Elijah qui fait la bar mitsva de son fils

ll y a quelque mois, j’avais écrit une chronique avec pour titre : « Elijah qui ne veut pas partir ». Eh bien aujourd’hui, ce même Elijah fête la Bar-mitsva de son fils qu’il a organisée avec sa femme, mon amie américaine Abigail… enfin… quand j’écris qu’il a organisé, ce n’est pas tout à fait juste. Comme d’hab, c’est la mère qui s’est tapé toute l’organisation, car d’après ce qu’elle m’a dit, pour son mari, et comme pour beaucoup d’autres hommes, les fêtes sont un truc de filles. Depuis quand ? On n’en sait rien mais c’est pas grave.

Déjà, dès que j’ai reçu la carte en peau de croco/chro-chro, j’aurais mis un de mes livres à couper qu’il s’agissait d’une invitation pour le défilé Chanel tant elle était belle. Je me suis dit que c’était l’âme de Coco qui me l’avait envoyée du paradis. Mais en ouvrant l’enveloppe, j’ai découvert l’invitation en belle et due forme de la bar-mitsva du petit Elijah Junior.

Mon mari qui n’était pas loin, me l’a arrachée des mains, en me lisant à voix haute que la pose des Teph’ se déroulerait le vendredi 29 avril à 8:30 am.

(C’est pas lundi ou jeudi, normalement la pose des Teph’ ?) Lui qui est censé arriver au boulot à 7:30 am (j’écris bien censé !), ne pourra malheureusement pas m’accompagner. Tant pis, j’irai avec mon grand qui est aussi invité.

 

Le jour de la B-M, fifille 2 remarque que je suis habillée vachement mieux qu’à l’accoutumée. Elle apprend scandalisée qu’Ethan va rater l’école et pas elle. Je ne sais pas si c’est cette foutue tutu-robe, ou sa moue de petite fille qui a fait pencher la balance, mais j’ai cédé lamentablement quand elle m’a suppliée de l’emmener avec moi. Mais pourquoi j’ai fait ça ?

Ça devait être mon moment :

– La fausse bonne idée du jour, bonjour. En quoi puis-je vous aider?

– Bonjour madame, j’ai la possibilité d’envoyer mon enfant à l’école, mais je ne le fais pas. Suis-je dans le bon service ?

– Oui, tout à fait.

– Ah génial !

– Ne quittez pas, vous allez galérer, ne quittez pas, vous allez galérer.

 

À chaque fois, je me fais avoir, et argumente en me disant :

– Ça va, c’est bon, c’est vendredi. C’est qu’une demi-journée après tout, ça changera rien. Alors que ÇA CHANGE TOUT !

Heureusement que fifille 1 adore l’école, et s’en va avec mon Micka qui la dépose. Ce qui fait que je me retrouve avec les deux autres.

On arrive à la Safra synagogue. Magnifique ! (Si vous êtes de passage sur

New York, courez la visiter). Il y a un buffet petit dej’ avec tout plein de monde qui se sert. (C’est pas après, le petit des  ?) Oh et puis, on s’en fiche de savoir avant-après, tant qu’il y a de la bouffe, je me sens tout de suite en sécurité. (En parler jeudi avec thérapeute).

Lorsque je rentre dans l’enceinte de la syna, côté femmes, je remarque qu’il y’a la moitié des mamans de l’école, invitées elles aussi. Encore timide de mon anglais, je préfère me mettre en retrait pour éviter de commettre l’une de mes bourdes légendaires de langage. Hier encore, j’ai croisé une voisine dans le couloir qui m’a tenu la jambe pendant cinq minutes, pour m’expliquer la façon dont elle se l’est cassée. J’avais répondu :

– Terrific/ génial !

À la place de Terrible/Terrible. Elle m’avait fait une drôle de tête, et ne m’avait même pas dit au revoir. Alors mieux vaut être prudente avec ces dames, et rester tout derrière. Et j’ai bien fait ! Pendant les 30 minutes de prière, ma petite poupée n’a pas cessé de se rouler par terre, m’a réclamé 13 fois : « Youtube ! Youtube ! Youtube ! », tout en me racontant sa vie en stéréo jusqu’à ce que le rabbin, qui priait déjà bien fort en devienne complètement aphone à force d’avoir tiré sur sa voix pour couvrir celle de ma petite.

