The perfect family

  • Junes Davis-Cohen

En début de semaine, j’ai reçu de la part de Suzy, une amie française mariée à un ricain depuis seize ans, une invitation pour une fête de pré-Hanouka.

Une quoi ?

Moi aussi, j’ai été surprise au début, parce que je connais les préventes (j’adore), les prérentrées, le pré-K, mais les pré-fêtes, j’en ai jamais entendu parler.

Suzy m’explique qu’elle et sa famille, partent en vacances à la Barbade fin décembre (normal !), et qu’il lui est impensable de ne pas organiser la traditionnelle fête de Hanouka chez elle !

– Ah… ok, merci. Je viendrai avec les enfants, mais sans mon homme, parce depuis un bail, rien que je lui propose de venir à une « party », qu’il me sort qu’il ne sera pas de la partie, du coup, j’ai pris le parti de ne rien lui imposer.

Cette après-midi là, à peine devant la porte de Suzy, nous sommes déjà dans l’ambiance. Une guirlande en forme de Hanoukia est collée devant le Judas (à ne pas confondre avec le Judas de l’histoire initiale). Cette guirlande fait carrément contraste avec les autres décorations du même étage, parce que sur les autres portes, il y a soit du gui, soit des écrits tels que : Merry Chrismousse, ou Happy New Year.

Note de Junes Davis : l’américain a une déco très précise en accord avec le calendrier de l’année !

On sonne, et le mari de Suzy, Aaron, nous ouvre, et comme d’hab, il nous demande d’enlever nos shoes. On longe un couloir, guidés par la musique qui résonne, mais sur l’un des murs, je tombe sur une photo que je connais bien, puisque je l’ai nommée : « The perfect picture of the perfect family ! / La parfaite photo de la parfaite famille ! ». C’est la même photo que Suzy m’a envoyée pour me souhaiter Chana Tova ! Cela ne m’a pas échappé que les américains adooorent les photos de famille.

Chaque fois que je regarde la famille de ma copine, elle représente pour moi la perfection ! Et pour cause, il y a un papa (parfait !), une maman (toujours au top !), deux garçons (toujours polis), deux filles (toujours coiffées !), sans oublier leur chien qui n’aboie jamais. Mais là, ça fait tout bizarre, de les voir limite grandeur nature, car je suis éblouie par leurs sourires ultra bright. En bonne vipère que je suis, j’en déduis que tout ce beau monde a dû être photoshoppé, c’est évident ! Mais une fois ma jalousie de côté, je me dis qu’il faut absolument que je me renseigne sur la marque de dentifrice qu’ils utilisent !

En passant, je constate qu’il y a encore des tas d’autres photos de mes hôtes, avec toujours la même pose, mais avec un décor différent à chaque fois.

Bref, on entre dans le salon, où l’on a direct l’impression d’avoir mis les pieds dans le Monde Merveilleux de Hanouka, animé par des toupies géantes qui se baladent avec des plateaux remplis de nourriture. Les fenêtres sont décorées avec soin par des autocollants de Hanouka, et contre l’un des murs, il y a un buffet… parfait. Waouh ! On dirait qu’il sort tout droit d’un magazine. La table est juste magnifique (chargée, mais magnifique). Il y a des tonnes de bonbons, placés dans d’immenses bonbonnières en verre. On peut voir des sucettes en chocolat en forme de toupies, emballées dans du papier cellophane bleu. Il y a aussi des beignets bio-écolo-sans sucre-sans farine (y a écrit sur un carton en dessous !), qui sont placés en pyramide, et des cupcakes posés sur un porte-cupcake. Le porte-cupcake, c’est le même principe qu’un porte-manteau, sauf que c’est pour les cupcakes. Vous l’aurez compris, nous sommes tous émerveillés par ce buffet féerique, mais d’un coup, je deviens rouge de honte, car je me rappelle de la fois où moi j’avais reçu Suzy, pour l’anniv de mes poupées, et cela n’avait rien à voir. J’avais tout foutu dans des bols en carton Hello Kitty, avec pour slogan :

– Allez-y les enfants, éclatez-vous, même s’il y en a partout, on s’en fiche, c’est la fête ! Youhouuuu !

Je sors de mon souvenir, quand Aaron nous dit que nous n’avons rien le droit de toucher avant que le photographe ait fini de prendre les photos du buffet. Les enfants, et moi y compris, sommes frustrés, alors je leur propose d’aller admirer la grande Hanoukia qui est au milieu du salon. C’est marrant, ils ont mis au pied de la Hanoukia plein de cadeaux emballés. Tiens, cela me fait penser très fort à quelque chose, j’ai comme l’impression que le père Hanouka, et non Santa, va débarquer d’une minute à l’autre pour nous faire des « Oh, oh, oh ».

