Une surprise très spéciale

Publié le par Junes Davis-Cohen

La semaine dernière, Micka, les enfants et moi, étions sur le point d’aller déjeuner dans un restau New Yorkais top secret. Apparemment, c’est une adresse à Brooklyn qui se donne de bouche à bouche.

Après trente minutes de voiture, je reconnais vaguement le quartier de Crown Heights, mais avec mon sens de l’orientation légendaire, on aurait très bien pu se retrouver au fin fond de l’Ohio que j’aurais dit pareil ! On sort de la voiture, on suit en file indienne mon homme, et l’on se retrouve devant une porte noire fumée opaque où l’on ne peut rien voir.

C’est quoi cette embrouille ? J’ai l’impression d’être devant une boîte de nuit, sauf qu’il est midi, qu’il n’y a pas de videur, mais un vide-ordure. Trop classe, pour un endroit où on est censé manger.

Je tente d’ouvrir la porte, mais c’est bloqué.

– Je pense que tu t’es pas loupé sur l’adresse, non ?

– Mais non ! Tu vas voir.

– Au pire, je connais pas très loin, un petit restau de lait.

Micka ignore ma proposition, et tape trois coups à la vitre. Après quelques secondes, comme par enchantement, un homme avec petite barbichette nous ouvre la porte, et nous souhaite la bienvenue.

À peine on rentre, que j’ai l’impression d’avoir voyagé au fin fond du Texas. Sûrement à cause de la musique Country en fond sonore, du lasso et de la selle de cheval posés sur le comptoir, comme si c’était normal. Il doit y avoir cinq tables à tout-sans rien casser. Ça sent le feu de bois, comme dans un chalet. En face de nous, au mur, est accrochée une tête de taureau ailé empaillé.

Zut, les enfants sont terrorisés, et s’accrochent à moi comme au rodéo, sauf que c’est moi le taureau. Pour les rassurer je leur dis :

– Regardez mes chéris, juste à côté de l’animal mort en 3D, il y a une photo du Rabbi de Loubavitch, avec la même barbe et le même chapeau que papi.

Je sens mes petites poulettes encore plus flippées, parce que depuis leur naissance, à chaque fois qu’elles ont vu mon père, c’était stupeur et hurlements. Je les entends encore s’égosiller :

– PAS PAPI, PAS PAPI !!!!!!!!!!!!!

Je suis la première à comprendre que le costume noir, la chemise blanche, le chapeau, et la barbe peuvent faire peur quand on n’a pas grandi dans l’ambiance. La bonne nouvelle, c’est qu’elles n’auront jamais peur d’un polo Ralph Lauren, ou d’un pantalon Zara, uniforme de leur papa.

Sur l’autre mur, il y a un poster géant avec écrit « We want Mashiah now », et une tirelire en forme du 770. Ça sent le Loubavitch à plein nez ici.

(Un jour, va vraiment falloir que je vous raconte l’histoire du 770 avec ma petite sœur, un grand moment de choc culturel).

On prend place dans cette ambiance chaleureuse, puisqu’il doit faire au moins 40 degrés. Le restau est embaumé d’une odeur de viande fumée qui te chatouille les narines, et qui fait hurler ton estomac. Je veux de suite commander, et demande la carte, mais mon mari m’informe qu’il n’y en a pas.

– Comment ça, il n’y en a pas, de carte ?

– Tu vois le monsieur au comptoir ? C’est lui qui nous apportera ce qu’il a cuisiné du jour.

Le monsieur du comptoir est en fait le cuistot, qui a troqué sa toque contre une énorme Kippa blanche. Il est vêtu d’un talit katan tout aussi blanc posé sur sa chemise. C’est pas le contraire, normalement ? Je sors de ma réflexion pour demander à mon mari si la nourriture est bonne.

– Si elle est bonne ? C’est tellement bon que ça pourrait faire faire son coming-out de viande à un végétarien !

– Ah carrément, ça fait un peu cannibale dit comme ça, mais je reconnais que rien que l’odeur, t’as envie de mordre dans un steak.

Trois minutes plus tard, Eli, de son prénom, nous ramène sur un plateau sans fourchettes et sans couteaux, une « dinosaur ribs » d’au moins 5 mètres de long.

Oh Mon D. ! Je comprends pourquoi il a choisi de donner ce nom à son plat, on dirait qu’on a ressuscité un dinosaure rien que pour le faire rôtir. C’est immense, je n’ai jamais vu ça de ma vie. Limite t’es gênée, en plus, on arrivera jamais à tout finir à nous cinq. C’est honteux de faire du gâchis comme ça....et je...goûte..........

Oh purée, aucun gâchis à l’horizon ! À chaque bouchée, c’est une explosion de saveurs pour le palais. Je n’ai jamais mangé un truc pareil.

Après dix minutes, on est tous d’accord de 3 à 37 ans, pour déclarer que c’est le best#ever#restau#, le top one de notre liste. Plus on avale des bouchées, plus on est comme des fous, même fifille 1 qui a tendance à être un peu difficile (emmerdeuse) pour manger, est ravie. Pour partager cette pépite agroalimentaire, j’appelle ma sœur Rebecca en facetime pour lui montrer l’endroit, et lui vanter les mérites de la dinosaure ribs, mais après m’avoir écoutée elle me dit :

– Ah, c’est donc ça, quand on est mariés, on devient critique culinaire, j’ai compris.

– C’est très juste ce que tu dis, comme le restau n’est plus pour draguer, on a tendance à reporter notre attention sur ce qui se trouve dans notre assiette. Dès que tu viens à New York, ma sœur, obligé, je t’emmène ici.