MAIS POUQUOI JE NE L’AI PAS EMMENÉE À L’ECOLE ?

– Ne quittez pas, Madame Davis, votre journée ne fait que commencer…

 

L’office se termine, et c’est l’heure des discours. Ah, ça y est, on est collés pour 1h30 de speech. Les américains adoooorent les discours, et n’hésitent pas à en faire pour n’importe quelle occasion ! Bon là, à sa décharge, c’est un peu la Bar de son fils, allez, laissons-le faire son kiff.

Elijah commence par se racler la gorge, et remercie une ribambelle de prénoms ponctués d’anecdote sur anecdote sur chacun, qui n’ont aucun intérêt pour les personnes qui ne sont pas sur sa liste (moi !). Au bout de vingt minutes, Elijah a eu le temps de remercier tous les habitants de la planète terre, et conclut par une fin qui a finalement réussi à m’arracher une larme (bravo !).

Il s’est adressé à sa femme avec les yeux de l’amour, en lui disant :

« My dear, toi qui a tout organisé, la femme de ma vie, la mère de nos enfants, la futur grand-mère de nos petits enfants (c’est bizarre qu’il la nomme comme ça, non ?), la perle de ma vie, sans toi à mes côtés, je serai un homme perdu aujourd’hui, et bla-bla-bla… et bla-bla-bla, jusqu’à ce qu’il finisse par :

– I love you with all my love forever and more. Allez monsieur ! Tonnerre d’applaudissements dans la salle.

C’est beau quand un mari fait une telle déclaration à sa femme devant 200 invités (la fille qui se met à rêver, et qui fait un transfert à mort de la situation). Et c’est au tour de E. Junior de prendre la parole.

Comment vous dire ? Par où commencer ? Par quoi je commence ?

 

Je vais essayer d’être la plus objective possible dans le choix de mes mots : tout d’abord, le gosse n’a pas besoin de ses notes pour lire son discours qui n’en est pas un, puisqu’il va carrément nous faire un Show à l’américaine ! Mais ça, je ne le sais pas encore…

 

Je n’arrive tout simplement pas à croire que ce petit bonhomme n’a que 13 ans. Fallait voire la façon dont il s’exprime, on aurait dit qu’il en avait 25. Tout est orchestré au millimètre près ! C’est comme si le petit Eli avait un boitier doté d’un bouton magique, à chaque fois qu’il prononçait une phrase, soit l’assemblée était pliée de rire (moi compris !), soit elle était triste (mon make upeeeee !). Je reste fascinée, et ne décolle pas mes yeux du Bar jusqu’à ce que ma voisine de siège (pas sympa) m’arrache à tout ça, pour dire à ma fifille qui changeait de vidéo Youtube toutes les 30 secondes, de faire moins de bruit.

Oui, je lui ai filé mon tel pour la canaliser ( ouhouuuu shame on me, je sais, mais j’assume !). J’avais mis le volume à un en plus, mais son petit doigt l’a mis à trois, je ne suis en rien responsable si elle pianote plus vite que son ombre. MAIS POURQUOI JE NE L’AI PAS ENVOYÉE À L’ÉCOLE ?

En plus, j’ai envie de dire à ma désagréable voisine, que moi aussi je veux écouter pleinement le discours du futur Sénateur de New York.

Le clou du spectacle, c’est quand le Junior descend de l’estrade et se met à envoyer des baisers avec sa main à toutes les femmes présentes. Mais en arrivant à hauteur de sa mère (psychologue), il reprend le micro qu’il avait mis dans sa poche de veste (normal), la regarde droit dans les yeux, et lui dit :

 

– Maman, tu as toujours eu des pouvoirs surnaturels sur moi. Tu sais toujours quand j’ai faim, quand j’ai soif, et quand quelque chose me tracasse. Tu ressens tout à la seconde près. Il n’y a que toi maman qui a ce pouvoir sur moi, car il s’appelle : l’amour.

Et là, il y a un jeté de ballons rouges qui sortent de je sais pas où. Ils sont trop bons ces amerlocs, c’est pas possible !

Standing ovation, toute la syna se lève (sauf moi, je suis crevée, et je suis trop bouche-bée).

La mère du petit bar-mitsva, brave la méhitsa/la séparation entre les hommes et les femmes, en larmes, prend son fils dans les bras, et lui répète en boucle :

– I love you son, I love you so much, so much, soooooo much.

