respecter ta femme, car une femme, c’est délicat. À un certain moment du mois, il arrive à ta chérie qu’elle soit indisposée, et qu’elle ne soit pas disposée à ce que tu disposes d’elle! Mais une fois cette période de séparation passée, elle sera toute disposée à toi, à vous deux, et à D. lui-même ! La thora nous donne l’opportunité de revivre chaque mois la renaissance d’un couple, et de vivre des retrouvailles amoureuses tout simplement magiques !

Et la tarte pumkin’s arrive, tout le monde pousse des grands AAAH, ce qui met fin à cette conversation intense. Au moment de se quitter, Séphora me confie que même si elle n’aime toujours pas les religieux (sympa, avec tout ce que je me suis galérée à lui répondre !), c’est sûrement parce qu’elle n’a jamais vraiment pris le temps de les connaitre. Elle me serre dans ses bras, et me dit :

– Quand tu viens sur Paris, obligé tu viens chez moi !

– Seulement si j’ai le droit de prendre un bain, et promis je t’achète des tonnes de Tahiti douche, d’accord ? Et nous nous quittons sur un grand rire.

Je vous souhaite une très bonne semaine, et vous retrouve mercredi avec une spéciale chro chro : Comment réagir face aux mauvaises news qu'on lit, que l'on voit et que l'on entend sans se jeter par la fenêtre ?

Gros bisous.

Bonus de chronique :

Mes chers amis, j’ai abordé ce sujet « osé », car à part dans des cours ultra fermés, réservés aux femmes. PERSONNE, j’écris bien PERSONNE n’en parle, et c’est bien dommage ! Spécialement dans notre génération, il est très difficile de trouver la force suprême de continuer à perpétuer nos lois si dures et si merveilleuses de la nidda. Alors même s’il vous arrive de craquer dans les choses citées plus haut, ne LACHEZ RIEN. À quoi bon, me diriez-vous ? Pour une raison parmi tant d’autres :

Nous qui avons toujours rêvé de vivre le grand amour à la Disney, si l’on essaye de suivre ce précepte de pureté familiale, on pourra constater : « Il y a un temps pour l’amour, pour que l’amour dure dans le temps ! » On pourra noter sur notre propre histoire d’amour : « Et ils vécurent heureux et amoureux jusqu’à la fin de leur vie ». C’est ce que je vous souhaite, mes amis !

Pour m’écrire en private, mon adresse email est à votre disposition : junesdavis55@gmail.com.☺️💖💖💖

Thanksgiving et pureté familiale, cherchez l’erreur !
Thanksgiving et pureté familiale, cherchez l’erreur !
Thanksgiving et pureté familiale, cherchez l’erreur !

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SEBBAG 28/11/2016 15:38

Superbe article sur les lois de Pureté familial, à faire lire au plus grand nombre : femmes, hommes et ceux qui n'ont pas encore trouvé leur moitié.
Merci Déborah

Junes Davis-Cohen 28/11/2016 16:23

Merci beaucoup. Avec plaisir