(Note de l’auteur: Prochaine sortie gastronomique en amoureux, essayer de re « chiner » l’homme, plutôt que de rechigner sur la bouffe).

– Remarque, ça me fait des cartouches pour ce soir parce que j’ai une « date » avec le cousin d’un copain. Si j’ai touché le fond niveau conversation, je penserai à parler de ton resto, ça meublera. Mais au fait, tu es contente de la surprise que Micka t’as prévue ?

– Quelle surprise ?

– Oups, rien du tout, je te laisse, je dois me préparer. Bisous.

– Quelle surprise? Mince, elle a raccroché la petite gueuse.

Je me tourne vers Micka, et lui demande si il est courant de la surprise.

– Une surprise ? Non, je ne vois pas. Alors, j’ai entendu que ta sœur sortait ce soir ?

Sans poser plus de questions (j’ai une forte tendance à être deux de tension), je lui propose de faire un stop au 770 pour le fun, mais après un rapide coup d’œil sur son phone, il me dit que nous sommes pressés.

– Ah bon, pourquoi ?

Pas de réponse.

On demande à Eli l’addition de ce trois étoiles Michelin, et l’on rentre sur Manhattan.

Bizarrement, sur la route, mon homme remet le sujet du voyage parisien qui était prévu initialement, et qui a été annulé. Il plonge bien fort le couteau dans la plaie, en me demandant si mes parents ne me manquent pas trop.

– C’est quoi cette question? Evidemment qu’ils me manquent.

Je me mets à penser à eux, j’ai de la peine, et me plains que c’est vraiment dommage que l’on n’ait pas voyagé à cause de son boulot, et puis c’est comme d’habitude, on ne peut jamais rien prévoir avec lui. Je commence à hausser le ton, il me traite d’hystéro, (dès qu’une femme crie, elle est hystérique. Raison principale pour laquelle cet adjectif est accordé exclusivement au féminin. Faut que j’écrive au grand et au petit Larousse pour leur dire que c’est pas normal tout ça). S’ensuit une prise de tête conjugale, jusqu’à ce que l’on se gare. Je claque la porte plus pour le côté drama inspiré des Télénovelas, (séries ultra kitch que je regarde en boucle tellement j'en suis devenue accro, comme Velvet ou Jane the Virgin, la folie). Je vais jusqu'à l'insulter en espagnol. Je prends les petits, et rentre fâchée dans mon lobby, mais qui je vois assis sur des fauteuils, en train de nous attendre ?

MES PARENTS !

Pas possible.

Pas croyable.

Je n’arrive pas à le croire.

S’ensuit un brouhaha d’accolades, de mascara waterpoof qui coule, d’embrassades, de câlins, de cris de joie. Mes filles, toujours aussi terrorisées par mon père, se laissent quand même prendre dans les bras, tout en s’accrochant au mien. Mon fils n’y croit pas non plus, et leur demande après deux secondes chrono :

– Vous m’avez ramené quoi comme cadeau ?

– Tu peux attendre qu’on soit à la maison pour montrer à quel point tu es mal élevé steuplait ?

– Mais non, dit ma maman, laisse mon petit-fils tranquille. Bien sur que je t’ai amené des cadeaux mon chéri. Tu aime la boutargue ?

– La quoi ?

– Viens là mon grand, que je te regarde, comme tu as grandi, dit mon père.

Je me retourne, et voit mon mari qui rentre à son tour dans l’entrée de l'immeuble, pas du tout surpris, et je comprends que c’est lui qui a tout organisé, même la dispute qu’il a provoquée dans la voiture. Je devrais lui faire passer un casting pour une série à l’occase. Franchement, il est trop doué. Je suis sure qu’il sera pris. Peut-être même qu’il deviendra une star, mais ça veut dire qu’il devra embrasser d’autres femmes que moi, et qu’il tombera amoureux de l’une de ses partenaires, et me laissera seule sur la route de l’amour, et j'en mourrai de chagrin. Pas question, même pas en rêve je le laisse passer le moindre casting, celui-là).

"Mister surprise" s’approche de moi, et me dit de sa voix mélodieuse :

– Junes, comme c’est à cause de moi que l’on n’a pas pu voyager, c’était à moi de te rapporter ce qu’il te manque le plus de Paris. Comme le boulevard Haussman était trop occupé pour voyager, je me suis arrangé pour faire venir tes parents.

– Tu peux pas savoir comme ça me touche.

– Ne t’ai-je pas promis le jour de notre mariage que je ferai tout pour te rendre heureuse ?

– Mais comment pourrais-je te remercier ?

– Justement, maintenant que tu m’en parles, on va surement passer Pessah (La Pâques Juive) chez mes parents.

– De quoi ? Mais attends, c’était pas prévu, faut qu’on en parle, attends, reviens......

Et c’est ainsi qu’ensemble nous prenons l’ascenseur, très heureux à la perspective d’avoir des babysitter attitrés euh…….pardon, d’avoir mes parents pour nous tout seuls et ça, pour les dix jours à venir.

Hâte de vous raconter la suite, parce si vous trouvez que Junes Davis est un poil déjantée, je ne suis qu’un modeste microbe comparé à ceux qui m'ont donné la vie.

Bonne semaine mes chéris.

Note de Junes Davis : pour l’expérience cannibale Brooklynoise, c’est Izzy’s le restau

Une surprise très spéciale
Une surprise très spéciale

Commenter cet article