D’autres invités arrivent, et je reconnais parmi eux, ma copine Ludy. Mais si, Ludy, rappelez-vous, celle qui ne parle plus à son mari depuis plus de quatre mois (voir la chronique: « Il faut sauver le couple de Ludy »), je veux prendre de ses nouvelles, mais Suzy tient absolument à me présenter son frère Simon, et sa copine Jennifer Uzan, qui viennent tout juste de se fiancer. Je leur souhaite beaucoup de bonheur, et à la seconde où les fiancés s’éloignent, mon amie me chuchote qu’elle a quelque chose de terrible à me raconter.

– Euh… oui, oui, dis-moi.

– Attends, je dois saluer des gens, et je reviens.

En attendant ma copine, j’ai fifille 1 qui me demande de l’emmener à la salle de bain. Je me renseigne, et on me dit que c’est à l’étage.

En montant les escaliers, là encore, je découvre plein de photos accrochées au mur, où l’on peut voir l’évolution de chaque membre de la famille. De les voir tous me regarder sans rien dire, me fait direct penser à l’attraction de la maison hantée d’EuroDisney. Purée, j’aimerais pas me lever en pleine nuit, pour aller me chercher un verre d’eau, moi !

Une fois dans la salle de bain, je me rends compte qu’il n y a pas de serviette pour s’essuyer, alors me croyant chez ma mère, j’ouvre le placard en-dessous du lavabo, et à la place des serviettes, qu’est-ce que je trouve ? Des tas de bouteilles d’alcool à moitié entamées. Ah… bon, bah, on va vite refermer tout ça, sécher ses petites mimines à l’air libre, et oublier ce que l’on vient de voir.

Lorsque je reviens, mon fils m’informe qu’il s’ennuie. Je lui propose de jouer avec l’aînée de mon amie. Je chope Suzy, et lui demande de nous présenter tous ses enfants au grand complet, parce que je ne connais que ses filles.

– Tu as Kay, Kyleb, Kayla et Katy.

– Trop marrant, t’as voulu faire comme les Kardashian en les appelant tous avec un « K ».

OMG ! Si je l’avais giflée, je crois que je n’aurais pas fait mieux. Outrée par ma comparaison, elle m’explique que c’est un hommage à sa tante décédée, qui a travaillé plus de quarante ans au KKL.

– Vraiment, toutes mes excuses, je savais pas.

Elle me dit qu’il y a pas de mal, mais je sens que j’ai mal fait. Pour dissiper le malaise, je lui demande ce qu’elle voulait me dire tout à l’heure.

– Suis moi dans la cuisine. Alors tu vois, mon frère, que je t’ai présenté tout à l’heure.

– Oui.

– Eh bien, on vient de découvrir que la mère de sa fiancée n’est pas juive, mais que son père l’est.

– Et …

– Et ? Mais c’est la catastrophe, Junes. Mon frère s’en fout royalement, et veut se marier avec elle, quoi qu’il arrive. Ils pensent aller chez les libéraux, car Simon pense qu’une démarche de conversion prendrait trop de temps, voire des années. Quand je lui ai dit que je n’étais pas d’accord avec sa démarche, il m’a affirmé qu’ils feront le nécessaire plus tard, et nous savons que le « plus tard », Junes, veut dire jamais ! Je suis désemparée, mes parents, n’en parlons pas. J’ai essayé d’en parler avec Jennifer, lui expliquant l’importance d’une conversion, mais elle m’a envoyé bouler, parce que pour elle, elle est juive. Point barre !

– Et elle a raison.

– Pardon ? T’as perdu la tête ou quoi ?

– Dès l’instant où le père de Jennifer est juif, ce n’est pas une conversion, mais une simple régularisation de situation.

– Je ne comprends pas.

– Tu t’imagines bien qu’une fille qui a été élevée dans la tradition juive, qui porte le nom de Uzan, qui a fréquenté des juifs toute sa vie, qui porte une maguen David plus grosse que ta tête…

– Toi aussi t’as remarqué sa maguen !