Oh mon D., c’est mieux que le ciné, c’est quand même hallucinant tellement ils en font trop ! Comme dirait ma copine Fortunée : C’est hikika oublida tout ça !

Je comprends maintenant pourquoi nous les français, nous traînons une réputation de gens froids et peu démonstratifs. Nous sommes juste normaux, quoi ! Pour se sentir aimé, nous n’avons pas besoin d’autant d’étalage/déballage d’amour en public !

Parce que Junes Davis EN A MARRE DE TOUT ÇA ! J’en peux plus de tous ces « Je t’aime » systématiques et obligatoires avant de raccrocher quand ils sont au téléphone avec leur mère, leur père, le pape ! Et tout ces : « Oh My Gosh ! » et compagnie, qui constituent 70 pour cent de leur vocabulaire ! J’en peux plus, là ! Ça fait bientôt 6 ans que ça dure ! Et… Oh my ! Je crois… je crois que je suis en plein BURN-OUT de la langue de Shakespeare !

Faut que je me calme, parce que là, je déraille, je suis définitivement la seule à être aussi « cynique », voire « clinique » dans cette salle. Tous les invités autour de moi hurlent de joie, et courent pour serrer le petit Bar-mitsva. Pour ensuite se diriger à la queue leuleu vers le vrai breakfast (de malade) qui nous attend en bas. Dans le brouhaha général, j’entends cette phrase 100 pour cent pur jus américaine pas du tout exagérée :

– C’est le best speech ever of the world que j’aie jamais entendu !

Eh bien ! rien que ça… faut que je parte bientôt en vacances, pour me ressourcer pour au moins cinq jours !

 

On descend les escaliers qui mènent au buffet, et je chope mon fiston, toujours accompagnée de fifille 2, qui a élu mon portable le sien, et je demande

à Ethan s’il a aimé. C’est là qu’il me répond :

 

– C’était super sympa ! Ils sont trop cool, mais tu trouves pas que Elijah et son fils sont un peu… trop !

Et là, je peux pas m’empêcher de prendre mon fiston dans les bras, en faisant une prière de remerciements (après tout, nous sommes dans une Syna !):

Que D. Bénisse l’Amérique qui m’a laissé mon presque Bar-Mitsva en bon état. Ouf… MERCI !

Il me demande de le lâcher, parce qu’il y a ses copains pas loin, mais je ne peux m’empêcher de lui demander si pour sa B-M justement, il souhaiterait la faire à New York ou en Israël (mon rêve).

Il réfléchit, et me dit :

– Tu pourras demander à la mère d’Elijah Jr où elle a acheté ses ballons, parce que j’en voudrais des pareils, mais en bleu et blanc. Comme ça avec des bonbons, on pourra les lancer au Kotel/le mur des lamentations (en Israël).

Yes ! C’est exactement la réponse que je voulais, y aura plus qu’à convaincre le Roi du Maroc.

 

S’ensuit une fête très sympathique, avec des levées de chaises, des mazal toi en veux-tu en voilà, que je devrai quitter au bout de 10 minutes, pour cause de Omer. Y a quand même des trucs chelous dans cette Bar-Mitsva.

J’emmène directement fifille 2 à l’école, même pour deux petites heures.

M’en fous, sans pitié ! En raccrochant une bonne fois pour toutes avec l’opératrice de: La fausse bonne idée du jour, bonjour ?

 

Je voudrais vous écrire le chabbat de la Bar-mitsva qui a suivi à Brooklyn, qui a été un avant goût du paradis, mais comme on est lundi, et qu’il vous faut tous vaquer à vos occupations, je vous réserve la suite pour mercredi, parce que c’est dommage de bâcler ce moment fort en café que j’ai vu.

 

Je vous retrouve après-demain, avec une mini-chronique sur mon chabbat à Brooklyn ! Énormes bisous.

*Si vous avez aimé mon histoire, vous aimerez mes romans : La vie déjantée

de Junes Davis Tome 1 et 2, qui sont en vente sur junesdavis.com

<http://junesdavis.com> rubrique: La Genèse et L’Exode. *

 

*Ps: *Merci de suivre chaque semaine mes aventures. Vous êtes de plus en plus nombreux à vous connecter via mon blog. Je ne vous remercierai jamais assez pour votre fidélité et le soutien que vous m’accordez. Avec tout mon amour.

Elijah qui fait la bar mitsva de son fils
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