– On peut pas la louper ! Elle doit surement connaitre toutes les fêtes juives, a du grandir dans l’ambiance, avec une grand-mère paternelle qui a du la gaver comme une oie de couscous-boulettes. Donc tu t’imagines bien qu’elle n’a pas le même statut qu’une blonde d’un mètre quatre-vingt, qui se pointe à la syna, la bouche en cœur et le décolleté fermé, en te jurant qu’elle s’est réveillée un matin, et qu’elle adooooore notre religion. Rassure-toi, il faut jute que Jennifer régularise son statut, et en six mois, voire un an maxi, c’est réglé, ma chérie. Si tu veux, je peux demander à mon père de l’intégrer dans son programme qui s’appelle : « Almost Jew ».

– Ma junes, j’arrive pas à croire ce que tu me dis, c’est le miracle de Hanouka ce que tu viens de me dire.

– Ah non… c’est le pré-miracle de Hanouka, rien n’est fait, va falloir qu’elle soit sérieuse, la fiancée.

Le mari de Suzy vient nous voir, le verre rempli de « jus de pomme », pour nous annoncer que le buffet est ouvert.

– Ah super, même si ça va être dommage de toucher à ce buffet parfait…

Mais bizarrement, je me rends compte que la perfection n’existe pas… lorsque le petit Jimmy, fils de Ludy, a voulu attraper les bonbons placés dans l’une des bonbonnières en verre, on a frôlé le drame, quand la totalité des bonbons s’est renversée sur lui, et que l’une des bonbonnières en verre a ricoché contre le mur, et s’est fracassée en mille morceaux. Ouf, plus de peur que de mal, personne n’a été blessé. Une seconde plus tard, fifille 2 arrive, en larmes de frustration, car elle menait un combat acharné contre le papier cellophane, qui ne voulait pas céder, et qui faisait obstacle à sa sucette en chocolat. En simultané, je vois au loin fifille 1 croquer dans l’un des beignets bio-écolo-sans sucre-sans farine, le recracher aussitôt dans une serviette en tissu (?), et la poser ni vu ni connu au pied de la Hanoukia. Je me dis que quelqu’un va avoir un drôle de cadeau tout à l’heure !

Mon fils, dit le chameau, tellement il boit de l’eau toute sa vie, arrive super énervé, et m’explique qu’il n’arrive pas à attraper le pichet d’eau, parce qu’il pèse une tonne pour lui (et pour moi !)

– La vache, j’ai l’impression de faire des haltères !

– Tu vois, je t’ai dit !

C’est là que l’un des fils de Suzy décide d’enlever ses chaussons. La mère en panique, lui hurle de vite les remettre, mais trop tard, le petit agite ses mini-doigts de pieds, et tous les invités peuvent témoigner de sa superbe pédicure rouge ! Sa mère, toute gênée, le met direct dans sa chambre, ce qui provoque un brouhaha général, avec les pour et les contre (de quoi je me mêle ?). Je crois que cette scène, a été le glaçage de trop du beignet de Hanouka, parce que mes enfants m’ont tous demandé de rentrer à la maison.

– Vous voulez pas rester pour le Magic show ?

– Non, on veut rentrer, papa aussi sait faire plein de tours de magie.

– OK, comme vous voulez.

Au moment de dire au revoir, et après un bon pour accord par texto de mon mari, j’invite Ludy pour chabbat. Elle me dit qu’elle va me confirmer, mais que c’est OK sur le principe, et nous rentrons.

 

Ce soir là, en débriefant avec Micka la parfaite fête de l’après-midi, je lui explique qu’il faut absolument que la prochaine fois que l’on reçoit, qu’on propose nous aussi à nos invités des serviettes en tissu. À ces mots (totalement débiles !), mon mari, qui doit être quelque part la réincarnation d’un vieux sage hindou, me dit que la parfaite hôtesse, la parfaite maman, et surtout, la parfaite famille, n’existent pas.

Car ce qui fait qu’une famille est parfaite, justement, c’est le fait d’accepter chacun comme il est. Que chaque membre de la famille puisse s’épanouir en totale liberté, pour développer sa propre personnalité au sein des siens, sans peur, puisque quoi qu’il arrive, il aura l’amour inconditionnel de sa famille.

– Alors, je laisse tomber l’idée des serviettes en tissus ?

– Laisse tomber, Junes, laisse tomber… et va me faire un thé !

 

Sur ce, je vous pré-souhaite de super fêtes de Hanouka, que tous les jours vous soyez remplis de lumière, et on se donne rendez-vous la semaine prochaine, pour savoir enfin ce que devient le couple de Ludy. Va-t-il être sauvé ou pas…

À lundi. Gros bisous.

PS: Pour ceux qui désirent plus d’infos sur la formation que mon papa propose, n’hésitez pas à me contacter sur mon mail : junesdavis55@gmail.com. Je me ferai un plaisir de vous répondre. Avec toute mon affection.

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